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L’ESA vise une économie circulaire européenne dans l’espace d’ici 2040 : réparations de satellites et recyclage des déchets en orbite

Découvrez comment l’ESA, via la campagne SysNova sur OSIP, construit les bases d’une économie circulaire dans l’espace : de la réparation et mise à niveau robotisées des satellites (IRUS) au recyclage des déchets en orbite (Recycling Space Plant). Nous rapportons ce qui a été présenté à l’ESTEC et pourquoi les conceptions modulaires sont clés pour l’Europe d’ici 2040.

L’ESA vise une économie circulaire européenne dans l’espace d’ici 2040 : réparations de satellites et recyclage des déchets en orbite
Photo by: Domagoj Skledar - illustration/ arhiva (vlastita)

L’ESA pose les bases d’une économie circulaire dans l’espace : de la réparation de satellites au recyclage des déchets en orbite

Au cours des deux dernières années, l’Agence spatiale européenne (ESA) a intensifié son travail sur le concept d’économie circulaire dans l’espace – un modèle dans lequel les satellites, sous-systèmes et matériaux en orbite ne sont plus des « consommables », mais des ressources que l’on peut réparer, améliorer, réutiliser et, au final, recycler. Le changement clé est simple : au lieu de pousser les engins défectueux ou obsolètes vers des orbites « cimetière » ou de les laisser se désintégrer de manière incontrôlée, l’idée est de mettre en place tout un écosystème de services en orbite qui prolonge la durée de vie des équipements et réduit la quantité de déchets.

Ce changement n’est pas seulement un message environnemental, mais aussi un calcul économique. Le nombre de satellites en orbite basse terrestre (LEO) et en orbite géostationnaire (GEO) continue d’augmenter, et avec lui augmentent les risques de collision, les coûts d’assurance ainsi que la pression sur des ressources « de trafic » et de fréquences limitées. L’ESA parle ouvertement de la nécessité de traiter l’espace orbital comme une ressource finie, et non comme une décharge infinie. Dans ce cadre, l’économie circulaire dans l’espace représente l’étape suivante après les mesures classiques de réduction des débris : d’un côté des normes plus strictes pour empêcher la création de fragments, de l’autre le développement de technologies qui permettront les réparations, les remplacements et la réutilisation en orbite.

Des objectifs « Zero Debris » à l’orbite circulaire

Ces dernières années, l’ESA a fortement mis en avant l’approche « Zero Debris », visant à limiter de manière significative la création de débris spatiaux dans les orbites de valeur et à atteindre d’ici 2030 l’objectif « debris-neutral » pour ses futures missions et activités. Cette politique, étayée par des exigences internes et par le cadre plus large de la « Zero Debris Charter », fixe une ambition : chaque nouvelle mission doit être conçue de façon à ne pas laisser de problème aux générations futures.

Mais même avec les normes les plus strictes, une grande quantité de satellites inactifs et d’étages de fusées existe déjà en orbite, et la croissance attendue des constellations signifie que le rythme des lancements aura du mal à ralentir à court et moyen terme. C’est pourquoi l’ESA souligne de plus en plus que la durabilité à long terme est impossible sans passer du modèle linéaire « lancer–utiliser–jeter » à un modèle circulaire où les éléments de valeur sont conservés en orbite. En pratique, cela signifie le développement de services de maintenance en orbite, puis l’assemblage et la fabrication en orbite, et enfin le recyclage – afin que le moins de matière possible revienne comme déchet et que le plus possible soit transformé en matière première pour de nouvelles structures.

Campagne SysNova : six mois pour des missions de la future économie circulaire

Une base concrète à ce virage a été apportée par la campagne de l’ESA « System Studies for the Circular Economy in Space », menée via l’Open Space Innovation Platform (OSIP) dans le cadre du programme SysNova, qui s’appuie sur des « défis technologiques » compétitifs et des études systèmes afin de cartographier des options réalistes pour les futures missions. Dans le cadre de la campagne, l’industrie et le monde académique ont été invités à proposer des concepts et des systèmes capables d’apporter trois capacités clés : la remise en état et la mise à niveau de satellites existants, la fabrication et l’assemblage de grandes structures en orbite, et le recyclage des déchets en matériaux utiles.

Le résultat a été quatre études pre-Phase A, menées sur un cycle de six mois, couvrant différents « points » de l’économie orbitale – de l’orbite basse à la géostationnaire, jusqu’à des orbites spécialisées favorables au recyclage. Les équipes ont présenté leurs résultats le 27 février 2025 au centre de recherche de l’ESA ESTEC à Noordwijk, aux Pays-Bas, dans un format encourageant l’échange de conclusions et la mise en place de futurs partenariats.

À l’ESA, le message a été résumé sans superlatifs inutiles : les études ont montré que la maintenance, la fabrication et le recyclage en orbite ne sont plus seulement des expériences de laboratoire, mais des concepts pouvant constituer la base d’une future économie circulaire dans l’espace – à condition de développer des normes, des architectures compatibles et des modèles économiques.

IRUS : un véhicule de service qui change les « règles du jeu » en LEO

L’avancée la plus concrète à court terme issue de la campagne est IRUS (In-orbit Refurbishment and Upgrading Service) – un concept de mission mené par Astroscale, avec des partenaires tels que BAE Systems et DHV Technology. L’idée est de développer un véhicule de service (« servicer ») capable de s’approcher de manière autonome d’un satellite client en orbite basse, de s’y amarrer en toute sécurité, puis de remplacer des composants critiques à l’aide de bras robotiques.

Selon des résumés d’étude publiquement disponibles, le véhicule de service s’appuie sur l’« héritage » technologique des plateformes d’Astroscale et sur l’expérience en maintenance en orbite, et prévoit des conteneurs modulaires contenant des composants pouvant être retirés et remplacés. Parmi les composants cibles typiques, on cite les ordinateurs embarqués, les roues de réaction, les batteries et les panneaux solaires – des éléments dont la panne entraîne souvent une fin prématurée de mission, alors même que le reste du système peut rester fonctionnel.

L’hypothèse clé est toutefois que les satellites soient conçus en vue d’une maintenance future. Cela inclut des interfaces standardisées, des points d’accès, la capacité de manipuler des outils en microgravité, ainsi que des architectures supportant un remplacement partiel sans « faire tomber » l’ensemble du système. Sinon, une mission de service devient une improvisation coûteuse. C’est pourquoi l’étude IRUS, en plus de la conception technique, a fortement souligné le cas commercial : selon les estimations du consortium, le marché de la remise en état et de la mise à niveau des satellites sur la période 2030–2040 pourrait être suffisamment grand pour justifier le développement, mais principalement pour des satellites conçus dès le départ comme « serviceable ».

En janvier 2026, Astroscale UK a annoncé avoir obtenu un contrat ESA Phase A d’une valeur de 399 000 euros pour poursuivre le développement du concept IRUS. Le communiqué indique que l’objectif est d’élaborer une conception plus détaillée et de vérifier davantage la faisabilité technique ainsi que la logique économique de la mission. Dans la même annonce, Ross Findlay de l’ESA est cité, soulignant que la démonstration de la remise en état en orbite constitue une étape clé vers une économie circulaire dans l’espace, avec un accent sur la réduction des déchets et l’allongement de la durée de vie des satellites.

La GEO comme « zone stratégique » : LOOP et la question des normes

Le deuxième concept issu de la campagne, LOOP (« Preparing the foundations of circular on-orbit economy »), se concentre sur l’orbite géostationnaire – une zone où se trouvent des satellites de communication de grande valeur et à longue durée de vie, mais où chaque manœuvre et chaque opération de service est logistiquement complexe et coûteuse. Le projet a été coordonné par Growbotics Space avec des partenaires industriels, et s’est concentré sur le développement de « kits » de service et de solutions modulaires pour réparer et remettre en état des sous-systèmes clés, notamment la propulsion électrique, les unités de traitement de puissance et l’équipement des propulseurs électriques.

La GEO est spécifique pour au moins deux raisons. Premièrement, c’est une orbite économiquement extrêmement importante en raison de la couverture continue de zones sur Terre. Deuxièmement, la ressource spatiale est limitée : les positions en GEO et les fréquences associées relèvent d’un cadre réglementaire et de marché complexe. Dans ce contexte, la maintenance et la mise à niveau en orbite ne sont pas seulement un projet technique, mais aussi une question de standardisation des interfaces et d’accords commerciaux entre opérateurs, fabricants et prestataires de services.

LOOP, selon les descriptions disponibles, a tenté précisément cela : définir des principes et des architectures permettant de concevoir des satellites en GEO comme des plateformes réparables et remises en état, plutôt que de les « migrer » vers une orbite cimetière après perte de fonctionnalité. Une telle approche pourrait potentiellement réduire le besoin de lancements de remplacement, tout en ouvrant un marché pour de nouveaux services – de la livraison de pièces de rechange à des interventions robotiques précises sur des sous-systèmes.

ROBOFAB : la fabrication de grandes structures en orbite comme condition d’une nouvelle infrastructure

Le troisième projet, ROBOFAB (Robotic Fabrication for Space Applications) de l’entreprise KINETIK Space, vise un problème connu de tous les concepteurs de missions spatiales : les plus grands systèmes sont souvent limités par les dimensions du lanceur. Grandes antennes, « fermes » solaires, voiles, réflecteurs de télescopes ou structures massives pour de futures plateformes commerciales et scientifiques doivent aujourd’hui être lancés repliés, puis déployés après le lancement – avec des risques de pannes mécaniques et des contraintes strictes de masse et de volume.

ROBOFAB propose une autre voie : un satellite équipé de bras robotiques et d’outils pour façonner des tubes en carbone ainsi que d’impression 3D, capable de « imprimer » et d’assembler en orbite des structures qui seraient peu pratiques à lancer depuis la Terre. En pratique, cela pourrait signifier envoyer en orbite une « usine » qui fabrique des pièces à partir de matières premières standardisées et les assemble en objets fonctionnels, des grandes antennes aux structures énergétiques.

Bien qu’on parle souvent ici de saut technologique, dans la logique de l’ESA, ROBOFAB s’inscrit dans l’économie circulaire : si l’on peut fabriquer et réparer en orbite, le besoin de lancer en permanence des composants finis diminue. À long terme, une telle capacité ouvre aussi la voie au recyclage – car les matières premières pourraient provenir non seulement de l’industrie terrestre, mais aussi de déchets orbitaux traités.

Recycling Space Plant : un four solaire pour répondre à la croissance des débris orbitaux

Le concept le plus ambitieux à long terme de la campagne est Recycling Space Plant, dirigé par Thales Alenia Space avec le soutien du laboratoire PROMES du CNRS. Au cœur de l’idée figurent des « usines » de recyclage dédiées en orbite, équipées d’un four solaire pour fondre les matériaux. Le concept est lié à une orbite héliosynchrone, où se trouvent de nombreux satellites d’observation et où la logistique de collecte d’objets abandonnés est l’une des principales questions ouvertes.

L’étude part d’un constat : il existe déjà en orbite de nombreux matériaux – aluminium, titane, composites, modules électroniques et structures – coûteux en énergie et en finances à fabriquer et à lancer, et qui deviennent souvent un risque passif après la fin de mission. Recycling Space Plant cherche à boucler la boucle : au lieu de simplement retirer les déchets, on les transforme en matière première pour une nouvelle production en orbite.

Les résumés exécutifs publiés montrent que l’équipe a examiné plusieurs défis fondamentaux : comment trier et préparer les matériaux pour la fusion sous vide, comment gérer l’énergie et la chaleur du système, quels procédés choisir pour différents alliages et composites, et comment concevoir les futurs satellites pour qu’ils soient « recyclable » – c’est-à-dire que leurs matériaux puissent être séparés et réutilisés. Ces documents évoquent aussi un horizon de long terme : le développement pourrait passer par des études de consolidation, puis des activités Phase A, avec la vision de fermer plus complètement la boucle matérielle dans l’espace dans la période postérieure aux années 2040.

Sélection de l’ESA : combinaison d’une démonstration à court terme et d’un effet systémique à long terme

Après l’évaluation des résultats, l’ESA a retenu deux axes pour un approfondissement dans ses sessions de Concurrent Design Facility (CDF) : IRUS comme concept susceptible d’une démonstration relativement rapide de la remise en état et de la mise à niveau en orbite, et Recycling Space Plant comme innovation de long terme susceptible de changer la manière dont l’orbite est utilisée comme « espace industriel ».

Cette combinaison reflète une stratégie de plus en plus visible dans les programmes européens : d’abord prouver que la maintenance peut être réalisée de façon fiable et commercialement viable, puis construire des capacités pour des interventions plus complexes – fabrication, assemblage et recyclage. Autrement dit, sans maintenance fiable, il est difficile d’imaginer des usines autonomes ou des installations de recyclage en orbite, car toutes ces structures exigent maintenance, remplacements et flexibilité.

Ce que l’économie circulaire dans l’espace signifie pour l’industrie et les politiques publiques

Pour l’industrie européenne, l’économie circulaire dans l’espace ouvre plusieurs niveaux de compétitivité. Le premier est technique : le développement de la maintenance robotique, d’interfaces standardisées et de satellites modulaires pourrait devenir la « signature » de marché de l’Europe, à l’image de certaines niches historiques en télécommunications ou en observation de la Terre. Le deuxième est réglementaire : si des normes de « serviceability » et de « recyclability » sont intégrées dans les appels d’offres et les programmes publics, les fabricants seront incités à modifier la conception des satellites. Le troisième est géopolitique : dans un contexte de commercialisation croissante, l’orbite est de plus en plus déterminée par des règles d’accès et de responsabilité, si bien que la capacité à maintenir une infrastructure en orbite devient un élément d’autonomie stratégique.

Du point de vue des politiques publiques, trois thèmes s’entrecroisent. Premièrement, la gestion du trafic spatial et la sécurité : moins de déchets signifie moins de risques et moins de besoin de manœuvres d’évitement qui consomment du carburant. Deuxièmement, l’aspect environnemental sur Terre : si l’on prolonge la durée de vie des satellites et qu’on réduit le nombre de lancements, on réduit aussi le besoin de production et de chaînes logistiques liées aux lancements. Troisièmement, la politique d’innovation : l’économie circulaire dans l’espace exige un développement interdisciplinaire – robotique, matériaux, systèmes thermiques, autonomie, et aussi des cadres juridiques pour la responsabilité et la propriété des « matières premières secondaires » en orbite.

Prochaines étapes : contrats, nouvelles campagnes et coopérations européennes

Après la campagne, l’ESA a annoncé une poursuite via des contrats de consolidation et la préparation de propositions de missions. Les informations publiques montrent qu’après la fin du cycle SysNova, des contrats Phase A ont été attribués pour des missions de remise en état en orbite (ORUM), et l’agence examine aussi la possibilité d’une nouvelle campagne qui suivrait l’intérêt de l’industrie et les progrès technologiques. Parallèlement, des coopérations potentielles avec la Commission européenne sont évoquées, laquelle, via ses propres programmes, suit le développement des opérations et services in-space.

Dans ce sens, l’économie circulaire dans l’espace n’est plus un projet isolé d’un seul département, mais fait partie d’un mouvement plus large vers une infrastructure durable en orbite. Si, au cours de la prochaine décennie, il est possible de démontrer que des sous-systèmes critiques peuvent être remplacés de manière fiable en LEO et que des standards de serviceability deviennent courants, alors des idées comme des usines de recyclage orbitales et une fabrication robotique de grandes structures passeront des études aux plans d’ingénierie. La plus grande inconnue reste le rythme : les étapes technologiques sont importantes, et les modèles économiques ne font que naître. Mais la direction est claire – l’orbite est de moins en moins perçue comme un lieu de consommation unique et de plus en plus comme un espace où les ressources sont préservées, remises en état et réutilisées.

Sources :
- Agence spatiale européenne (ESA) – OSIP et appel à la campagne d’économie circulaire dans l’espace ( lien )
- Blog ESA Clean Space – vision « Space Circular Economy » et explication de l’écosystème des services in-orbit ( lien )
- ESA Clean Space – aperçu des activités et études vers une économie circulaire dans l’espace ( lien )
- ESA Nebula / Activities Portal – IRUS (In-orbit Refurbishment and Upgrading Service) résumé de l’étude ( lien )
- ESA Nebula – résumé exécutif de l’étude IRUS (PDF) ( lien )
- ESA Nebula / Activities Portal – Recycling Space Plant résumé de l’étude ( lien )
- ESA Nebula – résumé exécutif Recycling Space Plant (PDF) ( lien )
- Astroscale – annonce du contrat ESA Phase A pour IRUS (13 janvier 2026) ( lien )
- Agence spatiale européenne (ESA) – « Zero Debris Charter » et objectif debris-neutral d’ici 2030 ( lien )

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Heure de création: 2 heures avant

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