Le CIO prévoit de choisir l’hôte des Jeux olympiques de 2036 seulement en 2029, avec des règles plus strictes pour les candidats
Le Comité international olympique prépare une procédure nettement plus courte, plus claire et plus exigeante pour le choix de l’hôte des Jeux olympiques et paralympiques d’été de 2036. Selon un rapport de l’agence japonaise Kyodo, qui cite des sources proches du dossier, le CIO prévoit de choisir la ville hôte lors de sa session en 2029, tandis qu’à Lausanne s’achève la révision du système actuel de candidature. La décision serait ainsi prise environ sept ans avant les Jeux, ce qui représente un rythme très différent de certaines attributions précédentes dans lesquelles les hôtes disposaient de plus d’une décennie pour se préparer.
Le changement ne signifie pas seulement un calendrier différent, mais aussi une relation différente avec les candidats. Selon les documents et communiqués du CIO, les futurs projets devront montrer plus tôt et plus clairement comment ils prévoient de résoudre la capacité des sites sportifs, le financement, les infrastructures publiques, les transports, l’hébergement, la durabilité, la sécurité et les bénéfices à long terme pour la population. Au lieu d’une course large et floue dans laquelle les favoris se dessinent derrière des portes closes, le nouveau modèle devrait inclure des phases plus structurées, des critères plus clairs et une plus grande implication des membres du CIO avant le vote final.
Pour l’instant, aucune liste restreinte officielle n’a été publiée pour 2036. Différents projets et acteurs intéressés restent en jeu, parmi eux l’Inde, le Qatar et l’Allemagne, tandis que d’autres pays et villes qui suivent la possibilité d’accueillir les Jeux après 2032 sont aussi mentionnés dans un contexte plus large. Mais le nouveau message venu de Lausanne est que l’ambition seule ne suffira pas. Les candidats devront prouver qu’ils peuvent organiser les Jeux sans promesses financières non durables, sans construction excessive et avec un plan capable de résister à un examen politique, économique et social.
Pourquoi le CIO change le modèle actuel
La révision de la procédure de choix de l’hôte est liée au changement de direction du CIO et aux critiques de longue date selon lesquelles le système est devenu trop fermé ces dernières années. Kirsty Coventry, ancienne nageuse olympique du Zimbabwe, a été élue présidente du CIO en mars 2025 et a pris ses fonctions le 23 juin 2025, selon l’annonce officielle du CIO. Elle est la première femme et la première personne venue d’Afrique à la tête de cette organisation, et l’un des premiers gestes institutionnels de son mandat a été l’examen de la manière dont sont choisis les futurs hôtes des Jeux olympiques.
Selon l’annonce du CIO de juin 2025, après des consultations avec les membres de l’organisation, Coventry a annoncé un groupe de travail chargé de réexaminer quand et comment choisir les futurs hôtes des Jeux d’été et d’hiver. Le CIO avait alors indiqué que les membres demandaient une plus grande implication dans le processus ainsi qu’un débat sur le délai avec lequel les Jeux doivent être attribués. Dans la pratique, cela a ouvert la question de l’équilibre entre la sécurité pour l’hôte et la transparence pour le mouvement olympique : une très longue période de préparation peut donner plus de temps aux organisateurs, mais elle peut aussi verrouiller la décision avant que le public et les membres du CIO ne disposent d’une image complète des risques.
Brisbane est le plus souvent cité comme exemple de l’ancienne approche, après avoir été choisi en 2021 comme hôte des Jeux de 2032, onze ans à l’avance. Associated Press a rapporté en février 2026 que les membres du CIO souhaitent éviter de répéter une telle impression de processus fermé et accéléré, notamment dans la course pour 2036 où plusieurs acteurs ambitieux sont intéressés. La nouvelle approche va donc vers une réduction plus formelle du cercle des candidats, davantage d’informations pour les membres du CIO et une explication plus claire des raisons pour lesquelles un projet avance ou sort de la procédure.
Une nouvelle phase de transition entre les discussions et la candidature finale
Selon la proposition de la commission exécutive du CIO annoncée dans le cadre du processus “Fit for the Future”, une nouvelle phase de dialogue stratégique est introduite dans le choix de l’hôte. Cette phase se situerait entre l’actuel “dialogue continu”, dans lequel les hôtes potentiels discutent sans engagement avec le CIO, et le “dialogue ciblé”, dans lequel un ou plusieurs hôtes préférés entrent dans une évaluation finale détaillée. Selon l’annonce relayée par PTI, le dialogue stratégique permettrait à la commission exécutive de distinguer les acteurs intéressés disposant de projets développés et de les envoyer vers une analyse plus approfondie.
Un tel modèle devrait réduire l’incertitude à la fois pour les candidats et pour le CIO. Les villes, régions ou États qui entreraient dans une phase plus sérieuse devraient présenter plus tôt un plan de projet, tandis que les membres du CIO recevraient davantage d’informations régulières sur la qualité, le cadre financier et la faisabilité de l’offre. C’est important parce qu’une candidature olympique n’est plus seulement une compétition de visions, mais aussi un test de capacité institutionnelle, de stabilité politique, de préparation infrastructurelle et de confiance du public.
Le CIO souligne déjà que les futurs hôtes doivent utiliser au maximum les sites existants et temporaires, et justifier toute nouvelle construction par un besoin à long terme de la communauté locale. Selon les lignes directrices officielles du CIO pour les hôtes, les compétitions peuvent être réparties entre plusieurs villes, régions, voire pays, si cela est plus durable et plus rationnel. Cela marque un éloignement de l’ancien modèle dans lequel une seule ville devait construire un écosystème olympique presque complet, souvent avec des coûts élevés et des problèmes ultérieurs liés à des installations inutilisées.
La capacité, l’argent et l’infrastructure deviennent le test central
Dans le nouveau cadre, trois questions seront décisives : le candidat peut-il accueillir et organiser les Jeux, peut-il les financer sans hypothèses peu convaincantes et dispose-t-il d’une infrastructure déjà existante ou pouvant être développée de façon justifiée. La capacité n’inclut pas seulement les stades et les salles, mais aussi les liaisons de transport, les aéroports, l’hébergement hôtelier, le village olympique, les systèmes médicaux et de sécurité ainsi que la capacité à gérer des dizaines de sports en peu de temps. Le financement devra être présenté à travers des sources publiques et privées réalistes, des garanties d’État, un budget opérationnel et un plan d’héritage après la fin des Jeux.
L’infrastructure est particulièrement sensible parce que les candidatures olympiques précédentes promettaient souvent des bénéfices à long terme, mais certains projets, après les Jeux, se sont retrouvés confrontés à des coûts d’entretien élevés. Le CIO met donc l’accent, dans ses documents officiels, sur les sites existants et temporaires, les projets climatiquement responsables et les bénéfices pour la communauté. Pour les candidats à 2036, cela signifie qu’il ne suffira pas de montrer des rendus attrayants de stades. Ils devront montrer ce qu’ils possèdent déjà, ce qu’ils doivent réellement construire, qui paiera et comment les installations seront utilisées pendant des décennies après la cérémonie de clôture.
La question des coûts n’est pas seulement un détail administratif. L’Oxford Olympics Study 2024, publiée par Alexander Budzier et Bent Flyvbjerg, indique que les Jeux olympiques continuent d’entraîner des coûts élevés et de fréquents dépassements de budget, malgré les réformes qui encouragent l’utilisation des infrastructures existantes. Les auteurs avertissent que les coûts et les risques financiers sont l’un des principaux défis pour la durabilité du modèle olympique. C’est précisément pourquoi le nouvel accent mis sur le financement et l’infrastructure n’est pas un changement technique, mais une tentative de rendre l’accueil des Jeux plus convaincant pour le public, les gouvernements et les membres du CIO eux-mêmes.
L’Inde et le Qatar parmi les candidats les plus visibles
L’Inde est l’un des candidats les plus actifs dans le processus pour 2036. Selon le Conseil olympique d’Asie, l’Association olympique indienne a envoyé le 1er novembre 2024 une lettre d’intention à la Commission des futurs hôtes du CIO, exprimant son intérêt pour l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2036. Dans des interventions ultérieures, des responsables indiens ont associé le projet à Ahmedabad, ville de l’État du Gujarat, mais le statut final de la candidature dépendra des règles du CIO et des étapes suivantes de la procédure.
Le Qatar a également confirmé publiquement sa participation aux discussions avec le CIO. Le Comité olympique qatari a annoncé le 22 juillet 2025 qu’il participait aux discussions en cours dans le cadre du processus de sélection de l’hôte pour 2036. Dans cette annonce, le président du Comité olympique qatari et président du comité de candidature, le cheikh Joaan bin Hamad Al Thani, a déclaré que le Qatar dispose de 95 pour cent des infrastructures sportives nécessaires et d’un plan national pour la pleine préparation des installations. Le comité qatari met également en avant son expérience dans l’organisation de grands événements sportifs, notamment la Coupe du monde de football 2022, les Championnats du monde d’athlétisme 2019 et les Jeux asiatiques 2006.
L’Allemagne prépare son propre processus national pour une possible candidature pour 2036, 2040 ou 2044. Selon la Confédération allemande des sports olympiques, des concepts liés à Berlin, Hambourg, Munich et à la zone Cologne-Rhin-Ruhr sont à l’étude, avec pour objectif de développer un projet qui pourrait entrer dans le dialogue continu avec le CIO. Le cas allemand montre que la nouvelle course olympique ne se joue pas seulement entre des États qui veulent les Jeux pour la première fois, mais aussi entre des pays qui cherchent à revenir comme hôtes, avec toutefois un accent plus fort sur le soutien public et la durabilité des coûts.
La liste restreinte n’est pas encore officiellement ouverte
Malgré le grand intérêt, il n’est actuellement pas officiellement confirmé quels candidats entreront dans la liste restreinte pour 2036. Selon les informations disponibles, la 146e session du CIO à Lausanne, les 24 et 25 juin 2026, devrait examiner les réformes du programme des Jeux et de la procédure de sélection des futurs hôtes. Si les membres du CIO acceptent le nouveau modèle, les candidats obtiendront un cadre plus clair pour leur préparation, et le public olympique un aperçu plus précis de la manière dont les hôtes potentiels sont comparés.
C’est particulièrement important pour les projets qui reposent sur de grands investissements publics. Une candidature aux Jeux olympiques est rarement seulement un projet sportif ; elle touche à l’urbanisme, au logement, aux transports publics, à la sécurité, au tourisme, aux obligations fiscales et au prestige international. La nouvelle procédure devrait donc réduire l’espace pour les messages politiques flous et accroître l’importance des plans vérifiables. Un candidat qui veut les Jeux de 2036 devra convaincre le CIO qu’il peut organiser un événement d’envergure mondiale, mais aussi son propre public que les coûts et les obligations ont une justification à long terme.
Pour le CIO, l’enjeu est également important. Après Paris 2024, Los Angeles 2028 et Brisbane 2032, le choix de l’hôte pour 2036 sera la première grande décision concernant les Jeux d’été dans le plein mandat de la nouvelle présidente. Si la décision est effectivement prise en 2029, l’organisation aura trois ans pour façonner une nouvelle compétition plus crédible. Ce processus pourrait déterminer non seulement qui obtiendra les Jeux, mais aussi quels seront les Jeux olympiques dans la prochaine décennie : un symbole de prestige plus coûteux ou un projet plus durable qui doit prouver sa valeur avant de recevoir les anneaux olympiques.
Sources :
- Kyodo News / World News – rapport sur le plan de choix de l’hôte des Jeux 2036 lors de la session du CIO en 2029 (lien)
- Comité international olympique – annonce de la méthodologie “Fit for the Future” et des changements de la procédure de choix de l’hôte (lien)
- Comité international olympique – lignes directrices officielles sur le processus et les exigences pour les futurs hôtes des Jeux olympiques (lien)
- Comité international olympique – annonce de l’élection de Kirsty Coventry à la présidence du CIO (lien)
- NDTV / PTI – rapport sur la proposition de dialogue stratégique dans le processus réformé de choix de l’hôte (lien)
- Conseil olympique d’Asie – information sur la lettre d’intention indienne pour l’accueil des Jeux olympiques 2036 (lien)
- Comité olympique qatari – confirmation de la participation du Qatar au processus de dialogue pour les Jeux olympiques et paralympiques 2036 (lien)
- Confédération allemande des sports olympiques – informations sur le processus allemand et les concepts pour une possible candidature (lien)
- Budzier et Flyvbjerg, Oxford Olympics Study 2024 – analyse des coûts et des dépassements de budget des Jeux olympiques (lien)