Les banques centrales entrent dans une semaine de décisions sous la pression de la guerre
La politique monétaire est de nouveau entrée dans une phase où les taux d’intérêt ne sont plus déterminés uniquement par les indicateurs nationaux de l’inflation, des salaires et de la consommation, mais aussi par la vitesse à laquelle les chocs géopolitiques se répercutent sur les prix de l’énergie, le transport et les anticipations des investisseurs. Le mercredi 18 mars 2026, la Fed américaine termine sa réunion de deux jours, tandis que la Banque centrale européenne commence sa propre réunion le même jour et publie sa décision le 19 mars. Au cours de la même période, les marchés attendent également les décisions de la Banque d’Angleterre, de la Banque nationale suisse et de la Riksbank suédoise. Une telle concentration de décisions monétaires signifierait normalement un accent mis sur les thèmes macroéconomiques standards, mais cette fois les banques centrales entrent dans la prise de décision à un moment où le risque de guerre, la hausse des prix du pétrole et les perturbations du commerce mondial modifient l’évaluation des perspectives d’inflation presque de jour en jour.
C’est pourquoi les messages des gouverneurs sont plus importants que la décision technique sur les taux elle-même. Les marchés ne cherchent pas seulement une réponse à la question de savoir si les taux resteront inchangés ou seront abaissés, mais aussi un signal indiquant si les autorités monétaires considèrent que le nouveau choc énergétique est temporaire ou s’il existe un risque qu’il se propage à une hausse plus large des prix. Dans des circonstances où chaque nouvelle escalade au Moyen-Orient peut modifier le prix du baril en l’espace d’une seule journée de négociation, même une modification nuancée dans la formulation d’une banque centrale peut immédiatement faire bouger les rendements obligataires, les taux de change et les anticipations sur l’orientation future des taux.
La Fed entre apaisement de l’inflation et menace d’une nouvelle vague de prix
La Fed américaine aborde cette réunion après avoir maintenu en janvier le taux cible des fonds fédéraux dans une fourchette de 3,50 à 3,75 pour cent. Entre-temps, il a été annoncé que l’indice américain des prix à la consommation s’était établi à 2,4 pour cent en glissement annuel en février, ce qui suggère à première vue la poursuite d’un apaisement progressif de l’inflation. Mais cette donnée couvre la période précédant le plein impact du plus récent choc énergétique, de sorte que les investisseurs regardent désormais beaucoup plus vers l’avenir que vers le passé. La Fed devra donc, selon les indicateurs disponibles, arbitrer entre deux forces opposées : d’un côté, un élan économique plus faible et le souhait de ne pas freiner la demande plus que nécessaire, et de l’autre, le danger que la hausse des prix de l’énergie et du transport ralentisse de nouveau le retour de l’inflation vers l’objectif de 2 pour cent.
C’est précisément ce changement de focalisation qui est important pour comprendre le moment actuel. Lorsque l’inflation est principalement un problème intérieur, une banque centrale peut évaluer avec une relative précision l’effet des salaires, du marché du travail et des conditions de crédit. Lorsque, en revanche, la politique monétaire est confrontée à un choc géopolitique qui frappe via le pétrole, l’assurance du transport, les prix du fret maritime et les chaînes d’approvisionnement mondiales, la marge pour une évaluation sûre se réduit considérablement. Dans de telles circonstances, la Fed ne veut pas assouplir trop tôt, mais elle ne veut pas non plus donner l’impression qu’elle répondra à chaque choc de prix externe par un resserrement supplémentaire si celui-ci s’avère être une perturbation passagère.
Une attention particulière sera donc portée au ton de la conférence de presse et aux éventuelles nouvelles projections de croissance, de chômage et d’inflation. Les marchés tenteront de déduire de chaque phrase si la Fed voit un risque plus grand dans le ralentissement de l’économie ou dans une deuxième vague d’inflation. Cette lecture des nuances est devenue ces dernières années presque aussi importante que la décision elle-même, car un changement de communication déplace souvent, avant le geste réel, le coût de l’endettement pour les États, les entreprises et les ménages.
La BCE arrive à la réunion avec une inflation inférieure à 2 pour cent, mais aussi avec des avertissements sur l’incertitude
En février, la Banque centrale européenne a maintenu inchangés ses trois principaux taux d’intérêt, le taux de la facilité de dépôt restant à 2,00 pour cent et le taux des principales opérations de refinancement à 2,15 pour cent. Dans le même temps, elle a indiqué que l’inflation devrait se stabiliser autour de l’objectif de 2 pour cent à moyen terme. La dernière estimation rapide d’Eurostat a montré que l’inflation annuelle dans la zone euro était montée à 1,9 pour cent en février, après 1,7 pour cent en janvier. À première vue, il s’agit d’un niveau qui pourrait ouvrir la voie à un ton plus souple, mais la BCE elle-même avertit dans le compte rendu de la réunion du début février que l’incertitude géopolitique et l’incertitude autour de la politique commerciale ont fortement augmenté.
Pour la zone euro, le problème est particulièrement sensible parce que les chocs énergétiques et logistiques s’y transmettent très rapidement aux coûts industriels, à l’inflation importée et au moral des entreprises. L’Europe a déjà traversé une période au cours de laquelle il est apparu que la guerre et l’énergie pouvaient modifier le paysage monétaire beaucoup plus rapidement que ne le suggèrent les modèles classiques. C’est pourquoi la BCE insiste aussi désormais sur le fait qu’elle ne fixera pas à l’avance une trajectoire des taux, mais prendra ses décisions de réunion en réunion. En pratique, cela signifie qu’une inflation inférieure à 2 pour cent ne suffit pas en soi à justifier une approche plus détendue si, dans le même temps, les risques d’une nouvelle hausse des prix du pétrole, du gaz et du transport augmentent.
En arrière-plan se pose aussi la question de la croissance économique. Depuis des mois, la BCE tente de maintenir l’équilibre entre la protection de sa crédibilité dans la lutte contre l’inflation et la nécessité de ne pas étouffer la reprise au moment où une plus forte dépense publique en matière de défense et d’infrastructure pourrait soutenir l’activité, tandis que des chocs externes pourraient de nouveau détériorer les coûts et les anticipations. C’est pourquoi les marchés n’observent pas seulement si le taux sera modifié, mais aussi si Christine Lagarde laissera davantage de place à un assouplissement ultérieur ou si elle mettra l’accent sur la prudence.
Londres, Zurich et Stockholm sous la même pression, mais avec des points de départ différents
Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a maintenu en février le Bank Rate à 3,75 pour cent, la décision ayant été prise à une étroite majorité de 5 voix contre 4. Cette répartition des voix montre à elle seule qu’au sein du comité, un débat existe déjà sur le point de savoir si l’économie a besoin de davantage de soutien ou si le risque inflationniste est encore trop élevé pour un assouplissement plus rapide. Un problème supplémentaire est que l’économie britannique fait particulièrement vite face à la transmission des changements sur le marché de l’énergie vers les budgets des ménages, les coûts hypothécaires et les anticipations du marché. Pour cette raison, même une décision qui signifie formellement le maintien du taux pourrait être interprétée de manière très différente, selon que l’accent soit mis sur une croissance plus faible ou sur le danger d’une nouvelle hausse des prix.
La Banque nationale suisse publie sa décision le 19 mars, et les marchés la suivent aussi en raison de la dimension de change. Le franc suisse se renforce souvent comme valeur refuge pendant les périodes d’incertitude mondiale accrue, ce qui peut atténuer l’inflation importée, mais aussi créer des problèmes pour le secteur exportateur. La BNS doit donc traditionnellement gérer un autre type d’équilibre que la Fed ou la BCE : au-delà des prix et de la croissance, elle surveille aussi les mouvements de change qui peuvent, à court terme, modifier sensiblement les conditions monétaires.
La Riksbank suédoise, qui annoncera elle aussi sa décision le 19 mars, a maintenu au début de l’année son taux directeur à 1,75 pour cent. La Suède se distingue par le fait qu’elle a ressenti plus tôt et plus fortement le ralentissement du cycle immobilier et du crédit, de sorte que tout changement de sentiment mondial se voit rapidement sur le marché intérieur du financement. Là aussi, la question clé est la même : combien de temps la banque centrale peut-elle rester calme si l’inflation intérieure est davantage sous contrôle, mais que des chocs externes menacent de nouveau de pousser les prix à la hausse.
Le pétrole est redevenu une variable monétaire
Dans son rapport de mars, l’Agence internationale de l’énergie a averti que la guerre au Moyen-Orient créait la plus grande perturbation de l’approvisionnement sur le marché mondial du pétrole de l’histoire, avec une forte baisse des flux à travers le détroit d’Ormuz et une réduction de la production dans une partie des pays du Golfe. Une telle évaluation est importante non seulement pour les spécialistes de l’énergie, mais aussi directement pour les banques centrales. La raison en est simple : lorsque le pétrole augmente fortement, les coûts du transport, de la production, du chauffage et du carburant augmentent, puis une partie de ce choc se répercute progressivement sur les prix à la consommation au sens large. À ce moment-là, la politique monétaire ne gère plus seulement la demande intérieure, mais tente d’empêcher qu’un choc externe ne devienne une inflation enracinée.
Dans ce contexte, ce n’est pas seulement le prix du baril lui-même qui est déterminant. Les coûts d’assurance, la disponibilité des pétroliers, les risques de navigation et la longueur des routes d’approvisionnement sont tout aussi importants. Si les navires évitent certains itinéraires ou si le passage par des points maritimes clés ralentit, les entreprises intègrent à l’avance des coûts plus élevés et des marges de sécurité dans leurs prix. C’est le mécanisme pour lequel les banques centrales suivent aujourd’hui la logistique de plus près qu’il y a une dizaine d’années. L’inflation n’est plus seulement une question de demande intérieure et de salaires, mais aussi de résilience des chaînes d’approvisionnement.
C’est précisément pourquoi, pour les autorités monétaires, toute hypothèse selon laquelle le choc énergétique s’estompera automatiquement rapidement est dangereuse. Si les entreprises et les consommateurs croient que les prix plus élevés dureront, ils peuvent modifier leur comportement : les entreprises relèvent plus agressivement leurs tarifs, les travailleurs demandent des salaires plus élevés, les investisseurs corrigent leurs anticipations de taux, et les banques modifient le coût du crédit. La banque centrale n’éteint alors plus seulement l’incendie du moment, mais tente d’empêcher la propagation d’un état d’esprit inflationniste dans toute l’économie.
L’incertitude commerciale complique encore davantage le tableau
Outre la pression liée à la guerre et à l’énergie, le tableau monétaire est aussi compliqué par l’incertitude commerciale. Début mars, la BCE a explicitement indiqué dans le résumé de sa réunion de février que l’incertitude de la politique commerciale avait de nouveau augmenté, jusqu’à des niveaux observés à l’été 2025. De tels signaux sont importants parce que les barrières commerciales, les changements de régimes tarifaires et le risque politique entourant les routes d’approvisionnement peuvent avoir un effet inflationniste même lorsque la demande intérieure n’est pas particulièrement forte. Dans ce cas, les banques centrales se retrouvent face à une combinaison inconfortable : une croissance plus faible et en même temps une hausse des prix plus tenace.
Pour les investisseurs, c’est un environnement particulièrement sensible, car il fait tomber les récits de marché les plus simples. Si l’économie faiblit, la logique conduit habituellement à des baisses de taux. Si l’inflation s’atténue, les marchés renforcent encore davantage les anticipations d’assouplissement. Mais lorsque des chocs externes poussent à la hausse l’énergie, le transport et l’inflation importée, tandis que l’activité intérieure perd simultanément de son élan, un scénario apparaît dans lequel les banques centrales peuvent rester prudentes bien plus longtemps que les marchés ne l’avaient récemment attendu. C’est précisément pour cela que même de brèves déclarations des gouverneurs ont aujourd’hui un poids qu’en périodes plus calmes seules les projections formelles avaient.
Pourquoi les obligations, le dollar, l’euro et le franc sont sous la loupe
Cette semaine de décisions n’est donc pas importante seulement pour les spécialistes de la politique monétaire, mais aussi pour tous ceux qui suivent le coût de l’endettement des États et des entreprises. Si la Fed sonne plus durement que ce que le marché attend, les rendements des obligations américaines peuvent augmenter, le dollar se renforcer et les actifs plus risqués s’affaiblir. Si la BCE souligne que l’inflation est formellement proche de l’objectif, mais que les risques externes sont trop élevés pour un assouplissement plus rapide, le marché obligataire européen pourrait réagir de façon similaire, avec une correction des anticipations concernant de futures baisses de taux. En Suisse, en revanche, toute formulation concernant le taux de change et les flux de capitaux refuges sera importante pour le franc, tandis que la Banque d’Angleterre influencera aussi, par le ton de son communiqué, les anticipations hypothécaires au Royaume-Uni.
En d’autres termes, les marchés ne réagissent plus seulement au fait que les taux aient été modifiés de 25 points de base. Ils réagissent à l’évaluation de la profondeur du problème, de sa durée possible et de la mesure dans laquelle les banques centrales sont prêtes à tolérer une inflation plus élevée à court terme si elle est provoquée par la guerre et l’énergie, et non par une surchauffe intérieure. Cela explique pourquoi les décisions actuelles sont désormais suivies presque en temps réel à travers les prix des devises, les contrats à terme et les rendements des obligations d’État.
La politique monétaire ne peut plus ignorer l’économie géopolitique
Le changement le plus important apporté par cette semaine n’est peut-être pas le niveau même des taux d’intérêt, mais le fait que les banques centrales sont de nouveau contraintes de mener leur politique dans un monde où la frontière entre l’analyse monétaire et l’économie géopolitique s’efface. Autrefois, il suffisait de regarder l’inflation, les salaires, le crédit et l’emploi. Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz, les coûts du transport maritime, la sécurité des routes énergétiques et les décisions politiques susceptibles de perturber le commerce sont suivis presque avec autant d’attention. Cela ne signifie pas que les données intérieures ont perdu de leur importance, mais qu’elles ne suffisent plus à elles seules.
Il est donc tout à fait possible que, dans les mois à venir, se confirme un scénario dans lequel l’inflation officielle reste relativement proche des objectifs, mais où les banques centrales retardent malgré tout un assouplissement plus marqué parce qu’elles ne veulent pas risquer une nouvelle vague de prix. Dans un tel environnement, une seule phrase sur « l’incertitude élevée », « la surveillance attentive des produits énergétiques » ou « la prise de décision de réunion en réunion » peut avoir plus de poids que la décision elle-même de laisser le taux inchangé. C’est précisément pourquoi cette semaine dépasse le rythme habituel du calendrier des banques centrales : elle montre que la lutte contre l’inflation en 2026 n’est plus seulement une histoire économique intérieure, mais aussi une conséquence directe de la guerre, de l’énergie et des fractures du commerce mondial.
Sources :- Réserve fédérale – calendrier et informations sur les réunions du FOMC pour 2026, y compris la réunion du 18 mars 2026 (lien)
- Réserve fédérale – communiqué après la réunion du 28 janvier 2026, avec confirmation de la fourchette des fonds fédéraux de 3,50 à 3,75 pour cent (lien)
- U.S. Bureau of Labor Statistics – rapport officiel sur le CPI de février 2026, avec une inflation annuelle de 2,4 pour cent (lien)
- BCE – calendrier des réunions du Conseil des gouverneurs, y compris la réunion monétaire des 18 et 19 mars 2026 (lien)
- BCE – décision de politique monétaire du 5 février 2026, avec maintien inchangé des principaux taux directeurs (lien)
- BCE – compte rendu de la réunion des 4 et 5 février 2026, mettant l’accent sur la hausse de l’incertitude géopolitique et commerciale (lien)
- Eurostat – estimation rapide de l’inflation dans la zone euro pour février 2026, avec une hausse à 1,9 pour cent (lien)
- Banque d’Angleterre – décision de février 2026 de maintenir le Bank Rate à 3,75 pour cent et annonce de la prochaine décision le 19 mars 2026 (lien)
- Banque d’Angleterre – calendrier des réunions du MPC en 2026, y compris l’annonce du 19 mars 2026 (lien)
- Banque nationale suisse – calendrier officiel des événements avec l’évaluation monétaire prévue le 19 mars 2026 (lien)
- Sveriges Riksbank – calendrier 2026, y compris la décision de mars et la conférence du 19 mars 2026 (lien)
- Sveriges Riksbank – décision monétaire de janvier 2026 de maintenir le taux directeur à 1,75 pour cent (lien)
- AIE – Oil Market Report de mars 2026 avec une évaluation de la plus grande perturbation d’approvisionnement de l’histoire du marché mondial du pétrole (lien)
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