Le Maroc a fortement ouvert 2026 : les recettes touristiques en devises ont progressé de 19,3% en janvier et atteint environ 11,7 milliards de dirhams
Janvier 2026 a apporté au Maroc la poursuite de l’essor touristique de l’année précédente : les
recettes de voyages en devises (une catégorie qui, dans les statistiques, englobe les dépenses des visiteurs étrangers et d’autres revenus liés aux voyages) ont augmenté de
19,3% par rapport au même mois de 2025 et ont atteint
11,659 milliards de dirhams marocains (MAD). Il s’agit de données publiées dans le cadre de ses indicateurs mensuels par l’
Office des Changes marocain, l’institution chargée des statistiques du secteur extérieur et des flux de devises. La comparaison avec l’an dernier montre que les recettes de janvier 2025 s’élevaient à 9,772 milliards de dirhams, de sorte que la hausse annuelle a apporté 1,887 milliard supplémentaire. Sur la même période, une hausse des dépenses de voyages a également été enregistrée, mais nettement plus modérée : les dépenses ont augmenté de 2,3% à 2,739 milliards de dirhams. De ce fait, le solde de la « balance des voyages » a progressé encore plus vite, de 25,7%, à 8,920 milliards de dirhams, signal visible d’un renforcement des entrées nettes de devises liées au tourisme.
- Janvier 2026 : recettes de voyages 11,659 Mds MAD (+19,3%) ; dépenses 2,739 Mds MAD (+2,3%) ; solde 8,920 Mds MAD (+25,7%).
- Janvier 2025 : recettes 9,772 Mds MAD (base de comparaison), selon les indicateurs mensuels de l’Office des Changes.
- 2025 : 19,8 millions d’arrivées touristiques (+14% par rapport à 2024) et 124 Mds MAD de recettes touristiques à fin novembre (+19%), selon le ministère du Tourisme.
Ce que mesure réellement la « recette de voyages » et pourquoi ce chiffre est important
Le chiffre publié par le Maroc ne renvoie pas seulement aux factures d’hôtels ou aux revenus des entreprises touristiques au sens classique, mais à l’entrée de devises enregistrée dans la catégorie « voyages ». En pratique, cet agrégat retrace les dépenses des non-résidents dans le pays, incluant l’hébergement, la restauration, le transport, les excursions et d’autres services accompagnant le séjour. C’est pourquoi ce chiffre est souvent utilisé comme un indicateur mensuel rapide de ce que les visiteurs étrangers ont réellement « laissé » dans la destination, qu’il s’agisse de courts city-breaks ou de séjours plus longs. Pour l’économie, l’enjeu est double : le tourisme apporte des revenus aux entreprises et aux salariés, tout en apportant des devises qui aident à financer les importations et à stabiliser la balance des paiements. L’Office des Changes a également publié, dans le même bulletin, d’autres indicateurs du commerce extérieur pour janvier 2026, mais dans les analyses nationales et internationales l’attention se porte souvent précisément sur les voyages, car il s’agit de l’un des postes de services les plus dynamiques. Dans le contexte de l’Afrique du Nord, plusieurs signaux (croissance des arrivées et des recettes publiée par les institutions marocaines, ainsi que des panoramas internationaux) indiquent une reprise rapide du tourisme après la pandémie, et le dernier chiffre mensuel suggère que cet élan se poursuit.
Une année 2025 record a placé la barre haut, et janvier a aussitôt dépassé l’an dernier
Un mois de janvier solide intervient après une année 2025 exceptionnellement réussie, que le ministère marocain du Tourisme, de l’Artisanat traditionnel et de l’Économie sociale et solidaire a décrite comme une année de percée historique. Selon les données officielles du ministère, le Maroc a enregistré en 2025
19,8 millions d’arrivées touristiques, soit 14% de plus qu’en 2024, et le pays s’est pour la première fois approché du seuil symbolique de 20 millions de visiteurs. Le ministère a également indiqué que les
recettes touristiques à fin novembre 2025 avaient atteint
124 milliards de dirhams, en hausse de 19% par rapport à l’année précédente. Cela confirme que la hausse du nombre de visiteurs ne s’est pas limitée aux statistiques d’arrivées, mais s’est traduite par un effet devises plus fort et une dépense accrue. Dans une déclaration officielle, la ministre Fatim-Zahra Ammor a souligné que les résultats reflètent une « transformation profonde » du tourisme et une politique visant une plus grande durabilité et une plus forte valeur pour les régions. C’est précisément pourquoi le bond de janvier 2026 est interprété comme une continuité et non comme un simple accident statistique.
La « Feuille de Route 2023.–2026. » du gouvernement : plus de vols, plus de lits, un meilleur service
Derrière ces chiffres se trouve un cadre institutionnel que les autorités marocaines mettent en avant de façon systématique depuis plusieurs années : la feuille de route stratégique de développement du tourisme pour 2023–2026. Dans son communiqué officiel sur l’année record 2025, le ministère énumère les principaux leviers de cette politique : renforcement de la connectivité aérienne, structuration et extension des capacités d’hébergement, diversification de l’offre, amélioration de la qualité de service et encouragement des investissements territoriaux. L’idée est que la croissance ne repose pas uniquement sur quelques villes et stations les plus connues, mais que le tourisme devienne un instrument de développement régional via de nouveaux produits, une meilleure gestion des destinations et des investissements d’infrastructure. Des documents complémentaires sur la « Tourism Roadmap » évoquent aussi une ambition plus large :
26 millions de touristes d’ici 2030, avec un renforcement de la contribution du tourisme à l’économie et à l’emploi. Ce document met en avant, comme objectifs à l’horizon 2026, 17,5 millions de touristes, 200 mille nouveaux emplois et 120 milliards de dirhams de recettes en devises, ainsi qu’un ensemble de mesures incluant l’augmentation de la capacité aérienne et l’encouragement des liaisons point-to-point. Même si une partie de ces objectifs a déjà été dépassée par la progression des arrivées, les autorités soulignent que la structure de l’offre reste essentielle : la croissance doit s’accompagner d’une standardisation de la qualité, du développement des expériences et d’investissements dans des contenus qui prolongent les séjours et augmentent la dépense par visiteur.
Le transport aérien comme déclencheur : la stratégie « Air x2 » et l’extension des capacités
Le transport aérien apparaît dans les plans marocains comme l’un des leviers de croissance les plus directs, et les données de janvier 2026 arrivent au moment où l’office national du tourisme (ONMT/MNTO) évoque publiquement une nouvelle vague de capacités contractualisées. Dans une publication à la suite de la réunion du Conseil d’administration en juin 2025, le MNTO a indiqué que la stratégie « Air x2 » était entrée dans une nouvelle phase, avec des partenariats pour 2026–2030 et l’objectif de dépasser dès 2025 le seuil de 13 millions de sièges aériens. La même publication souligne que le nombre de sièges contractualisés a augmenté de 25% par rapport à l’année précédente, avec l’ouverture de nouvelles lignes long-courriers, l’élargissement de la présence de grands transporteurs et la création de nouvelles bases au Maroc. Une telle expansion logistique se voit généralement très vite dans le tourisme sur le plan des dépenses : plus de sièges signifie moins d’obstacles à l’entrée sur le marché, davantage de courts séjours et plus de visiteurs issus de nouvelles zones émettrices. Par ailleurs, une meilleure connectivité facilite les voyages d’affaires, le tourisme de congrès et les événements, qui génèrent souvent une dépense quotidienne plus élevée. Si la hausse des sièges se reflète aussi au premier semestre 2026, le bond des recettes de janvier pourrait être le prélude à une saison encore plus forte, surtout si la demande se stabilise sur les principaux marchés européens.
Sport et visibilité internationale : l’AFCON 2025 et le regard vers la Coupe du monde 2030
Les tendances touristiques dépendent rarement d’un seul facteur, mais en 2025 et au début de 2026 le Maroc s’appuie aussi sur un puissant effet « événementiel ». Selon les informations officielles de la Confédération africaine de football (CAF), la
Africa Cup of Nations Morocco 2025 s’est tenue du
21 décembre 2025 au
18 janvier 2026, ce qui coïncide avec le mois où l’Office des Changes enregistre le saut des recettes de voyages. Les documents et communications du MNTO évoquent une « mobilisation totale » pour l’AFCON, avec des campagnes mettant en avant le Maroc comme le « Royaume du football », signe d’une association ciblée entre sport et promotion de destination. De tels événements stimulent le plus souvent une combinaison de déplacements de supporters à court terme et d’un effet plus durable de visibilité médiatique, susceptible de renforcer l’intérêt pour des visites même après la compétition. L’horizon est encore plus ambitieux : la FIFA a confirmé officiellement que
le Maroc, l’Espagne et le Portugal seront coorganisateurs de la
Coupe du monde 2030, avec trois matches de célébration du centenaire en Amérique du Sud. Les institutions marocaines construisent déjà le récit selon lequel la route vers 2030 est une occasion d’accélérer les investissements dans l’infrastructure, l’hébergement et la connectivité internationale, ce qui se reflète in fine aussi dans les recettes touristiques.
Cadre économique plus large : services, devises et pression sur les infrastructures
La hausse des recettes de voyages n’est pas un chiffre isolé, mais une partie d’un tableau plus large du secteur extérieur. Dans son bulletin de janvier, l’Office des Changes a indiqué que l’excédent du compte des services avait augmenté, avec une hausse des exportations de services et un surplus plus important, ce qui montre que le tourisme reste un moteur clé des exportations de services. En pratique, cela peut atténuer les pressions liées aux échanges de biens, notamment lorsque les importations d’énergie ou de matières premières pèsent davantage sur la balance. Pour l’État, un afflux de devises plus stable facilite le financement des investissements et des besoins d’importation, tandis que pour les régions cela signifie une demande accrue de main-d’œuvre dans l’hébergement, la restauration, le transport et les activités connexes. Des institutions internationales comme UN Tourism indiquent dans leurs analyses que le tourisme est une composante clé de l’économie marocaine et que le nombre de visiteurs internationaux en 2024 est monté à 17,4 millions, avec une forte progression par rapport aux années d’avant la pandémie. Mais une croissance accélérée comporte aussi des risques : une demande plus forte accroît la pression sur les infrastructures urbaines, les ressources en eau et les zones côtières, et les communautés locales posent des questions de durabilité et de préservation de l’identité des destinations. Dans certaines localités côtières, notamment sur le marché du surf, les médias internationaux ont déjà relevé des tensions entre développement accéléré, légalisation de constructions et préservation des espaces, montrant que la gestion de la croissance sera aussi importante que la promotion elle-même.
Ce qui pourrait décider de la poursuite de la tendance en 2026
La hausse de 19,3% en janvier envoie un signal de départ fort, mais le reste de l’année dépendra de plusieurs variables très concrètes. Premièrement, les capacités aériennes : si les lignes annoncées et les sièges contractualisés se matérialisent réellement sans perturbations majeures, la base de clients potentiels s’élargira à des marchés au-delà du noyau européen traditionnel. Deuxièmement, la qualité du service et de l’hébergement : le ministère met l’accent sur la modernisation et la standardisation dans sa feuille de route, et les touristes évaluent de plus en plus les destinations à travers l’expérience, la sécurité et l’accessibilité des activités. Troisièmement, la capacité à gérer les événements de masse et les vagues saisonnières : l’AFCON a montré à quel point le sport peut rapidement accroître les flux, mais aussi combien la logistique est cruciale pour que les visiteurs restent et dépensent réellement. Quatrièmement, des facteurs mondiaux comme les prix de l’énergie, l’inflation dans les pays émetteurs et les perceptions de sécurité, susceptibles de modifier les comportements de voyage à court terme. Pour l’instant, les données officielles disponibles indiquent que le Maroc est entré en 2026 avec une combinaison de forte demande et de mesures institutionnelles visant à transformer cet intérêt en croissance durable à long terme.
Sources :- Office des Changes – « Indicateurs des échanges extérieurs à fin Janvier 2026 » (bulletin mensuel avec les données sur les « recettes voyages » et d’autres indicateurs) (lien)
- Office des Changes – page de publication « Indicateurs des échanges extérieurs à fin Janvier 2026 » (catalogue et téléchargement du document) (lien)
- Ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie Sociale et Solidaire – communiqué sur 19,8 millions d’arrivées et 124 Mds de dirhams de recettes à fin novembre 2025 (9 janvier 2026) (lien)
- Maroc.ma – « Tourism Roadmap » (objectif de 26 millions de touristes d’ici 2030 et objectifs/mesures pour 2023–2026) (lien)
- Moroccan National Tourism Office (MNTO/ONMT) – publication sur la stratégie « Air x2 » et la hausse des sièges contractualisés (25 juin 2025) (lien)
- CAF – information officielle sur les dates et l’accueil de l’AFCON (21 décembre 2025 – 18 janvier 2026) (lien)
- FIFA – confirmation des coorganisateurs de la Coupe du monde 2030 (Maroc, Espagne, Portugal) (lien)
- UN Tourism – panorama des investissements et de l’environnement des affaires dans le tourisme marocain (données concrètes sur les visiteurs et le rôle du secteur) (lien)
- Condé Nast Traveler – reportage sur le surf et la pression sur les villes côtières (contexte plus large de durabilité) (lien)
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