Tensions américano-caribéennes, Cuba et sanctions : comment la carte du tourisme régional change en 2026
Au début de 2026, les Caraïbes sont redevenues un espace où les décisions géopolitiques se mesurent au nombre de vols, au taux d’occupation des hôtels et à la stabilité des revenus saisonniers. L’agenda sécuritaire américain dans le « bassin caribéen » et un paquet de mesures énergétiques à l’égard de Cuba recomposent les rapports au sein de la région précisément au moment où le tourisme — après les années de pandémie — est revenu à des niveaux que beaucoup d’États insulaires considèrent comme le minimum pour préserver l’emploi et les finances publiques. Au 01. mars 2026, la question n’est plus seulement de savoir quelle sera la relation entre Washington et La Havane, mais aussi dans quelle mesure les tensions déborderont sur les destinations voisines qui vivent presque de façon dépendante des arrivées en provenance des États-Unis et du Canada. Dans une région où une grande partie des services publics, de la santé aux infrastructures, est financée par les taxes sur les voyages et la consommation des visiteurs, tout changement dans les flux touristiques devient automatiquement une question politique. C’est pourquoi le dossier cubain, dans les capitales caribéennes, n’est plus perçu comme un débat idéologique lointain, mais comme un risque très concret pour la stabilité économique.
Au cœur du débat se trouve l’organisation caribéenne CARICOM, composée de petits et moyens États aux priorités de politique étrangère différentes, mais unis par le même fait économique : le tourisme est la source la plus rapide de devises et la base des investissements dans les infrastructures, les aéroports, les ports, les hôtels et les services. Dans une telle configuration, la moindre perturbation liée à la sécurité ou à l’énergie peut se transformer en baisse des réservations, hausse des prix et pression politique sur les gouvernements. C’est pourquoi les décisions des États-Unis concernant Cuba — surtout celles liées à l’énergie — ne sont plus perçues comme une politique « extérieure », mais comme un facteur qui façonne indirectement l’ensemble du produit touristique régional. Lorsqu’une grande destination de la région entre dans une crise profonde, une partie du marché se redirige, mais, simultanément, la perception globale des Caraïbes comme destination sûre et prévisible évolue. C’est précisément cette combinaison — déplacement concurrentiel et risque réputationnel — qui rend le différend actuel particulièrement sensible.
Ce qui a changé : des sanctions classiques à la pression énergétique
Les États-Unis maintiennent depuis des décennies un large embargo contre Cuba, mais le dernier tournant en 2026 s’est concentré sur l’énergie et la logistique — sur ce dont l’île a besoin pour fonctionner tout court. Selon les faits publiés par la Maison-Blanche, le 29. janvier 2026, un décret présidentiel a été signé, déclarant une situation d’urgence dans la relation avec Cuba et instaurant un mécanisme de droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance de pays qui fournissent du pétrole à Cuba « directement ou indirectement ». Cette mesure augmente l’enjeu pour les pays tiers et les entreprises : il ne s’agit pas seulement de commercer avec Cuba, mais du risque de répercussions sur le marché américain. En pratique, un tel cadre encourage aussi la « surconformité » (over-compliance) — une situation où des entreprises se retirent même d’arrangements autorisés parce qu’elles ne veulent pas se tromper dans l’évaluation du risque. Cela réduit la marge de manœuvre pour des solutions plus flexibles, par exemple pour l’approvisionnement de secteurs critiques ou la stabilisation de l’infrastructure touristique.
Parallèlement, le régime de sanctions contre Cuba possède aussi une « architecture financière » détaillée. Le Département du Trésor des États-Unis (OFAC) publie un aperçu des programmes de sanctions et des interprétations pertinentes, tandis que le Département d’État tient la « Cuba Restricted List » — une liste d’entités liées aux structures militaires, de renseignement ou de sécurité cubaines avec lesquelles les transactions financières directes sont en règle générale interdites. Dans la version la plus récente de la liste, mise à jour le 14. juillet 2025, il est explicitement indiqué qu’elle restreint les transactions financières directes avec les entités citées. Pour l’industrie touristique, ce n’est pas une abstraction : l’hôtellerie, les ports, les services et les chaînes d’approvisionnement se croisent souvent avec des structures étatiques, ce qui accroît la prudence réglementaire et complique la planification à long terme.
En pratique, cette politique agit comme un signal fort pour les armateurs, les assureurs, les fournisseurs de carburant et les intermédiaires financiers : toute la chaîne d’approvisionnement est devenue « à haut risque ». C’est là que se crée le lien avec le tourisme : les Caraïbes reposent sur des liaisons aériennes régulières, des itinéraires de croisière et des prix du carburant stables. Lorsque l’énergie est utilisée comme instrument de pression, les coûts d’exploitation augmentent — de l’électricité dans les hôtels au prix du carburant aérien — et certains transporteurs réduisent préventivement leurs capacités ou repoussent leurs plans d’expansion. Au-delà des coûts directs, l’incertitude s’accroît : les investisseurs et les institutions de crédit exigent alors une prime de risque plus élevée, ce qui peut ralentir de nouveaux projets dans toute la région. C’est particulièrement important pour les petites îles, où un grand projet hôtelier ou une nouvelle ligne peut changer toute une saison.
Cuba sous pression : coupures d’électricité, restrictions de carburant et choc sur les arrivées
Cuba est entré en 2026 avec des problèmes structurels déjà présents : faible production, manque de devises, pressions inflationnistes et longue crise d’approvisionnement. Les mesures énergétiques externes aggravent ce problème, car l’île importe une partie de son carburant et s’appuie sur des arrangements complexes avec ses partenaires. Selon des rapports de l’Associated Press, Cuba ne couvre par la production nationale qu’environ 40% de ses besoins en carburant, ce qui la rend particulièrement vulnérable aux perturbations d’importation et de transport. Lorsque l’approvisionnement est interrompu ou renchérit, le gouvernement recourt au rationnement, et ménages comme entreprises entrent dans un mode d’improvisation. Dans de telles conditions, chaque choc supplémentaire — qu’il concerne le prix du carburant ou la disponibilité des pièces de rechange — a un effet multiplicateur.
Les conséquences se répercutent rapidement sur le tourisme. Quand le rationnement du carburant est instauré ou que de longues coupures d’électricité surviennent, l’île perd ce qui est décisif pour les touristes : la fiabilité. Les générateurs d’hôtels fonctionnent au diesel, les restaurants dépendent de la chaîne du froid, et le transport des voyageurs exige un système stable. Dans ces conditions, le nombre de vols annulés augmente et la sécurité réputationnelle de la destination diminue, surtout sur des marchés sensibles aux informations sur les interruptions d’infrastructure. Des responsables canadiens ont parlé ouvertement de pénuries de carburant ayant aussi touché le carburant aérien et provoqué des perturbations du trafic, tandis que le Mexique et le Canada — selon l’AP — ont envoyé une aide humanitaire pour atténuer les conséquences les plus aiguës de la crise. Cet aspect humanitaire soulève en même temps la question de savoir si le tourisme peut vraiment compter sur une « saison normale » lorsque les services de base sont sous pression.
Cuba, toutefois, n’est pas seulement « une destination parmi d’autres » dans l’offre caribéenne. C’est aussi un nœud de transit, un espace où se croisent flux sécuritaires et migratoires, et sa taille ainsi que sa position géographique en font un facteur clé de la stabilité régionale. C’est pourquoi une crise sur l’île peut avoir un double effet : une partie des voyageurs se redirige vers d’autres îles, mais la perception que toute la région est fragile et politiquement instable augmente simultanément. Les agences de voyage et les assureurs considèrent souvent les Caraïbes comme un système interconnecté, de sorte que l’image négative d’une destination se répercute parfois sur ses voisines. C’est précisément pour cette raison que les gouvernements caribéens soulignent qu’ils n’ont pas intérêt à une « victoire » sur Cuba, mais à la stabilisation de l’environnement.
CARICOM en porte-à-faux : solidarité avec Cuba et dépendance au marché américain
Les dirigeants du CARICOM se sont réunis fin février 2026 à Basseterre (Saint-Kitts-et-Nevis) pour la 50e réunion ordinaire, et Cuba s’est imposé comme l’un des sujets clés. Le président du CARICOM et Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, Terrance Drew, a averti qu’une déstabilisation de Cuba pourrait avoir des conséquences pour l’ensemble des Caraïbes, et certains dirigeants ont publiquement appelé à la « désescalade et au dialogue ». En arrière-plan de ces déclarations se trouve aussi une relation régionale ancienne avec Cuba, notamment via la coopération médicale et éducative, que de nombreux gouvernements caribéens mettent en avant comme argument en faveur d’une approche humanitaire. Certains États évoquent ouvertement la crainte de conséquences secondaires de la crise : pressions migratoires accrues, intensification de la contrebande et hausse des tensions sociales. En ce sens, la question cubaine est pour eux à la fois de politique étrangère et de politique intérieure.
Mais le CARICOM n’est pas une politique étrangère unique : c’est un ensemble d’États souverains. Les stratégies varient donc : certains membres cherchent à maintenir des liens étroits avec Washington, d’autres insistent sur le principe du non-alignement et de l’autonomie régionale. Ce pluralisme devient visible précisément lorsque les États-Unis, en plus des thèmes sécuritaires, posent la question de « l’alignement diplomatique », c’est-à-dire l’attente que les gouvernements caribéens se positionnent plus clairement vis-à-vis de Cuba, mais aussi face à la compétition plus large d’influence dans la région. Dans de nombreuses capitales, il existe aussi un dilemme pratique : comment conserver publiquement une position de principe sans compromettre l’accès à un marché clé et à des flux financiers. Pour les petits États, même des désaccords symboliques peuvent coûter cher s’ils entraînent des relations politiques plus froides ou des accords de coopération plus lents.
D’un autre côté, le levier économique des États-Unis dans le tourisme est extrêmement puissant. Selon les données du WTTC, 53% de toutes les arrivées dans les Caraïbes proviennent des États-Unis, ce qui signifie que chaque message politique de Washington — qu’il concerne la sécurité, les visas ou les activités des entreprises — pèse directement sur le marché. Le CARICOM équilibre donc solidarité publique avec Cuba et besoin, plus discret, de préserver un régime favorable de connectivité aérienne, d’investissements et de coopération sécuritaire avec l’Amérique. C’est précisément sur cette ligne que naissent des tensions régionales : tandis que certains insistent sur une position commune, d’autres rappellent que l’économie touristique est trop sensible au risque de sanctions politiques. En 2026, cet équilibre se complique encore, car, parallèlement à Cuba, la question d’une architecture sécuritaire plus large dans la région s’ouvre également.
Le tourisme comme « artère économique vitale » : pourquoi la région est particulièrement vulnérable
Les économies caribéennes ne traitent pas le tourisme comme un secteur secondaire, mais comme un système qui finance tout le reste. Dans le rapport « Travel & Tourism Economic Impact 2025: Global Trends », le WTTC estime que la contribution totale des voyages et du tourisme au PIB caribéen en 2024 a été d’environ 81,4 milliards de dollars, soit 17,6% de l’économie régionale — la part la plus élevée au monde. Le même document indique que le secteur soutenait environ 2,9 millions d’emplois, soit approximativement 15,7% de l’emploi total, et qu’en 2024 il a soutenu environ 158 mille emplois de plus que l’année précédente. La vulnérabilité clé découle de la dépendance aux visiteurs étrangers : selon le WTTC, les dépenses internationales représentaient près de 76% des dépenses touristiques totales en 2024, tandis que la consommation intérieure était nettement plus faible. Cela signifie que les chocs externes — changements de perception de la sécurité, récession sur les marchés principaux ou décisions réglementaires — se répercutent plus vite que dans les régions où le tourisme repose sur le marché intérieur. Autrement dit, les États caribéens ont un potentiel touristique exceptionnel, mais aussi une exposition structurelle.
Un éclairage supplémentaire provient de la Caribbean Tourism Organization. Dans son rapport de performance pour 2024, elle indique que les arrivées internationales dans les Caraïbes ont atteint environ 34,2 millions, en hausse par rapport à 2023 et au-delà des niveaux d’avant la pandémie. C’est une bonne nouvelle pour la stabilité budgétaire, mais aussi un avertissement : la croissance repose sur des flux de voyageurs stables, et ces flux dépendent de l’environnement géopolitique, de la sécurité et des prix du carburant. En pratique, la hausse des arrivées peut être rapidement annulée si des perturbations surviennent dans le trafic aérien ou si des messages d’instabilité se diffusent, car la décision de partir en vacances est souvent la première à être reportée en période d’incertitude. Ainsi, la géopolitique, bien que formellement « en dehors du tourisme », revient au centre des plans d’affaires. C’est précisément pour cela que les organisations régionales et les gouvernements parlent de plus en plus du tourisme comme d’une question de sécurité nationale au sens économique.
Pour cette raison, les gouvernements caribéens suivent avec une attention particulière la politique américaine à l’égard de Cuba. Si les sanctions provoquent des perturbations dans l’énergie ou la sécurité, toute la région peut subir un choc indirect — via des opérations plus coûteuses des transporteurs, un renchérissement de l’assurance, des modifications d’itinéraires et une perception générale du risque. Un problème supplémentaire est que certains coûts n’apparaissent qu’avec un décalage : contrats de carburant, accords de charter et capacités aériennes se négocient des mois à l’avance. Lorsque les conditions changent en pleine saison, le marché répond par des solutions à court terme, souvent plus chères. Cela accroît ensuite l’inflation dans le tourisme et réduit la compétitivité des destinations qui luttent déjà contre des coûts d’importation élevés.
Réorientation de la demande : qui gagne et qui perd lorsque Cuba « sort du jeu »
À court terme, une partie de la demande touristique peut être réorientée de Cuba vers d’autres destinations offrant un produit similaire : soleil, mer, patrimoine culturel et vols relativement courts depuis l’Amérique du Nord. Un tel effet a déjà été observé dans le passé lorsque certaines destinations traversaient des crises sécuritaires ou d’infrastructure, mais l’ampleur dépend de la manière dont les voyageurs perçoivent la crise — locale ou régionale. Si l’impression domine qu’il s’agit d’un « problème cubain », les voisins peuvent attirer une partie des voyageurs qui ne veulent pas risquer des complications logistiques. Si, en revanche, la crise commence à être présentée comme une instabilité caribéenne, l’avantage fond rapidement et se transforme en baisse de la demande. C’est pourquoi la plupart des gouvernements caribéens, dans leurs messages publics, tentent d’être solidaires tout en rassurant le marché.
Le plus grand potentiel d’« absorption » de la demande se trouve dans les grandes destinations dotées d’infrastructures développées et d’un marketing puissant sur le marché américain — par exemple la République dominicaine, la Jamaïque ou les Bahamas — mais aussi dans des territoires ayant un lien particulier avec les États-Unis, comme Porto Rico. En même temps, les petits États insulaires ne peuvent profiter que s’ils disposent de suffisamment de liaisons aériennes et si les prix ne montent pas au point de devenir non compétitifs. En pratique, cela signifie que la concurrence se déplace aussi au niveau de la connectivité aérienne : les destinations avec davantage de vols et une plus grande flexibilité attirent plus rapidement la demande réorientée. Mais c’est aussi une zone de déséquilibre potentiel, car la main-d’œuvre saisonnière et les capacités d’hébergement ne peuvent pas augmenter du jour au lendemain. Dans de telles conditions, une pression sur les prix et la disponibilité des services peut facilement apparaître, ce qui peut dégrader l’expérience des visiteurs.
Les sanctions contre Cuba modifient également le comportement des entreprises touristiques. Les compagnies de croisière et les tour-opérateurs évitent en règle générale l’incertitude réglementaire : s’il existe un risque de sanctions ou de complications de paiement, ils préfèrent développer l’offre dans des juridictions jugées prévisibles. C’est pourquoi, en 2026, on entend plus souvent l’argument des gouvernements caribéens selon lequel la question cubaine ne peut pas être réduite à la « politique », car ses conséquences se mesurent en décisions d’investissement et en emplois. La question des nouveaux projets est particulièrement sensible : les investisseurs qui construisent un resort ou une marina recherchent une stabilité sur dix ans et plus, et l’incertitude autour de l’énergie et des tensions régionales accroît le seuil de prudence. En ce sens, les sanctions contre Cuba deviennent un test indirect du climat d’investissement de l’ensemble des Caraïbes.
La dimension énergétique du tourisme : hôtels, croisières et le prix de la fiabilité
Le tourisme est énergivore dans les Caraïbes : climatisation, dessalement, chaîne du froid, ports de croisière et transport. Toute perturbation de l’approvisionnement pétrolier ou hausse du prix du carburant se répercute rapidement sur le prix des forfaits, et cette hausse touche particulièrement les familles et les voyageurs au budget limité. Si l’assurance et la logistique deviennent plus chères à cause du risque dans la région, le coût n’est pas supporté uniquement par les voyageurs, mais aussi par les entreprises locales aux marges faibles — des transporteurs aux petits loueurs. Il faut aussi tenir compte du fait que de nombreux États insulaires importent encore une grande partie de la nourriture et des biens de consommation, de sorte qu’un transport plus cher se reflète aussi dans les prix des restaurants et des hôtels. L’insécurité énergétique devient donc une menace directe pour la compétitivité.
Dans ce contexte, l’insistance américaine sur un partenariat énergétique avec les Caraïbes prend un poids supplémentaire. Dans un discours lors d’une réunion du CARICOM le 25. février 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a souligné l’énergie comme thème clé du développement économique et comme domaine dans lequel les États-Unis veulent être un partenaire. Pour les États caribéens, c’est une offre attractive, mais politiquement sensible : la coopération énergétique peut signifier des investissements et des prix plus stables, mais elle peut aussi renforcer l’impression qu’on attend d’eux un alignement plus clair vis-à-vis de Cuba. En pratique, de nombreux gouvernements tentent de déplacer la discussion vers les technologies et la résilience — renouvelables, stockage d’énergie et modernisation des réseaux — afin de réduire la dépendance aux importations de pétrole. C’est un processus de long terme, mais en 2026 il s’impose comme une nécessité plutôt que comme une option de développement.
Sécurité, migrations et réputation de la région
Le tourisme ne se vend pas seulement avec des images de plages, mais aussi avec une promesse de sécurité. Si la crise à Cuba s’aggrave, le risque d’augmentation des migrations irrégulières et d’incidents en mer est réel, ce qui pèse davantage sur les gardes-côtes et la coopération régionale. Des responsables américains et caribéens, dans leurs prises de parole publiques, ont souvent souligné qu’une déstabilisation d’un grand voisin pourrait avoir un effet domino sur les petits marchés du travail et les systèmes de santé de la région. D’où, dans les débats régionaux, la mention fréquente de la nécessité de « gérer la crise » avant qu’elle ne devienne une vague touchant plusieurs pays à la fois. Dans de telles circonstances, la polarisation politique s’accentue : une partie de l’opinion réclame des mesures plus strictes, une autre met en avant une approche humanitaire.
En outre, la politique sécuritaire des États-Unis contre la criminalité transnationale — que Rubio présente comme la « menace la plus urgente » — peut avoir un effet à double tranchant sur le tourisme. D’une part, une meilleure coordination contre la contrebande et la violence peut réduire les risques et améliorer l’impression de sécurité. D’autre part, si les messages sur des opérations de sécurité se transforment en image d’une région comme « corridor instable », certains voyageurs peuvent choisir des destinations plus lointaines mais politiquement plus calmes. Le marché touristique est sensible aux images médiatiques : un incident majeur ou une série de nouvelles dramatiques peut affecter toute une saison. C’est pourquoi les gouvernements caribéens tentent, dans leur communication, de distinguer les flux criminels des zones touristiques, mais cela n’est pas toujours convaincant à distance, surtout lorsque les thèmes sont associés à Cuba et aux actions sécuritaires américaines plus larges.
Réactions internationales et questions humanitaires
Les sanctions dans le segment énergétique ont aussi ouvert un débat humanitaire. Les Nations unies, via des déclarations de rapporteurs spéciaux des droits de l’homme, ont publiquement critiqué le décret américain du 29. janvier 2026, en avertissant des conséquences sur les conditions de vie, la santé et la sécurité alimentaire. De telles déclarations ne changent pas nécessairement la politique de Washington, mais elles politisent davantage la question et donnent aux gouvernements caribéens un espace pour justifier leur position par des arguments humanitaires. Dans le même temps, l’administration américaine met en avant, dans ses interventions publiques, le cadre sécuritaire et sa propre évaluation des menaces, ce qui rend plus difficile un rapprochement rapide des positions. Il en résulte une situation où la diplomatie régionale est contrainte de chercher des solutions « techniques », comme des exemptions ou des arrangements limités pour des besoins critiques, plutôt qu’un grand compromis politique.
Le Mexique et le Canada ont, selon des rapports de l’AP, envoyé des colis d’aide humanitaire à Cuba, ce qui illustre un problème plus large : même des pays ayant des liens solides avec les États-Unis cherchent à éviter une déstabilisation totale de l’île. Pour le tourisme régional, c’est pertinent car une crise humanitaire se transforme rapidement en crise sécuritaire et migratoire — des catégories qui influencent directement les décisions de voyage. En même temps, l’aide montre que des coalitions « ad hoc » se forment dans la région pour atténuer les conséquences, malgré les différences politiques. C’est aussi un message au marché touristique : certains acteurs tentent de gérer le risque plutôt que de l’observer passivement. L’efficacité de ces démarches dépendra de la dynamique de l’approvisionnement énergétique et de l’ouverture éventuelle de canaux permettant de stabiliser l’infrastructure.
Et après : un test pour la diplomatie régionale et la stratégie touristique
En 2026, plusieurs scénarios possibles s’ouvrent. Le premier est la poursuite de la ligne dure de Washington, avec des « exemptions » ponctuelles pour le secteur privé ou les besoins humanitaires, ce qui maintiendrait un niveau constant d’incertitude pour les transporteurs et les investisseurs. Le deuxième est une tentative de négociation où le CARICOM, en tant que médiateur, chercherait un canal de dialogue afin de réduire la pression énergétique et d’empêcher une escalade humanitaire. Le troisième scénario est une fatigue plus durable face à la crise, dans laquelle l’industrie touristique se « réorienterait » progressivement hors de Cuba, tandis que les voisins se disputeraient la demande réorientée, avec le risque de surchauffe du marché et de dégradation de la qualité de service. Aucun scénario n’est sans coût, et les différences portent surtout sur qui supporte le coût et à quelle vitesse.
Un élément particulièrement lourd dans la dynamique régionale est le fait que, selon la déclaration officielle du CARICOM à l’occasion du 53e anniversaire des relations avec Cuba, le Neuvième sommet CARICOM–Cuba a été annoncé à La Havane en mars 2026. Cet événement pourrait offrir un cadre de coordination des démarches humanitaires et de définition plus claire des intérêts régionaux, mais aussi soulever la question de savoir si certains États subiront une pression américaine accrue du fait de leur participation. Au même moment, le CARICOM annonce également des discussions plus larges sur un partenariat avec les États-Unis sur la sécurité, les migrations, le commerce et le développement, faisant de Cuba une sorte de « cas test » de la réalité de l’autonomie régionale. Si les États ne parviennent pas à s’accorder sur des objectifs communs minimaux, la position de négociation de l’ensemble du bloc s’affaiblit. Si, au contraire, une coordination est obtenue, les chances augmentent de trouver des solutions pratiques pour protéger le cœur économique — le tourisme.
Pour le tourisme caribéen, cependant, l’essentiel tient en une phrase : la région ne peut pas éviter la géopolitique, mais elle peut tenter d’en gérer les conséquences. Cela signifie investir dans la résilience énergétique des hôtels et des ports, diversifier les marchés au-delà des États-Unis, renforcer la coopération sécuritaire régionale et mettre en place des protocoles de crise pour les perturbations du transport aérien et maritime. Sinon, chaque nouvelle série de sanctions ou de refroidissement diplomatique peut se transformer en choc sur le point le plus sensible — la saison qui fait vivre toute l’année. C’est pourquoi le débat sur Cuba en 2026 n’est pas seulement un épisode diplomatique, mais un miroir de l’avenir du tourisme caribéen : sa résilience, sa diversification et la capacité du risque politique à renverser des plans en quelques semaines.
Sources :- Maison-Blanche – faits sur le décret du 29. janvier 2026 et le mécanisme tarifaire lié à l’approvisionnement en pétrole de Cuba (lien)- OHCHR (Nations unies) – déclaration des rapporteurs spéciaux sur les conséquences des mesures énergétiques visant Cuba (lien)- Associated Press – reportage sur l’aide humanitaire du Mexique à Cuba et l’état de l’approvisionnement en carburant (lien)- Associated Press – contexte de la visite de Marco Rubio au CARICOM et des thèmes régionaux de sécurité et d’énergie (lien)- CARICOM – page officielle sur la 50e réunion des dirigeants à Basseterre (24.–27. février 2026) (lien)- CARICOM – déclaration sur le 53e anniversaire des relations CARICOM–Cuba (annonce du Neuvième sommet CARICOM–Cuba en mars 2026) (lien)- WTTC / Oxford Economics – « Travel & Tourism Economic Impact 2025: Global Trends » (données sur la part du tourisme dans l’économie caribéenne et la dépendance aux visiteurs étrangers) (lien)- Caribbean Tourism Organization (CTO) – rapport sur les résultats du tourisme caribéen en 2024 (34,2 millions d’arrivées internationales) (lien)- U.S. Department of State – « Cuba Restricted List » (état au 14. juillet 2025) (lien)- U.S. Treasury (OFAC) – aperçu des programmes de sanctions visant Cuba (lien)
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