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Tourisme et changement climatique: pourquoi l’aide au développement finance rarement des destinations résilientes

Une nouvelle étude montre que seuls 89 des 842 projets d’aide liés au tourisme traitent directement du changement climatique. L’analyse interroge la façon dont les destinations peuvent planifier un tourisme plus résilient, durable et bas carbone, de la protection côtière aux énergies renouvelables, en passant par les transports et les investissements locaux

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Tourisme et changement climatique: pourquoi l’aide au développement finance rarement des destinations résilientes Karlobag.eu / illustration

Seule une plus petite partie de l’aide au développement touristique traite directement du changement climatique

Une nouvelle recherche sur l’aide internationale au développement dans le tourisme montre que la dimension climatique dans ce secteur apparaît encore nettement moins souvent que ce que l’on pourrait attendre compte tenu de l’exposition des destinations touristiques aux phénomènes météorologiques extrêmes, à l’élévation du niveau de la mer, aux sécheresses, aux incendies et aux pressions sur les ressources naturelles. Dans une analyse de 842 projets touristiques d’aide internationale, d’une valeur totale de 13,13 milliards de dollars américains, les chercheurs ont isolé seulement 89 projets qui traitent explicitement du changement climatique. Selon le résumé de l’article publié dans la revue Climate and Development, ces projets ont été analysés plus en détail afin de déterminer de quelle manière ils relient le tourisme, l’aide au développement et la résilience climatique.

Ce constat indique un écart important entre les messages politiques sur la transition verte du tourisme et la manière dont l’argent du développement est orienté dans la pratique. Le tourisme est utilisé dans de nombreux pays comme un outil de croissance économique, d’emploi, de développement des petites entreprises et de stimulation des revenus locaux, mais la recherche montre que le changement climatique n’est souvent pas traité dans de tels programmes comme un risque central de développement. Les auteurs de l’article avertissent que le potentiel du tourisme pour encourager un développement résilient au climat reste insuffisamment exploité, en particulier dans les pays qui dépendent des attractions naturelles, des zones côtières, du patrimoine culturel et de conditions saisonnières stables.

Selon le résumé publié de la recherche, la plupart des projets qui incluent tout de même une composante climatique sont orientés vers l’adaptation, et moins vers la réduction des émissions. Une telle approche n’est pas négligeable : les destinations doivent se préparer aux inondations, aux vagues de chaleur, aux pénuries d’eau, à l’érosion côtière et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Mais les chercheurs soulignent que les solutions graduelles et limitées dominent, tandis que moins de projets changeraient la manière fondamentale de développer le tourisme vers un modèle bas carbone, plus résilient et plus inclusif. Autrement dit, l’aide cherche souvent à atténuer les conséquences immédiates des risques climatiques, mais elle remet plus rarement en question les schémas de consommation, les dépendances aux transports, la planification spatiale et les priorités d’investissement.

Ce qu’a montré l’analyse des projets

L’étude intitulée Tourism, aid, and climate change: a structural analysis of climate resilient development repose sur des données de la plateforme d-portal, qui permet de rechercher les données publiées dans le cadre de l’International Aid Transparency Initiative. Selon la documentation de l’IATI, d-portal est utilisé pour consulter les activités de développement et humanitaires, y compris les informations sur les donateurs, les bénéficiaires, les secteurs et les projets. Une telle base de données est importante car elle permet de voir comment les fonds de l’aide internationale sont réellement répartis, et non seulement comment ils sont présentés dans les documents stratégiques.

Dans l’échantillon plus large de 842 projets touristiques, les chercheurs ont identifié 89 projets ayant une composante climatique claire. Cela signifie qu’à peine un peu plus d’un dixième des projets analysés traitaient directement du changement climatique, bien qu’il s’agisse d’un secteur qui est simultanément vulnérable aux conséquences climatiques et responsable d’une partie des émissions mondiales. Selon le résumé de l’article, les moteurs des projets, la relation entre les objectifs touristiques et climatiques ainsi que les caractéristiques pouvant indiquer un potentiel transformationnel ont été analysés.

Les résultats montrent que l’adaptation est plus marquée que l’atténuation, c’est-à-dire les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans la pratique, cela se rapporte souvent au renforcement de la résilience face aux catastrophes, à la protection des infrastructures, à la gestion des risques et à la préservation des écosystèmes importants pour l’offre touristique. En revanche, selon le résumé de l’étude, les investissements dans la décarbonation restent limités, tandis que les mesures d’atténuation du changement climatique sont principalement liées aux puits de carbone forestiers. Une telle répartition suggère que le tourisme dans l’aide au développement n’est pas encore suffisamment utilisé comme levier de réduction systématique des émissions provenant des transports, de l’hébergement, de l’énergie, de l’alimentation et de la consommation touristique.

Les auteurs de la recherche distinguent donc les projets qui ajoutent seulement une composante climatique au modèle de développement existant de ceux qui pourraient changer la direction du développement. Une approche transformationnelle signifierait, par exemple, investir dans une mobilité bas carbone, l’efficacité énergétique de l’hébergement, les chaînes d’approvisionnement locales, la régénération des écosystèmes, une répartition plus juste des bénéfices du tourisme et la planification des destinations conformément aux risques climatiques à long terme. D’après les informations disponibles dans l’article, ce sont précisément de telles interventions qui restent plus rares que les adaptations techniques et sectoriellement étroites.

Le tourisme est à la fois exposé aux risques climatiques et fait partie du problème des émissions

L’importance de ces constats découle du double rôle du tourisme dans la crise climatique. D’une part, les destinations dépendent de schémas météorologiques stables, d’infrastructures sûres, d’une eau disponible, d’écosystèmes sains et de sites culturels qui peuvent être menacés par des phénomènes météorologiques extrêmes. D’autre part, les voyages, les transports, l’hébergement, la consommation d’énergie, l’alimentation et les services associés créent une empreinte climatique significative. Selon les données du World Travel & Tourism Council, les voyages et le tourisme représentaient 7,3 pour cent des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2024, tandis que cette part était de 8,3 pour cent en 2019.

Le WTTC indique que le transport est la plus grande source individuelle d’émissions dans le secteur, avec une part de 40 pour cent dans les émissions des voyages et du tourisme, suivi par les services publics et énergétiques. La même organisation souligne que l’intensité des émissions par dollar de contribution économique a diminué entre 2019 et 2024, ce qui suggère certains progrès en matière d’efficacité. Mais le simple fait que le secteur participe encore à une part importante des émissions mondiales montre pourquoi les projets de développement dans le tourisme ne peuvent pas être envisagés séparément des politiques climatiques.

Au niveau international, l’action climatique dans le tourisme est souvent liée à la Déclaration de Glasgow sur l’action climatique dans le tourisme. UN Tourism indique que les signataires de cette déclaration s’engagent à accélérer les actions climatiques, à soutenir l’objectif de réduire les émissions d’au moins moitié au cours de la prochaine décennie et à atteindre des émissions nettes nulles dès que possible avant 2050. La déclaration prévoit cinq domaines d’action : la mesure, la décarbonation, la régénération, la collaboration et le financement. Dans le contexte de la nouvelle étude, c’est précisément le financement qui apparaît comme l’un des maillons essentiels entre les engagements de principe et les projets réels sur le terrain.

L’aide au développement n’exploite pas encore tout le potentiel des destinations

L’aide au développement dans le tourisme peut avoir différents objectifs : de la rénovation des infrastructures locales et du renforcement de l’entrepreneuriat à la protection du patrimoine, à la formation des travailleurs et au développement de nouveaux produits touristiques. Lorsque de tels programmes sont reliés à des objectifs climatiques, ils peuvent aider les destinations à réduire leur vulnérabilité et en même temps à créer des sources de revenus plus résilientes. Par exemple, investir dans les sources d’énergie renouvelable dans les établissements d’hébergement peut réduire les coûts et les émissions, tandis que la restauration des zones humides, des forêts ou des écosystèmes côtiers peut simultanément protéger les communautés locales et créer une offre touristique plus durable.

Cependant, selon les conclusions de la nouvelle étude, une telle intégration n’est pas la règle. Les projets restent plus souvent au niveau de petites adaptations, comme l’amélioration de la capacité de réponse aux catastrophes ou le renforcement de la résilience de certains sites. Cela peut être utile, mais ne change pas nécessairement la trajectoire de développement d’une destination. Si le tourisme continue de dépendre de transports énergivores, d’une construction non durable, d’une consommation excessive d’eau et d’une pression saisonnière sur les communautés locales, les mesures individuelles d’adaptation peuvent avoir un effet limité.

Ce constat est particulièrement important pour les pays et les régions où le tourisme constitue une grande partie de l’économie locale. Les risques climatiques ne touchent pas seulement les hôtels et les visiteurs, mais aussi les travailleurs, les fournisseurs de denrées alimentaires, les transporteurs, les artisans locaux, les services publics et les habitants. Si les projets de développement n’incluent pas une planification climatique à long terme, il existe un risque de financer des modèles qui apportent des revenus à court terme, mais augmentent à long terme les coûts d’adaptation. C’est pourquoi les auteurs de la recherche soulignent la nécessité d’une approche qui relie le développement, la réduction des émissions et l’inclusion sociale.

Contexte mondial : l’argent destiné à l’adaptation reste à la traîne

Les données plus larges sur le financement climatique montrent que le problème ne se limite pas au tourisme. L’OCDE indique qu’elle collecte et publie des données sur les financements du développement liés au climat au niveau des activités individuelles, y compris les projets orientés vers l’atténuation du changement climatique et l’adaptation. Selon les analyses de l’OCDE, les financeurs du développement soutiennent des projets d’atténuation, d’adaptation et de protection de l’environnement dans les pays en développement, mais l’équilibre entre les différents objectifs reste un sujet de discussion.

Le PNUE a averti, dans son rapport sur l’écart d’adaptation, que les conséquences du changement climatique s’intensifient et que les pays doivent augmenter considérablement leurs efforts d’adaptation, en particulier en matière de financement. Dans un tel environnement, le tourisme pourrait être un canal important pour les investissements, car les risques climatiques se matérialisent souvent précisément dans les espaces locaux : sur les côtes, les îles, les destinations de montagne, les zones protégées, les villes et les communautés rurales. Si les projets d’aide sont conçus uniquement comme un soutien à la compétitivité touristique, et non aussi comme un instrument de résilience climatique, on manque l’occasion de relier le développement économique et la protection de l’intérêt public.

Dans ses rapports sur les financements du développement, l’OCDE souligne également la nécessité d’une meilleure disponibilité, efficacité et harmonisation des fonds de développement et climatiques. Cela est directement lié aux conclusions de l’étude sur le tourisme, car le nombre de projets ayant une composante climatique ne dit pas à lui seul grand-chose sur la qualité de l’investissement. Il est également important de savoir si les projets sont conçus de manière à réduire les risques à long terme, à inclure les communautés locales, à suivre les résultats et à modifier les schémas d’investissement. Sans cela, la composante climatique peut rester un ajout au projet, et non son cadre de développement fondamental.

De la résilience aux catastrophes au changement du modèle de voyage

Selon le résumé de la recherche, de nombreux projets analysés envisagent l’adaptation climatique à travers le prisme de la résilience aux catastrophes. Une telle orientation est compréhensible, car les événements extrêmes peuvent menacer à court terme des vies, des infrastructures et des revenus. Les inondations peuvent fermer des axes de transport, les incendies peuvent détruire des attractions naturelles, les sécheresses peuvent limiter l’approvisionnement en eau, et les vagues de chaleur peuvent réduire la sécurité et l’attractivité d’une destination. Pour les pouvoirs publics et les donateurs, de tels risques sont visibles, mesurables et souvent politiquement urgents.

Pourtant, la recherche indique que la seule résilience aux catastrophes ne suffit pas si elle n’est pas reliée à un changement du modèle de développement. Un tourisme qui repose sur la croissance du nombre d’arrivées sans gestion adéquate des ressources peut alourdir encore la charge pesant sur les destinations déjà vulnérables au climat. Si les émissions des transports, la consommation énergétique de l’hébergement, les importations alimentaires et la pression sur l’espace sont négligées, le secteur peut continuer à contribuer aux risques auxquels il tente simultanément de s’adapter. C’est pourquoi, dans les discussions sur le tourisme résilient au climat, on souligne de plus en plus la nécessité d’une approche intégrée reliant les infrastructures, l’énergie, les transports, la nature, l’économie locale et la gestion des visiteurs.

La Déclaration de Glasgow offre en ce sens un cadre, mais sa mise en œuvre dépend de plans concrets, du financement et du suivi des résultats. UN Tourism indique que les signataires élaborent des plans climatiques alignés sur les cinq domaines d’action mentionnés et qu’ils doivent rendre compte des progrès. La nouvelle étude montre que l’aide internationale au développement dans le tourisme n’est pas encore pleinement alignée sur l’ambition de tels cadres. Cela ne signifie pas que les projets existants n’ont pas de valeur, mais que leur dimension climatique pourrait être plus profonde, plus systématique et davantage orientée vers des changements à long terme.

L’étude ouvre la question des priorités dans le financement futur

La nouvelle analyse ne prétend pas que le tourisme soit le seul ou le principal domaine de l’aide au développement climatique, mais elle montre qu’il recèle un espace insuffisamment exploité. Les projets touristiques touchent souvent précisément les systèmes qui sont essentiels à la transition climatique : les transports, l’énergie, l’eau, la planification spatiale, la protection de la nature, la production alimentaire locale et l’emploi. Si ces éléments sont envisagés séparément, les projets peuvent rester fragmentés. S’ils sont reliés, le tourisme peut devenir l’une des manières de financer une résilience plus large des communautés.

Selon les informations disponibles, les chercheurs concluent que les projets existants encouragent plus souvent une adaptation progressive que les changements transformationnels nécessaires à un développement durable et bas carbone. C’est un avertissement aux donateurs et aux gouvernements : la politique climatique dans le tourisme ne devrait pas rester au niveau des stratégies, des déclarations et des formulations générales. Il faut des projets qui mesurent clairement les émissions, orientent les investissements vers la décarbonation, protègent les systèmes naturels, incluent les acteurs locaux et suivent les effets après la fin du financement.

Pour les destinations qui ressentent déjà les conséquences du changement climatique, un tel tournant n’est pas seulement une question d’environnement. Il s’agit aussi de sécurité économique, d’emplois, d’infrastructures publiques et de qualité de vie. L’étude rappelle donc que le tourisme ne peut pas se développer à long terme séparément de la réalité climatique. Si l’aide internationale veut soutenir un développement durable, la résilience climatique et la réduction des émissions devront devenir une partie intégrante des projets touristiques, et non l’exception que ne montre qu’une plus petite partie des programmes analysés.

Sources :
- Climate and Development / Taylor & Francis – résumé de la recherche sur l’aide au développement touristique, le changement climatique et l’analyse de 89 projets (lien)
- International Aid Transparency Initiative – explication de l’utilisation de la plateforme d-portal pour consulter les activités de développement et humanitaires (lien)
- UN Tourism – informations sur l’action climatique dans le tourisme et les engagements de la Déclaration de Glasgow (lien)
- UN Tourism – texte et description de la Déclaration de Glasgow sur l’action climatique dans le tourisme (lien)
- World Travel & Tourism Council – données sur l’empreinte environnementale des voyages et du tourisme, y compris la part dans les émissions mondiales en 2024 (lien)
- OCDE – aperçu des financements du développement pour le climat et l’environnement ainsi que des données disponibles sur les financements du développement liés au climat (lien)
- PNUE – Adaptation Gap Report 2024 sur la nécessité d’accroître les efforts et le financement pour l’adaptation climatique (lien)

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