Les Dodgers ont différé plus de 1,09 milliard de dollars de salaires : Ohtani doit recevoir jusqu'à 680 millions
Les Los Angeles Dodgers sont entrés dans une zone financière encore jamais observée en Major League Baseball. Après une série de contrats pluriannuels conclus avec des vedettes, le club a, selon les données rendues publiques, convenu d'au moins 1,0645 milliard de dollars de paiements différés pour neuf joueurs, tandis que l'arrivée de Kyle Tucker pourrait avoir porté le montant total à environ 1,0945 milliard de dollars. Il s'agit de sommes nominales qui ne seront pas versées en une seule fois, mais sous la forme d'échéances soigneusement planifiées de 2028 jusqu'en 2047. La plus grande part individuelle revient à Shohei Ohtani, auquel les Dodgers verseront 68 millions de dollars par an entre 2034 et 2043, pour un total de 680 millions. Cet immense calendrier d'obligations futures montre jusqu'où le club de Los Angeles est prêt à exploiter sa puissance financière et les règles de la ligue afin de constituer dès maintenant une équipe capable de lutter continuellement pour le titre.
Un montant supérieur à un milliard de dollars ressemble à une dette qui ne deviendra exigible qu'un jour lointain, mais la structure est plus complexe. La convention collective conclue entre la MLB et l'Association des joueurs autorise les clubs et les joueurs à négocier des rémunérations différées sans plafond. Dans le même temps, le club doit financer la valeur actuelle de ses obligations futures dans les délais prévus par l'accord, ce qui signifie que les Dodgers ne peuvent pas simplement dépenser tout cet argent en espérant le retrouver plusieurs décennies plus tard. Les reports modifient néanmoins le calendrier des flux de trésorerie réels et, dans certains cas, réduisent aussi la valeur annuelle comptabilisée du contrat aux fins de la taxe d'équilibre compétitif. C'est précisément cette combinaison de flexibilité immédiate et de financement à long terme qui est devenue l'une des caractéristiques de la stratégie des Dodgers.
Les 680 millions d'Ohtani changent l'échelle de toute l'histoire
En décembre 2023, Ohtani a signé un contrat de dix ans d'une valeur de 700 millions de dollars, qui constituait alors le plus important contrat garanti de l'histoire du sport professionnel nord-américain. Selon les explications de la MLB, la vedette japonaise capable d'évoluer comme lanceur et frappeur a accepté de ne recevoir du club que deux millions de dollars par an pendant la durée du contrat, soit un total de 20 millions entre 2024 et 2033. Les 680 millions restants seront versés après la fin de la partie sportive du contrat, en dix échéances annuelles égales de 2034 à 2043. Ohtani a lui-même proposé cette structure afin de laisser aux Dodgers davantage de flexibilité à court terme pour construire leur équipe. Ses revenus considérables en dehors du terrain lui ont également permis d'accepter un modèle dans lequel la quasi-totalité de son salaire contractuel ne lui parviendra qu'après la fin de la période durant laquelle il est tenu de jouer pour le club.
Le contrat d'Ohtani explique également mieux que tout autre pourquoi la valeur nominale et la valeur économique actuelle ne sont pas identiques. Lors de la conclusion du contrat, la MLB a estimé sa valeur actuelle aux fins de la taxe d'équilibre compétitif à environ 460 millions de dollars, soit approximativement 46 millions de dollars par an, au lieu des 70 millions complets. La différence vient du fait qu'un dollar versé dans dix ou quinze ans vaut moins qu'un dollar payé immédiatement. Les Dodgers n'évitent donc pas de comptabiliser le contrat d'Ohtani, mais son incidence fiscale est calculée selon la valeur actualisée des échéances différées. Sans ce contrat, le total des obligations différées du club serait beaucoup plus proche des proportions habituelles, puisque Ohtani représente à lui seul plus de 62 pour cent du total potentiel de 1,0945 milliard de dollars.
Dix joueurs et un calendrier qui s'étend jusqu'en 2047
Après l'arrivée du stoppeur Edwin Díaz, l'Associated Press a calculé que les Dodgers avaient 1,0645 milliard de dollars d'obligations différées envers neuf joueurs. Le calendrier publié comprend les plus grandes vedettes de l'équipe actuelle, mais aussi des joueurs dont les contrats prendront fin bien avant le versement des dernières échéances. Le contrat de Tucker a ensuite été ajouté au total et prévoit, selon la MLB, jusqu'à 30 millions de dollars de salaire différé. Tucker pouvant se retirer du contrat après les deuxième et troisième saisons, le montant définitif dépendra de sa présence pendant l'intégralité des quatre années. Si tous les reports prévus restent en vigueur, le club aura des obligations envers dix joueurs.
- Shohei Ohtani : 680 millions de dollars, dont le versement est prévu de 2034 à 2043.
- Mookie Betts : un total de 120 millions de dollars, comprenant 115 millions de salaires différés et cinq millions correspondant à la dernière partie de la prime à la signature, avec des paiements de 2033 à 2044.
- Blake Snell : 66 millions de dollars, avec des paiements de 2035 à 2046.
- Freddie Freeman : 57 millions de dollars, avec des paiements de 2028 à 2040.
- Will Smith : 50 millions de dollars, avec des paiements de 2034 à 2043.
- Teoscar Hernández : 32 millions de dollars, avec des paiements de 2030 à 2039.
- Tommy Edman : 25 millions de dollars, avec des paiements de 2037 à 2044.
- Tanner Scott : 21 millions de dollars, avec des paiements de 2035 à 2046.
- Edwin Díaz : 13,5 millions de dollars, répartis en échéances se terminant en 2047.
- Kyle Tucker : jusqu'à 30 millions de dollars de salaire différé, selon la durée du contrat et ses clauses de sortie.
Les premiers de ces paiements importants commenceront en 2028 avec le contrat de Freeman, tandis que les derniers prendront fin en 2047 avec Díaz. Selon le calcul de l'Associated Press effectué avant la signature de Tucker, la charge annuelle la plus élevée devait survenir en 2038 et 2039, années pour lesquelles des paiements de 102,3 millions de dollars avaient déjà été programmés. La structure du contrat de Tucker pourrait encore augmenter les montants pendant une partie de cette période, même si sa contribution au total est faible par rapport à celle d'Ohtani. Lors de certaines saisons, les Dodgers verseront ainsi plus de cent millions de dollars à des joueurs pour des performances réalisées de nombreuses années auparavant. Cela se produira parallèlement aux salaires de l'effectif actif de l'époque, aux coûts de développement des joueurs et à toutes les autres obligations du club.
Ce que les règles de la MLB autorisent réellement
L'article XVI de la convention collective actuelle indique expressément qu'il n'existe aucune limitation ni sur le montant de la rémunération différée ni sur la part de la rémunération totale pouvant être reportée. Les 680 millions d'Ohtani, bien que sans précédent par leur ampleur, ne constituent donc pas une exception spécialement autorisée par la ligue, mais un contrat conclu dans le cadre des règles existantes. Pour les contrats signés après le 30 septembre 2002, le club doit financer intégralement la valeur actuelle de l'obligation différée au plus tard le deuxième 1er juillet suivant la saison au cours de laquelle cette rémunération a été gagnée. La convention collective prévoit à cette fin une actualisation annuelle de cinq pour cent, avec la possibilité de discuter d'une modification du taux si le taux d'intérêt de référence dépasse un certain niveau. Les fonds doivent être réservés au règlement des contrats différés et conservés sous une forme conforme aux règles de l'accord.
Cela signifie que le total médiatique de 1,0945 milliard de dollars n'est pas identique à la somme que les Dodgers doivent aujourd'hui détenir en espèces. Le club finance la valeur actuelle et actualisée des obligations, et non l'intégralité du montant nominal des dollars futurs. Comme les plus grandes échéances ne seront versées que dans dix, quinze ans ou davantage, leur valeur actuelle est nettement inférieure au total affiché sur le papier. Entre-temps, le groupe propriétaire peut investir les fonds dans le respect des règles et tenter d'obtenir un rendement permettant de couvrir les paiements futurs. Cette stratégie exige donc du capital et de la discipline, mais elle peut procurer à un propriétaire riche et financièrement averti un avantage dans la gestion de sa trésorerie.
Les reports ne suppriment pas la taxe de luxe
L'une des idées fausses les plus répandues consiste à croire que les Dodgers retirent totalement les contrats du calcul actuel de la masse salariale grâce aux reports. Les règles de la taxe d'équilibre compétitif, connue sous le nom de CBT ou taxe de luxe, attribuent aux contrats une valeur annuelle moyenne et intègrent les montants différés selon leur valeur actuelle. Le contrat d'Ohtani est ainsi comptabilisé pour la CBT à environ 46 millions de dollars par an, et non aux deux millions que le club lui verse actuellement directement. Le report réduit la valeur comptable par rapport aux 70 millions nominaux par an, mais ne la ramène pas à une somme symbolique. Le même principe s'applique aux autres contrats comprenant de l'argent différé.
Le seuil de base de la CBT pour la saison 2026 est fixé à 244 millions de dollars, selon la présentation officielle de la MLB. Les clubs dépassant ce seuil paient une taxe sur l'excédent, et le taux augmente lorsqu'ils le franchissent pendant plusieurs saisons consécutives et atteignent des niveaux de dépassement supplémentaires. Il existe également des conséquences sportives, notamment le possible recul du meilleur choix de repêchage pour les clubs terminant au moins 40 millions de dollars au-dessus de la limite de base. Par conséquent, les Dodgers n'agissent pas en dehors du système grâce aux reports et ne s'exonèrent pas des sanctions, mais utilisent une méthode d'évaluation accessible à tous les clubs. Leur véritable différence par rapport à la plupart de leurs concurrents réside dans la volonté des joueurs d'accepter de telles structures et dans la capacité des propriétaires à financer à l'avance de très importantes obligations futures.
Tucker a ajouté une nouvelle dimension, mais aussi de l'incertitude
Kyle Tucker a signé en janvier 2026 un contrat de quatre ans d'une valeur de 240 millions de dollars, assorti d'une prime à la signature de 64 millions et de possibilités de sortie après les deuxième et troisième saisons. La MLB a annoncé que le contrat comprenait 30 millions de dollars de salaire différé. Ce montant porte le total potentiel des reports des Dodgers de 1,0645 à 1,0945 milliard de dollars, mais il n'est pas certain que les 30 millions soient intégralement gagnés. Si Tucker active une clause de sortie et retourne sur le marché des agents libres, une partie du salaire prévu pour les saisons ultérieures ne deviendra pas une obligation du club. Il est donc plus précis de parler d'un maximum de 1,0945 milliard de dollars selon les calendriers actuellement prévus par les contrats.
Le contrat de Tucker confirme néanmoins que la rémunération différée n'était pas une concession ponctuelle liée uniquement à Ohtani. Les Dodgers ont utilisé le même outil, dans des proportions différentes, pour le lanceur partant Snell, les stoppeurs Díaz et Scott, les frappeurs Freeman, Betts et Hernández, ainsi que pour Smith et Edman. Le club combine souvent de fortes primes à la signature, des salaires annuels élevés et des échéances ultérieures, en adaptant la structure à chaque joueur. Cette approche lui a permis, après avoir remporté des titres consécutifs, de continuer à recruter des agents libres de premier plan au lieu de réduire ses investissements. Tucker est arrivé comme un autre frappeur d'élite dans un alignement déjà puissant, et la construction financière de son contrat s'inscrit dans le modèle à long terme de la direction.
Le débat sur l'équilibre compétitif ne disparaîtra pas
Les Dodgers agissent conformément à des règles qui s'appliquent de la même manière aux 30 clubs, mais leur manière de les utiliser a renforcé le débat sur l'équilibre économique de la MLB. Les critiques affirment que les clubs riches, disposant de revenus élevés et d'un accès au capital, peuvent plus facilement financer les contrats différés, payer d'importantes pénalités fiscales et continuer à recruter des vedettes. Les défenseurs du système actuel répondent que le report n'est pas une subvention dissimulée, car le club doit garantir la valeur actuelle de l'obligation et le calcul fiscal continue d'inclure le coût actualisé. Il est également important que le joueur accepte volontairement d'attendre une partie de sa rémunération, ce qui n'est pas aussi attrayant pour tous les agents libres. La combinaison du statut sportif d'Ohtani et de ses revenus commerciaux en dehors du terrain est difficile à reproduire dans un contrat moyen.
La convention collective actuelle expire le 1er décembre 2026, et la MLB ainsi que l'Association des joueurs ont déjà commencé à négocier un nouvel accord. L'équilibre compétitif et les différences entre les capacités financières des clubs figurent parmi les principaux sujets de ces discussions, mais au 3 août 2026, il n'avait pas été officiellement confirmé que le futur accord limiterait les rémunérations différées. Tant que les règles ne changeront pas, les contrats existants resteront un exemple de la mesure dans laquelle les salaires peuvent être répartis dans le temps. Les Dodgers ont ainsi montré que l'argent différé ne remplace pas la richesse, mais constitue un instrument dont profite surtout celui qui possède déjà suffisamment de capital pour le financer.
Les conséquences des décisions actuelles se feront sentir longtemps après la fin de la carrière des vedettes d'aujourd'hui. Ohtani recevra sa dernière échéance en 2043, les paiements de Betts prendront fin en 2044, tandis que les obligations envers Snell, Scott et Díaz s'étendront encore plus loin. D'ici là, l'effectif, la direction, le marché des droits télévisés et probablement plusieurs conventions collectives auront changé. Pourtant, les Dodgers continueront de verser de l'argent pour la période au cours de laquelle ils ont tenté de créer une dynastie. C'est précisément le véritable sens de cette somme dépassant un milliard de dollars : non pas une facture exigible aujourd'hui, mais une promesse financière à long terme grâce à laquelle le club achète dès maintenant un avantage sportif.
Sources :
- Associated Press / NBC Sports – présentation détaillée des 1,0645 milliard de dollars d'obligations différées, des joueurs et des années de paiement après le contrat d'Edwin Díaz (lien)
- MLB.com – présentation officielle du contrat de Kyle Tucker, comprenant sa valeur, ses clauses de sortie, sa prime à la signature et les 30 millions de dollars de salaire différé (lien)
- MLB.com – explication de la structure du contrat d'Ohtani, du calendrier des 680 millions de dollars et de l'incidence sur la valeur CBT (lien)
- MLBPA – convention collective de la MLB pour la période 2022–2026, articles portant sur le montant autorisé, les délais de financement et la valeur actuelle des rémunérations différées (lien)
- MLB.com – règles et seuils officiels de la taxe d'équilibre compétitif, notamment le seuil de 244 millions de dollars pour 2026 (lien)
- MLB.com – présentation des négociations relatives à une nouvelle convention collective et de l'expiration de l'accord actuel le 1er décembre 2026 (lien)