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Kirsty Coventry et le CIO face au grand débat sur la rémunération des athlètes aux JO

La nouvelle présidente du CIO Kirsty Coventry relance l’un des débats les plus sensibles du mouvement olympique: les athlètes doivent-ils recevoir des paiements directs pour leur participation et leurs médailles? Le CIO défend son modèle solidaire, tandis que World Athletics accroît la pression avant Los Angeles 2028

· 15 min de lecture
Kirsty Coventry et le CIO face au grand débat sur la rémunération des athlètes aux JO Karlobag.eu / illustration

Kirsty Coventry a ouvert l’une des questions les plus sensibles du sport olympique : les athlètes doivent-ils recevoir des paiements directs pour leur participation et leurs médailles

La présidente du Comité international olympique, Kirsty Coventry, a de nouveau placé au premier plan une question qui accompagne le mouvement olympique depuis des années : le CIO doit-il payer directement les athlètes pour leur participation aux Jeux ou pour les médailles remportées. Dans des déclarations publiées par le média néo-zélandais Sport Nation, Coventry a clairement indiqué qu’elle ne soutenait pas l’introduction de paiements directs aux athlètes lors des Jeux olympiques. Selon sa position, le fondement du modèle olympique doit rester la solidarité, c’est-à-dire un système dans lequel les revenus sont répartis entre les comités nationaux olympiques, les fédérations internationales, les organisateurs de compétitions et les programmes de développement, au lieu que l’argent soit attribué directement aux participantes et participants ou aux gagnantes et gagnants.

Cette déclaration n’intervient pas à un moment isolé. Coventry, ancienne nageuse zimbabwéenne et double championne olympique, se trouve au début de son mandat à la tête du CIO, après avoir été élue, selon les données officielles du Comité international olympique, dixième présidente de l’organisation le 20 mars 2025. Le CIO indique qu’elle est ainsi devenue la première femme et la première Africaine à occuper la plus haute fonction du mouvement olympique. C’est précisément pour cette raison que ses messages sur le financement des athlètes ont un poids supplémentaire : ils viennent d’une personne qui a elle-même construit une carrière dans un sport qui, en dehors des plus grandes compétitions et des marchés les plus puissants, n’offre souvent pas de sécurité commerciale permanente.

Le débat est particulièrement sensible parce que le sport olympique se trouve entre deux pressions opposées. D’un côté, le CIO souligne depuis des années qu’il réinvestit la majorité de ses revenus dans le sport par l’intermédiaire de programmes de développement, de soutiens et de mécanismes organisationnels. De l’autre, de nombreux athlètes et leurs défenseurs avertissent que ce sont précisément les concurrents qui créent la plus grande valeur du spectacle olympique, tandis qu’une partie d’entre eux reste confrontée à des revenus incertains, aux coûts de préparation, de déplacement, d’équipement, de soins médicaux et d’équipes spécialisées. La déclaration de Coventry n’est donc pas seulement une question de politique financière, mais aussi un signal sur la manière dont la nouvelle direction du CIO voit l’avenir de la relation entre l’institution olympique et les athlètes.

La solidarité comme argument officiel du CIO

Selon les données officielles du CIO sur le financement, l’organisation se définit comme une institution à but non lucratif et indique que 90 pour cent des revenus des Jeux sont reversés au sport et au développement des athlètes dans le monde entier. Ce modèle comprend le soutien aux comités nationaux olympiques, aux fédérations sportives internationales, aux organisateurs d’événements olympiques et aux programmes destinés aux athlètes, aux entraîneurs et aux structures sportives dans des pays ayant différents niveaux de développement. Le CIO souligne que cette répartition ne dépend pas seulement de la force commerciale de certains sports ou pays, mais d’un objectif plus large de préservation de l’accessibilité mondiale du sport olympique.

C’est précisément sur cette logique que Coventry a construit son argument. Dans l’entretien rapporté par Sport Nation, elle a déclaré qu’elle venait d’un petit pays et d’un sport qui ne garantit pas toujours des revenus élevés aux athlètes, mais que malgré cela elle ne considérait pas que le CIO devait payer les athlètes aux Jeux olympiques. Sa position reflète la position classique de la direction olympique : des récompenses directes pour la participation ou les médailles pourraient changer la nature du système olympique et ouvrir la question de savoir qui serait payé, selon quel critère, pour quel montant et à partir de quelle partie des revenus communs.

Selon l’explication officielle du CIO, l’un des instruments clés de ce modèle est Olympic Solidarity, un programme qui gère une partie des revenus issus des droits télévisés destinée aux comités nationaux olympiques. Pour le cycle 2025 à 2028, le CIO a approuvé un budget de 650 millions de dollars américains pour le développement et l’aide, ce qui, selon l’annonce de l’organisation, représente une hausse de 10 pour cent par rapport à la précédente période de quatre ans. Dans ses documents officiels, le CIO indique que cet argent est utilisé pour des programmes couvrant les athlètes, les entraîneurs, le développement administratif des comités nationaux, les bourses olympiques et des projets plus larges de développement sportif.

Un tel système a une logique politique et sportive claire. Il permet qu’une partie des revenus provenant de l’événement sportif commercialement le plus puissant au niveau mondial soit dirigée vers des environnements qui ne pourraient pas financer seuls la préparation, les infrastructures ou la participation d’athlètes au plus haut niveau. Pour les États dotés de petits marchés, de systèmes sportifs moins développés ou de budgets publics limités, les bourses olympiques et les programmes de développement peuvent être décisifs pour la participation aux Jeux. Les critiques avertissent cependant qu’une telle approche ne répond pas entièrement à la question des revenus personnels des athlètes, en particulier de ceux qui n’ont pas de grands contrats de sponsoring et qui s’appuient sur des soutiens temporaires pour leur stabilité financière.

World Athletics a déjà franchi la limite des récompenses olympiques

Le débat sur le paiement direct des athlètes s’est encore intensifié après la décision de World Athletics. Cette organisation a annoncé en avril 2024 qu’elle verserait 50 000 dollars américains à chaque championne et champion olympique d’athlétisme aux Jeux de Paris, le fonds total pour 48 épreuves d’athlétisme s’élevant à 2,4 millions de dollars. Selon l’annonce de World Athletics, l’argent a été prélevé sur la part de revenus que cette fédération reçoit du CIO, et l’extension du modèle aux médaillées et médaillés d’argent et de bronze aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028 a également été annoncée.

Associated Press a alors rapporté que l’athlétisme était devenu le premier sport à introduire de cette manière des récompenses financières pour les médailles olympiques. Le CIO, selon le même rapport, a souligné qu’il n’attribuait pas lui-même de prix olympiques en argent, mais que les fédérations internationales et les comités nationaux olympiques décidaient de manière autonome de la façon dont ils utiliseraient les fonds reçus dans le système de répartition des revenus. Cela a ouvert un espace pour différents modèles : le CIO conserve le principe central de solidarité, tandis que certaines fédérations peuvent décider de diriger une partie de leur part directement vers les athlètes.

La décision de World Athletics a changé le ton du débat parce qu’elle a montré que le système olympique peut déjà contenir des récompenses directes, même si elles ne sont pas versées par le CIO. Le président de World Athletics, Sebastian Coe, a alors présenté cette décision comme une reconnaissance du rôle des athlètes dans la création des revenus et de la visibilité du mouvement olympique. Pour les partisans du paiement des athlètes, c’était un argument montrant que l’économie olympique peut être modernisée sans détruire l’intégrité compétitive. Pour les opposants, toutefois, ce geste ouvre la question de l’inégalité entre les sports, car les fédérations ayant des revenus plus importants ou une position commerciale plus forte peuvent récompenser plus facilement leurs athlètes que les disciplines plus petites et moins rentables.

L’opposition de Coventry aux paiements directs doit donc également être lue comme une réponse à la tendance plus large de professionnalisation du sport olympique. Les olympiennes et olympiens d’aujourd’hui ne font plus partie de l’ancien modèle amateur, mais leur réalité financière est très différente. Dans certains sports, les concurrents les plus performants vivent de contrats, de primes, de sponsorings et de soutiens publics, tandis que dans d’autres, même les athlètes de haut niveau doivent combiner les entraînements avec d’autres formes de travail ou compter sur une aide familiale et institutionnelle. Une politique unique du CIO devrait donc répondre à des conditions très différentes, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles l’organisation continue de favoriser un système de soutien indirect.

Ce que signifie l’approche “Fit For the Future”

Coventry a ouvert la question du paiement des athlètes dans une période où le CIO mène son propre processus d’adaptation intitulé “Fit For the Future”. Selon l’annonce officielle du CIO, ce processus a inclus la création de groupes de travail qui traitent de l’avenir des Jeux olympiques de la jeunesse, du programme olympique, de la protection de la catégorie féminine ainsi que des partenariats commerciaux et du marketing. Bien que les paiements directs aux athlètes ne soient pas mentionnés comme un groupe de travail distinct, le débat sur l’argent est inévitablement lié au modèle commercial, aux revenus issus des droits, aux sponsorings et à la question de ce que le mouvement olympique doit aux athlètes qui se produisent sur la plus grande scène.

“Fit For the Future” s’inscrit dans la tradition réformatrice du CIO issue de la période de l’Agenda olympique 2020 et du programme Olympic Agenda 2020+5, mais dans un nouvel environnement politique et commercial. Les droits médiatiques, le streaming, les formats numériques courts, les changements dans les habitudes du public, la concurrence croissante d’autres contenus sportifs et de divertissement ainsi que la pression sur la durabilité des grands événements changent la manière dont les Jeux olympiques sont financés et présentés au public. Dans de telles circonstances, la question du paiement direct des athlètes devient une partie d’une discussion plus large sur la manière de préserver l’attractivité des Jeux, tout en évitant de transformer la compétition olympique en un autre système de fonds de récompenses comparable aux ligues ou tournois professionnels.

Le CIO doit en même temps trouver un équilibre entre la valeur symbolique de la médaille olympique et les réalités économiques des athlètes. Une médaille olympique porte un prestige qui ne peut pas être réduit uniquement à une valeur monétaire, mais la visibilité seule ne paie pas les coûts de longues années de préparation. De nombreux systèmes nationaux récompensent les médailles par leurs propres bonus, bourses, pensions ou droits statutaires, mais ces modèles diffèrent d’un État à l’autre. C’est pourquoi les athlètes issus de systèmes plus riches ou plus favorables au sport disposent souvent d’un meilleur soutien que ceux venant d’États aux ressources limitées, ce qui est précisément l’inégalité que les programmes de solidarité olympique cherchent à atténuer.

Si le CIO introduisait des paiements directs, il devrait décider si l’argent serait lié à la seule participation, au classement, à une médaille, au sport, au nombre de participations ou à un autre critère. Payer tous les olympiens pour leur participation représenterait un coût important et permanent, tandis que récompenser uniquement les médailles favoriserait encore davantage les pays et les systèmes qui disposent déjà des programmes de sport de haut niveau les plus développés. L’insistance de Coventry sur la solidarité n’est donc pas seulement une défense de la tradition, mais aussi une tentative d’éviter un modèle qui, selon ce point de vue, pourrait accroître les différences au sein du mouvement olympique.

Les athlètes, les revenus et la question d’une répartition équitable

Pourtant, les arguments en faveur d’un avantage financier plus direct pour les athlètes n’ont pas disparu. Les Jeux olympiques sont l’un des produits sportifs les plus précieux au monde, et leur contenu est créé dans la plus grande mesure précisément par les athlètes. Ils sont au centre des retransmissions télévisées, des campagnes numériques, des activations de sponsoring et des récits mondiaux que le CIO et ses partenaires utilisent pour promouvoir la marque olympique. C’est pourquoi une partie du public considère que le modèle de répartition indirecte n’est pas une réponse suffisante à la question de la rémunération individuelle, en particulier lorsqu’on demande aux athlètes de participer à un environnement médiatique et commercial de plus en plus exigeant.

Dans ses documents officiels, le CIO souligne qu’il utilise les revenus pour soutenir les athlètes et le sport à tous les niveaux, et pas seulement la participation finale aux Jeux. Une telle approche inclut aussi ceux qui ne gagneront jamais de médaille, les entraîneurs qui travaillent dans des systèmes moins développés, les comités nationaux qui ont besoin d’une aide institutionnelle et les projets qui promeuvent l’éducation, l’égalité et le développement du sport. Pour la direction du CIO, c’est la preuve que l’argent parvient déjà aux athlètes, même si ce n’est souvent pas sous la forme d’un versement direct sur un compte personnel après une participation ou une victoire.

D’un autre côté, les athlètes qui plaident pour un système différent pourraient affirmer que le soutien indirect ne garantit pas toujours un bénéfice clair, transparent et suffisant pour l’individu. Les comités nationaux et les fédérations diffèrent par leur efficacité, leurs règles et leurs capacités, de sorte que l’expérience des athlètes peut varier considérablement selon le pays et le sport. Dans le débat, on mentionne donc de plus en plus souvent la nécessité d’une plus grande transparence : combien d’argent entre dans un système donné, combien est dépensé pour l’administration, et combien se retrouve dans des programmes qui aident directement les athlètes dans la préparation, la récupération, les déplacements et les compétitions.

Pour Coventry, le défi est encore plus complexe parce qu’elle vient d’Afrique et d’un pays qui n’a pas la puissance financière des grandes nations sportives. Sa biographie peut lui donner de la crédibilité dans la défense du modèle solidaire, car elle connaît personnellement les différences entre les systèmes sportifs. En même temps, ce sont précisément les athlètes des pays moins riches qui pourraient être parmi ceux pour qui des rémunérations olympiques directes compteraient le plus. C’est pourquoi la nouvelle présidente du CIO devra expliquer de manière convaincante comment le modèle existant peut être rendu plus efficace, plus visible et plus équitable sans introduire de récompenses financières universelles.

Un débat qui se poursuivra vers Los Angeles 2028

Le prochain grand point sera les Jeux olympiques de Los Angeles 2028, car World Athletics a déjà annoncé l’extension du modèle de récompenses aux médaillées et médaillés d’argent et de bronze. Si d’autres fédérations internationales suivent la même voie, le CIO sera confronté à la question pratique de savoir si le mouvement olympique peut, à long terme, avoir des standards financiers différents d’un sport à l’autre. Une telle évolution n’exigerait pas nécessairement un changement de la politique officielle du CIO, mais elle pourrait accroître la pression sur l’organisation pour qu’elle définisse plus clairement ce qu’elle considère comme autorisé, souhaitable et durable.

Le message de Coventry montre que le sommet du CIO n’a pour l’instant pas l’intention d’abandonner l’idée selon laquelle les revenus olympiques doivent rester avant tout un instrument de développement commun. Selon les informations disponibles, il n’existe pas de plan officiellement annoncé selon lequel le CIO introduirait son propre système de paiement des athlètes pour la participation ou les médailles. À la place, l’accent actuel est mis sur le renforcement des programmes de solidarité, le travail avec les comités nationaux et le réexamen de la structure plus large des Jeux à travers “Fit For the Future”.

Le débat ne sera donc pas clos. Au contraire, plus le sport olympique sera commercialement puissant, plus la question de la part des athlètes dans les revenus sera visible. Coventry a clairement indiqué qu’elle s’oppose aux paiements directs provenant du centre du système olympique, mais le simple fait qu’elle ait dû aborder ouvertement le sujet montre combien le cadre de la politique olympique a changé. Dans les années menant à Los Angeles 2028, le CIO devra montrer que le modèle solidaire ne signifie pas seulement une répartition de principe de l’argent par l’intermédiaire des institutions, mais un soutien réel et reconnaissable aux athlètes grâce auxquels les Jeux olympiques ont une valeur mondiale.

Sources :
- Sport Nation – déclaration de la présidente du CIO Kirsty Coventry sur son opposition au paiement direct des athlètes aux Jeux olympiques (link)
- Comité international olympique – biographie officielle de Kirsty Coventry et données sur son élection à la présidence du CIO (link)
- Comité international olympique – données officielles sur le financement et la répartition des revenus du mouvement olympique (link)
- Comité international olympique – annonce de l’augmentation du budget d’Olympic Solidarity pour la période 2025–2028 (link)
- Comité international olympique – annonce officielle des groupes de travail dans le cadre du processus “Fit For the Future” (link)
- World Athletics – annonce officielle de l’introduction de prix en argent pour les championnes et champions olympiques d’athlétisme aux Jeux de Paris 2024 (link)
- Associated Press – rapport sur la décision de World Athletics et la réaction du CIO au fonds de récompenses pour les médailles olympiques (link)

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