La Jamaïque à l’ITB Berlin 2026 : la résilience touristique comme réponse aux crises, au climat et aux pressions du marché
À l’ITB Berlin 2026, la Jamaïque a renforcé le message selon lequel le tourisme au XXIe siècle ne peut pas se réduire uniquement au nombre d’arrivées, mais aussi à la capacité des destinations à se préparer aux chocs, à encaisser les coups et à se rétablir plus vite que prévu. Au plus grand salon mondial du tourisme, qui se tient cette année du 3 au 5 mars à Berlin et célèbre son 60e anniversaire, le ministre jamaïcain du Tourisme, Edmund Bartlett, a rencontré la secrétaire générale de l’UN Tourism, Shaikha Al Nowais, nominée au poste à partir de 2026. Les échanges ont porté sur la reprise après l’ouragan Melissa, le renforcement des liaisons aériennes, la durabilité, le développement des compétences et, plus largement, la « Global Tourism Resilience Agenda » que la Jamaïque promeut sur la scène internationale.
Bartlett est arrivé à Berlin à un moment où l’État caribéen lutte encore contre les conséquences d’un ouragan dévastateur qui a frappé la Jamaïque fin octobre 2025, tandis que les institutions internationales et l’industrie reconnaissent de plus en plus ouvertement que les événements météorologiques extrêmes ne sont plus une « exception », mais deviennent une composante d’une nouvelle normalité. C’est précisément pour cela que la présence jamaïcaine à l’ITB cette année n’était pas seulement promotionnelle, mais aussi politique : puisque le tourisme demeure l’épine dorsale de l’économie de nombreux pays insulaires, la résilience devient un mot-clé des politiques publiques.
Berlin comme scène : l’ITB en année de jubilé et les thèmes qui dominent le salon
L’ITB Berlin, qui se déroule du 3 au 5 mars sur le parc des expositions de Berlin, célèbre cette année ses 60 ans d’existence et reste le lieu central où se croisent les intérêts des destinations, des compagnies aériennes, des chaînes hôtelières, des entreprises technologiques et des régulateurs. Dans leurs annonces, les organisateurs mettent en avant une segmentation claire par marchés et par thématiques, avec un fort accent sur la durabilité, la transformation numérique et de nouveaux modèles de croissance dans un contexte de risques climatiques et géopolitiques. Dans un tel environnement, la rencontre entre la Jamaïque et l’UN Tourism prend un relief supplémentaire : il ne s’agit pas seulement d’une destination, mais d’un modèle susceptible d’être appliqué à l’échelle mondiale.
Reprise après l’ouragan Melissa : le tourisme comme « infrastructure critique »
Selon les rapports disponibles, l’ouragan Melissa a frappé la Jamaïque le 28 octobre 2025 comme une tempête exceptionnellement puissante, causant d’importants dégâts dans l’ouest de l’île, des coupures des liaisons de transport et une pression durable sur la capacité d’hébergement, les infrastructures de services publics et l’approvisionnement. Associated Press a rapporté en novembre 2025 des dizaines de morts, des milliers de déplacés et une restauration lente des services de base, notamment l’eau, l’électricité et les télécommunications, ce qui a directement affecté la normalisation des flux touristiques et le fonctionnement de l’aéroport de Montego Bay. En février 2026, le Jamaica Observer a indiqué que le National Hurricane Center américain, dans une nouvelle analyse, avait encore révisé les estimations de l’intensité de la tempête et confirmé que Melissa figurait parmi les ouragans atlantiques les plus puissants selon les paramètres enregistrés.
C’est sur cette base que Bartlett, à Berlin, construit l’argument selon lequel le tourisme, surtout sur les îles, est plus qu’un secteur de services : c’est une « infrastructure critique » qui doit être planifiée aussi sérieusement que l’énergie, l’eau ou les transports. Lorsque la chaîne d’approvisionnement est interrompue, lorsque des routes ou des ports sont endommagés, lorsque l’hôtellerie perd l’électricité et l’eau, les conséquences se répercutent sur l’ensemble de l’économie, de l’agriculture et de la pêche aux petits entrepreneurs et aux salariés des services. La Jamaïque, affirme-t-il, veut donc que les institutions mondiales et les mécanismes financiers considèrent la résilience touristique comme une priorité de développement, et non comme une couche marketing supplémentaire.
Rencontre avec l’UN Tourism : de la symbolique aux priorités opérationnelles
En 2025, lors de la 123e session du Conseil exécutif, l’UN Tourism a mis en avant les priorités d’innovation, d’investissement et d’éducation, et a, dans ce cadre, nommé Shaikha Al Nowais comme nouvelle secrétaire générale à partir de 2026. Pour la Jamaïque, cette continuité est importante car son agenda de résilience repose précisément sur ces trois piliers : des innovations dans la gestion des risques, des investissements dans les infrastructures et les capacités humaines, ainsi que la formation d’une main-d’œuvre souvent en première ligne lors des crises.
D’après les informations publiées par les médias touristiques internationaux depuis l’ITB, Bartlett et Al Nowais ont discuté de la manière d’accélérer la reprise après l’ouragan, d’assurer un transport aérien plus stable et de standardiser des approches de durabilité qui ne soient pas de simples « étiquettes vertes », mais des pratiques mesurables. Les politiques de développement des compétences étaient aussi au cœur des échanges : depuis des années, le tourisme souffre d’un manque de travailleurs qualifiés, et après les crises et les catastrophes, ce problème s’aggrave avec les migrations, les interruptions de formation et l’insécurité des revenus. La Jamaïque veut donc relier les programmes de formation à la résilience des destinations : un travailleur qui sait réagir selon des protocoles de crise et maîtrise des outils numériques devient une composante du système de sécurité, et pas seulement du service.
Le transport aérien comme goulot d’étranglement : négociations avec les transporteurs et diversification des marchés
Pour la Jamaïque, la question des liaisons aériennes est cruciale pour deux raisons. La première est évidente : l’île dépend de l’avion, et toute baisse de capacité ou hausse des prix des billets affecte à la fois le tourisme et l’économie nationale. La seconde est stratégique : après des chocs comme une pandémie ou un ouragan, la reprise est plus rapide si la destination dispose de points d’entrée diversifiés et de davantage de marchés capables de « compenser » une baisse dans un segment.
Des rapports récemment publiés sur la mission marketing du ministère jamaïcain du Tourisme en Colombie et au Panama indiquent que des travaux sont en cours pour étendre les liaisons aériennes vers l’Amérique latine pour la période 2026–2027, avec des discussions avec des dirigeants de l’industrie aéronautique et des partenaires du tourisme. Parallèlement, des médias régionaux qui suivent le marché caribéen indiquent que des projections et annonces antérieures ont fait état d’augmentations de capacité depuis certains hubs nord-américains et canadiens, interprétées comme un signal que la demande pour la Jamaïque reste forte malgré les risques.
À Berlin, où se réunissent compagnies aériennes et tour-opérateurs, c’était l’occasion pour la Jamaïque d’envoyer un message de « stabilité de l’offre » : si l’on veut maintenir la continuité des arrivées, il faut contractualiser les capacités tôt et construire de la redondance — plus de lignes, plus de transporteurs, plus d’aéroports et une meilleure gestion des saisons.
Durabilité et climat : des déclarations vers des engagements mesurables
Lorsqu’une destination est frappée par un ouragan, le débat sur la durabilité devient très concret. En pratique, cela signifie des normes de construction plus résistantes, une meilleure protection du littoral, une gestion de l’eau et de l’énergie, ainsi que des plans de reconstruction rapide. Sur les forums internationaux, la Jamaïque souligne que les petits États insulaires sont souvent doublement exposés : ils sont vulnérables sur le plan climatique et, en même temps, le tourisme est l’une de leurs principales sources de devises et d’emplois.
Dans les discussions à l’ITB, la durabilité se lit donc à travers la question du financement. Si l’on demande aux destinations de réduire les émissions, de protéger les écosystèmes et de s’adapter aux chocs climatiques, il faut un accès au capital et un transfert de connaissances. L’UN Tourism met en avant les investissements et l’innovation parmi ses priorités, et la Jamaïque tente de traduire cela en programmes concrets : de la cartographie numérique des risques à des protocoles standardisés pour les crises, la communication avec les clients et la reprise des entreprises locales.
Développement des compétences : la résilience commence à la réception et dans la communauté
L’un des thèmes que la Jamaïque remet constamment au premier plan est la main-d’œuvre. Dans les Caraïbes, le tourisme emploie souvent un grand nombre de personnes dans des activités à faibles revenus, avec des fluctuations saisonnières et peu de perspectives d’avancement. Après une tempête dévastatrice, ces travailleurs subissent un double choc : ils perdent des revenus tout en faisant face aux conséquences personnelles des dégâts sur les maisons, les écoles et la communauté.
C’est pourquoi, lors des discussions à Berlin, selon les informations publiées, la question de savoir comment relier les programmes de formation à la résilience des destinations a été soulevée. Cela inclut l’éducation à la sécurité et aux procédures de crise, mais aussi le renforcement des compétences numériques, puisque la communication avec les clients, la gestion des réservations et l’information de crise s’appuient de plus en plus sur des canaux en ligne. En pratique, cela signifie que la résilience n’est pas seulement l’affaire de la protection civile ou des ministères, mais aussi des hôtels, des guides, des transporteurs, des restaurateurs et des communautés locales.
Agenda mondial de la résilience : le modèle jamaïcain et la tentative d’institutionnalisation
Depuis des années, la Jamaïque construit un profil international autour de l’idée de résilience touristique mondiale. Au niveau des Nations unies, la mission jamaïcaine a, dans un document lié à la résolution sur la « Journée mondiale de la résilience du tourisme », plaidé pour que le 17 février soit marqué comme une journée consacrée au renforcement de la préparation et de la reprise du secteur touristique. Dans ce texte présenté à l’ONU, il est souligné que la résilience doit être intégrée aux politiques de développement et à la coopération internationale, et la résolution elle-même cite également un groupe d’États co-parrains.
Sur le plan opérationnel, la Jamaïque s’appuie aussi sur des institutions telles que le Global Tourism Resilience and Crisis Management Centre, un think tank basé en Jamaïque, qui travaille sur des projets de reprise et de préparation des destinations, notamment la cartographie des crises, la préparation numérique et la planification d’une résilience à long terme. Le gouvernement jamaïcain a également annoncé auparavant un rebranding du centre, en soulignant que son rôle dépasse les cadres nationaux et que le réseau de partenaires et de bureaux dans d’autres régions s’élargit.
En combinant cela avec l’ITB, on obtient une image plus claire : la Jamaïque ne veut pas que le récit sur la résilience reste cantonné aux panels de conférence. L’objectif est que, via l’UN Tourism et les réseaux partenaires, soient convenus des normes, des outils et des mécanismes financiers pouvant aider les destinations après des catastrophes — de l’évaluation rapide des dégâts à l’orientation de l’aide vers les petits entrepreneurs.
Ce que Berlin peut changer : entre diplomatie et marché
L’ITB Berlin est un lieu où la diplomatie et le marché se rencontrent souvent. Pour la Jamaïque, la rencontre avec la dirigeante de l’UN Tourism est un signal important de soutien politique, mais le résultat clé se mesure dans les semaines et les mois qui suivent le salon : y aura-t-il de nouvelles lignes concrètes, des capacités supplémentaires, des investissements dans la reconstruction et des programmes de formation ? Dans un contexte où les risques climatiques augmentent et où les voyageurs attendent de plus en plus de sécurité et d’informations transparentes, les destinations qui démontrent leur capacité à « rebondir plus fortes » peuvent gagner un avantage.
Dans l’interprétation jamaïcaine, la résilience n’est pas l’opposé de la croissance, mais une condition préalable à la croissance. Après un ouragan, le tourisme ne peut être un moteur de reconstruction que si, en parallèle, on investit dans les infrastructures, les personnes et la planification. C’est pourquoi Berlin 2026 a été pour la Jamaïque l’occasion, tout en promouvant l’île comme destination, de mettre au premier plan la question de savoir à quoi ressemblera le tourisme mondial dans une décennie marquée par des phénomènes météorologiques extrêmes, des pressions sur la main-d’œuvre et la nécessité de s’adapter.
Sources :- UN Tourism – annonce officielle sur la nomination de Shaikha Al Nowais et les priorités du Conseil exécutif (innovation, investissements, éducation) link
- ITB Berlin – dates officielles et informations sur l’ITB Berlin 2026 (3–5 mars 2026) link
- Associated Press – rapport sur les conséquences de l’ouragan Melissa en Jamaïque (novembre 2025) link
- Jamaica Observer – rapport sur les estimations révisées de l’intensité de l’ouragan Melissa selon l’analyse du NHC (février 2026) link
- Mission permanente de la Jamaïque auprès de l’ONU – texte de déclaration accompagnant la résolution sur la « Journée mondiale de la résilience du tourisme » (17 février) link
- GTRCMC / Global Tourism Resilience and Crisis Management Centre – description des projets de résilience et de reprise des destinations link
- eTurboNews – reportage sur la rencontre entre Bartlett et Al Nowais à l’ITB Berlin 2026 link
- eTurboNews – reportage sur l’extension des liaisons aériennes de la Jamaïque vers l’Amérique latine (2026–2027) link
Trouvez un hébergement à proximité
Heure de création: 2 heures avant