Les parieurs sont à l’origine de la majorité des attaques en ligne les plus graves contre les joueurs de tennis professionnels
Les parieurs en colère ont été responsables de près des trois cinquièmes des formes les plus graves de harcèlement en ligne visant les joueurs de tennis professionnels et d’autres personnes du milieu sportif en 2025. C’est ce que révèle le deuxième rapport annuel publié le 16 juillet 2026 par la Women’s Tennis Association (WTA) et World Tennis, le nouveau nom de la Fédération internationale de tennis, connue sous le sigle ITF. Selon les données officielles, les personnes liées aux paris ont généré 42 pour cent de toutes les publications injurieuses confirmées et jusqu’à 59 pour cent des contenus classés dans la catégorie des abus graves. Cette catégorie comprend les menaces violentes et ciblées, le harcèlement sexuel, les messages racistes ainsi que les attaques visant les membres de la famille des joueurs. Les conclusions confirment que la frustration provoquée par des paris perdus n’est plus seulement une source de commentaires désagréables après un match, mais l’un des principaux problèmes de sécurité auxquels le tennis professionnel est confronté en dehors des courts.
Le rapport repose sur les données du système Threat Matrix, qui associe l’analyse automatisée d’un grand nombre de publications au travail d’analystes, d’enquêteurs et de spécialistes de l’évaluation des menaces. En 2025, plus de 1,2 million de messages et de commentaires publiés sur les plateformes X, Instagram, YouTube, TikTok et Facebook ont été analysés. Plus de 12 000 contenus ont été confirmés comme abusifs, tandis que 3 726 publications ont été jugées graves. Au cours de la saison, le programme a couvert plus de 10 000 joueurs et officiels, et l’équipe d’analyse a examiné des contenus dans 57 langues. L’un des systèmes les plus vastes de surveillance continue des menaces en ligne dans le sport mondial a ainsi été mis en place.
Un petit nombre de comptes produit la majeure partie des contenus les plus dangereux
L’une des conclusions les plus importantes du rapport concerne la forte concentration des abus. Selon les données de la WTA et de World Tennis, seulement neuf pour cent des comptes signalés comme abusifs étaient responsables de 87 pour cent de tous les messages classés dans la catégorie des contenus particulièrement préoccupants. Les comptes que les analystes ont définis comme appartenant à des auteurs récidivistes ont produit 49 pour cent de l’ensemble des abus détectés, contre 43 pour cent enregistrés un an auparavant. Ces comptes publiaient plus souvent que les autres des messages violents et sexuels ainsi que des menaces contre les membres de la famille des joueurs. Les données montrent que le problème n’est pas réparti uniformément entre des milliers d’utilisateurs mécontents, mais qu’il est largement alimenté par un groupe relativement restreint de personnes qui répètent, ciblent et intensifient leurs attaques.
En 2025, 26 comptes particulièrement actifs ont été supprimés des plateformes X et Instagram après que chacun d’entre eux eut publié plus de 30 messages injurieux ou menaçants. Ensemble, ces comptes étaient responsables de 21 pour cent de la totalité des abus enregistrés au cours de l’année. Les enquêteurs ont entièrement ou partiellement établi l’identité des personnes à l’origine de 68 comptes, contre 39 comptes pendant la période de référence précédente. La WTA et World Tennis indiquent que ce travail permet de passer de la simple suppression de commentaires individuels à des procédures pouvant inclure le blocage de comptes, l’interdiction d’accès à des événements sportifs, l’évaluation du danger physique et la transmission de preuves aux autorités compétentes. C’est précisément ce lien entre la surveillance numérique et les conséquences possibles dans le monde réel qui est essentiel pour dissuader les auteurs les plus persistants.
Deux tiers des contenus graves supprimés des plateformes
Selon le rapport, 66 pour cent des contenus classés comme abus graves ont été supprimés en 2025. Parallèlement, 35 comptes liés à 12 personnes, dont un réseau confirmé de profils interconnectés, ont été signalés à la police et à d’autres organismes chargés de l’application de la loi. Les organisations n’ont pas publié l’identité des suspects ni les détails des différentes enquêtes, de sorte qu’il est actuellement impossible de savoir combien de signalements ont débouché sur des procédures pénales ou d’autres actions judiciaires. Le nombre de cas transmis à un niveau supérieur montre néanmoins qu’une partie des communications est considérée comme une menace potentielle pour la sécurité, et pas seulement comme une violation des règles des réseaux sociaux. Dans de tels cas, les enquêteurs spécialisés recueillent des informations accessibles au public, relient les comptes entre eux et préparent des dossiers de preuves à destination des plateformes, des organisateurs de tournois, des services de sécurité et de la police.
Un indicateur particulièrement important de l’efficacité du programme est le fait que 89 pour cent des comptes responsables d’abus graves en 2024 ne sont pas réapparus en 2025. Ce résultat ne signifie pas que le problème est résolu et ne confirme pas non plus que tous les auteurs ont définitivement cessé leurs activités, car certaines personnes peuvent ouvrir de nouveaux comptes ou se tourner vers d’autres canaux de communication. La WTA et World Tennis estiment toutefois que ce taux élevé de non-récidive montre la valeur des mesures coordonnées, en particulier lorsque la suppression des contenus est associée à l’identification des auteurs et à des procédures de sécurité. Lors de la première analyse portant sur une année complète, en 2024, le système avait examiné environ 1,6 million de publications et de commentaires et confirmé approximativement 8 000 contenus injurieux, violents ou menaçants provenant d’environ 4 200 comptes. Le rapport final de cette saison avait également établi que les parieurs en colère avaient envoyé 40 pour cent de tous les abus détectés, ce qui signifie que leur part a augmenté de deux points de pourcentage en 2025.
Pourquoi le tennis est particulièrement exposé aux attaques liées aux paris
En raison de la structure de ses compétitions, le tennis professionnel génère un grand nombre d’événements individuels sur lesquels il est possible de parier presque tous les jours. Les matchs se jouent dans différents fuseaux horaires, lors de tournois de différents niveaux et sur un grand nombre de marchés de paris, du vainqueur final au résultat d’un set ou d’un jeu particulier. Les joueurs sont également visibles sur les réseaux sociaux et souvent directement accessibles par l’intermédiaire de profils publics ou de messages privés. Lorsque le résultat ne correspond pas aux attentes des parieurs, certains utilisateurs font porter au sportif la responsabilité de leur perte financière personnelle, alors que le joueur n’a aucune obligation à l’égard de leur pari. Le rapport montre que, chez un nombre limité de personnes, une telle réaction se transforme en harcèlement répété, en menaces de violence ou en attaques contre la famille.
Le problème est encore aggravé par le fait que le résultat d’un match de tennis peut changer brusquement à cause d’une blessure, de la fatigue, des conditions météorologiques ou d’un seul point perdu en fin de rencontre. Cette imprévisibilité fait partie intégrante du sport, mais elle peut devenir un déclencheur d’agressivité dans un environnement lié aux paris. Les spécialistes participant au programme Threat Matrix avertissent qu’une attaque en ligne ne doit pas être considérée de manière isolée simplement parce qu’elle est survenue après un résultat sportif. Des messages répétés, la surveillance obsessionnelle d’un joueur, la publication de données personnelles ou des menaces contre des membres de la famille peuvent indiquer un véritable risque pour la sécurité. C’est pourquoi les cas les plus graves ne sont pas traités uniquement par un signalement aux plateformes, mais impliquent également les organisateurs de tournois, les services de sécurité et les autorités compétentes.
La technologie accélère la détection, mais les décisions sont également prises par des spécialistes
Threat Matrix a été lancé le 1er janvier 2024 dans le cadre d’une coopération entre l’ancienne ITF, la WTA, le All England Lawn Tennis Club et la United States Tennis Association. L’objectif était de surveiller automatiquement les publications accessibles au public visant les joueurs et les officiels, tout en permettant également un soutien pour les menaces reçues par messages privés. Le système développé par Signify Group utilise l’apprentissage automatique pour repérer les contenus potentiellement injurieux ou menaçants, mais les messages signalés sont ensuite examinés par des analystes humains. Une telle procédure est importante en raison du contexte, de l’ironie, des expressions locales, des nuances linguistiques et de la différence entre une critique générale d’une performance sportive et une menace ciblée. Les analystes classent les contenus selon leur degré de gravité, tandis que les cas les plus préoccupants sont pris en charge par des spécialistes de l’évaluation des risques et des enquêteurs.
Selon la description du programme, les équipes spécialisées utilisent des méthodes d’enquête fondées sur des données accessibles au public afin de relier les profils, d’identifier les modèles de comportement et, lorsque cela est possible, d’identifier la personne qui se trouve derrière un compte. Les preuves peuvent ensuite être transmises aux réseaux sociaux afin de faire supprimer des contenus ou des comptes, aux organisations sportives afin de mettre en œuvre des mesures de sécurité et à la police lorsqu’il existe un soupçon que le seuil pénal a été franchi. Le système permet également d’avertir les équipes de sécurité des tournois au sujet de personnes susceptibles de présenter un risque sur le lieu de l’événement. La WTA et World Tennis soulignent que, dans ce modèle, l’intelligence artificielle sert d’outil pour traiter un grand volume de communications, tandis que l’évaluation de la gravité et les décisions concernant les étapes suivantes sont confiées à des spécialistes formés. L’objectif est ainsi de réduire le risque qu’un signalement automatisé soit interprété à tort comme une évaluation définitive de la menace.
Les réseaux sociaux sont appelés à réagir plus rapidement et de manière plus cohérente
La suppression de 66 pour cent des contenus graves représente un progrès visible, mais elle signifie également qu’environ un tiers des publications les plus graves n’a pas été supprimé au cours de la période observée. La durée pendant laquelle les contenus litigieux sont restés disponibles avant leur suppression n’a pas été communiquée, pas plus que l’ampleur des variations de résultats entre les plateformes. Pour les joueurs, la rapidité de la réaction est importante, car un message menaçant peut être copié, partagé ou transformé en attaque coordonnée avant de disparaître du compte d’origine. La WTA et World Tennis soulignent donc que de nouveaux progrès nécessitent une coopération entre les réseaux sociaux, les organismes sportifs, la police et l’industrie des paris. Le simple masquage automatique des commentaires peut réduire l’exposition immédiate, mais ne résout pas le problème d’une personne qui ouvre systématiquement de nouveaux comptes ou envoie des menaces par d’autres canaux.
Les représentants des joueurs au sein du WTA Player Board ont jugé les abus inacceptables et averti que leurs effets peuvent être considérables même lorsqu’ils sont produits par un nombre relativement limité de comptes. Selon eux, il est important que les joueurs sachent comment les signalements sont analysés, qu’ils bénéficient d’un soutien en matière de sécurité et que les auteurs puissent subir des conséquences. La WTA et World Tennis indiquent que le bien-être des joueurs constitue l’une des priorités du système plus large de protection dans le tennis professionnel. Le harcèlement en ligne peut affecter la concentration, la préparation aux compétitions, la santé mentale et le sentiment de sécurité des sportifs et de leurs familles. Dans un sport où les déplacements sont fréquents et où les calendriers et les lieux des tournois sont connus du public, les menaces graves doivent également être évaluées en fonction de la possibilité d’un contact physique.
Le premier opérateur de paris rejoint le programme de sanctions
Une évolution importante dans la réponse de l’industrie s’est produite le 25 juin 2026, lorsque Signify Group et la société spécialisée dans l’intégrité des paris sportifs IC360 ont annoncé le lancement du programme Bad Actor. Fanatics Sportsbook est devenu le premier opérateur de paris à participer à ce modèle. Selon l’annonce de Signify, l’opérateur s’est engagé à suspendre ou à fermer définitivement les comptes de clients lorsque les preuves recueillies confirment qu’un client a harcelé, menacé ou importuné en ligne des sportifs, des entraîneurs ou des officiels. Le programme relie les données du système Threat Matrix à l’infrastructure de conformité et de surveillance des paris, ce qui permet d’étendre les conséquences au-delà du réseau social jusqu’à la relation entre l’utilisateur et l’opérateur de paris. La WTA et World Tennis ont appelé les autres opérateurs à introduire des mécanismes similaires.
Une telle approche ouvre la possibilité de créer un effet dissuasif parmi les utilisateurs qui pensent qu’un message anonyme est séparé de leur compte de paris. Sa mise en œuvre dépendra toutefois de la qualité des preuves, des règles de protection des données, de la réglementation locale et des procédures de recours offertes aux personnes sanctionnées. On ignore combien d’opérateurs rejoindront le programme et si le modèle sera appliqué de manière identique sur tous les marchés. Pour les organisations sportives, il est essentiel que les abus identifiés ne soient pas traités uniquement comme un problème de réputation, mais comme une question de sécurité et d’intégrité des compétitions. Les menaces liées aux paris peuvent exercer une pression sur les joueurs et, dans des cas extrêmes, se confondre avec des tentatives d’intimidation ou de manipulation.
Les progrès sont mesurables, mais l’ampleur globale des abus reste importante
Le deuxième rapport annuel aboutit à deux conclusions simultanées. D’une part, la suppression de la majorité des messages graves, l’augmentation du nombre de comptes identifiés et le fait que la grande majorité des auteurs les plus dangereux de 2024 ne soient pas réapparus montrent qu’un système coordonné peut produire des résultats concrets. D’autre part, plus de 12 000 contenus injurieux confirmés et 3 726 cas graves au cours d’une seule saison confirment que l’ampleur du problème demeure élevée. Le fait que les parieurs représentent 59 pour cent des sources des abus les plus graves est particulièrement préoccupant, car il indique un lien structurel entre l’expansion des paris sportifs et la pression exercée sur les personnes participant aux compétitions. La réponse ne peut donc pas rester limitée à la modération des commentaires après leur publication.
La WTA et World Tennis annoncent la poursuite de leur coopération avec les plateformes, les enquêteurs, les organisateurs de tournois, la police et le secteur des paris. Les nouveaux progrès dépendront de la suppression rapide des menaces, d’une identification plus précise des auteurs, d’un soutien accessible aux joueurs et de sanctions claires dépassant les limites d’une plateforme particulière. Les données de 2025 suggèrent que les conséquences peuvent réduire la répétition des abus, mais aussi que la majeure partie des dommages peut être évitée en concentrant les efforts sur un petit nombre de comptes extrêmement actifs. Pour le tennis professionnel, la prochaine étape consistera à transformer cette observation en une norme de protection plus large, appliquée de manière cohérente indépendamment du tournoi, du pays ou du réseau social sur lequel l’attaque a été publiée.
Sources :
- WTA – deuxième rapport annuel sur le harcèlement en ligne dans le tennis professionnel, données de la saison 2025 et mesures mises en œuvre (lien)
- World Tennis – communiqué officiel sur les résultats du système Threat Matrix, la suppression des contenus et les signalements aux autorités compétentes (lien)
- WTA – premier rapport portant sur une année complète pour 2024 et données comparatives sur le rôle des parieurs dans le harcèlement en ligne (lien)
- WTA – informations officielles sur le lancement du système Threat Matrix et les organisations participant à sa mise en œuvre (lien)
- Signify Group – description du programme Bad Actor, de la coopération avec IC360 et des mesures adoptées par Fanatics Sportsbook (lien)
- World Tennis – explication officielle du changement de nom de la Fédération internationale de tennis en World Tennis à partir de juin 2026 (lien)