Les Biélorusses voyagent de plus en plus à l’étranger et deviennent des visiteurs plus visibles sur les marchés touristiques
Les voyageurs biélorusses apparaissent ces dernières années de plus en plus souvent sur les itinéraires touristiques internationaux, et les données des statistiques officielles indiquent que leurs départs à l’étranger ont continué de se rétablir même après les perturbations provoquées par la pandémie, les changements dans le trafic aérien et le durcissement des régimes de visas à l’égard d’une partie de l’Europe. Selon le dernier communiqué du Comité national de statistique de la République de Biélorussie, en 2025, le nombre de touristes et excursionnistes outbound organisés en provenance de Biélorussie s’élevait à 736,4 mille personnes. La même source indique que la durée moyenne du séjour des citoyens biélorusses à l’étranger était de huit jours, ce qui montre qu’il ne s’agit pas seulement de courts déplacements transfrontaliers, mais aussi de voyages touristiques classiques. Dans le secteur touristique du pays, 1.255 organisations étaient actives, et leurs services ont été utilisés par un total de 3,5 millions de touristes et excursionnistes organisés. De tels indicateurs confirment que la Biélorussie, malgré les restrictions qui façonnent les flux de transport et de visas, s’intègre de nouveau plus fortement au marché touristique international.
Croissance des voyages organisés et séjours plus longs à l’étranger
Les données officielles de Belstat sont importantes parce qu’elles couvrent les voyages organisés par l’intermédiaire d’agences de voyages et de prestataires de services liés, et ne montrent donc pas l’ensemble des mouvements de la population, mais elles indiquent clairement la direction de la demande. En 2025, selon le communiqué du comité statistique, 2,2 millions de citoyens biélorusses ont voyagé à l’intérieur du pays dans le cadre de circuits, la grande majorité concernant des sorties touristiques et excursions d’une journée. Dans le même temps, le nombre de départs organisés à l’étranger a atteint 736,4 mille, ce qui fait des Biélorusses un groupe de plus en plus pertinent pour les destinations qui dépendent traditionnellement des marchés régionaux, mais aussi pour celles qui souhaitent diversifier la demande au-delà des plus grands pays émetteurs. Pour les hôtels, les destinations de villégiature, les agences de voyages et les transporteurs aériens, la donnée relative au séjour moyen de huit jours est particulièrement importante, car une telle durée de voyage implique généralement des dépenses plus élevées pour l’hébergement, les transferts, les excursions, la restauration et les services supplémentaires. En pratique, cela signifie que les touristes biélorusses ne sont pas seulement plus nombreux statistiquement, mais peuvent aussi avoir un effet mesurable sur les revenus des destinations qui parviennent à les attirer.
Dans un contexte plus large, la croissance des voyages depuis la Biélorussie s’inscrit dans la reprise progressive du tourisme international en Europe et dans les régions voisines. La Commission européenne a annoncé que les consulats des États membres de l’UE et des pays associés à Schengen avaient reçu en 2024 plus de 11,7 millions de demandes de visas de court séjour, soit 13,6 pour cent de plus qu’en 2023, bien que ce chiffre reste inférieur aux niveaux de 2019. Une telle reprise de la demande de voyages se ressent aussi parmi les voyageurs de pays qui ne sont pas membres de l’UE, y compris la Biélorussie. Dans le même temps, l’accessibilité des destinations ne dépend pas seulement de l’intérêt des voyageurs, mais aussi des visas, des liaisons aériennes, des relations politiques, des prix des forfaits et de la possibilité de payer à l’étranger. C’est pourquoi le marché outbound biélorusse se développe de manière inégale : certaines destinations enregistrent une forte croissance, tandis que d’autres sont limitées par des obstacles logistiques et administratifs.
Destinations les plus demandées : Turquie, Égypte, Émirats arabes unis et Caucase
Selon les informations relayées par les médias d’État biélorusses en citant le Comité national de statistique, parmi les destinations étrangères les plus populaires pour les voyageurs biélorusses en 2024 figuraient la Turquie, l’Égypte, les Émirats arabes unis, la Géorgie, l’Italie et la Grèce. Il est indiqué que ces destinations représentaient 84,2 pour cent du flux touristique outbound organisé total. Cette liste n’est pas surprenante, car elle combine plusieurs motifs de voyage différents : des vacances à la mer et forfaits touristiques au tourisme urbain, aux voyages en famille, au shopping et aux vacances dans des pays disposant de connexions aériennes ou terrestres relativement accessibles. La Turquie et l’Égypte sont traditionnellement fortes parmi les touristes de l’espace postsoviétique grâce à une large offre hôtelière, au concept all-inclusive, à la vente charter développée et à des prix compétitifs. Les Émirats arabes unis attirent les voyageurs à plus fort pouvoir d’achat, mais aussi ceux qui recherchent le soleil d’hiver, le shopping et de grandes liaisons aériennes internationales. La Géorgie est attractive en raison de sa proximité culturelle, de sa gastronomie et d’un accès régional plus facile, tandis que l’Italie et la Grèce restent des destinations européennes reconnaissables pour les vacances, la culture et le littoral.
Pour les destinations qui souhaitent se positionner plus fortement sur le marché biélorusse, la manière dont les voyages depuis ce pays sont aujourd’hui organisés est importante. Une grande partie de la demande passe encore par les agences de voyages, en particulier pour les destinations plus lointaines ou plus exigeantes en matière de visa. Les forfaits réduisent l’incertitude administrative pour les voyageurs, tandis qu’ils permettent aux agences de combiner transport, hébergement, assurance et assistance en cas de changement des règles. Dans le même temps, le rôle des voyages individuels augmente, surtout parmi les jeunes voyageurs et les habitants des grandes villes qui comparent eux-mêmes les prix, réservent l’hébergement et utilisent des aéroports régionaux hors de Biélorussie. Pour les offices de tourisme et le secteur privé, cela signifie que la communication vers le marché biélorusse doit être à double voie : une partie de la promotion passe encore par les tour-opérateurs, mais la présence numérique dans les langues que les voyageurs comprennent, y compris le russe et l’anglais, devient de plus en plus importante.
Les visas et les frontières restent un facteur clé pour les destinations européennes
Bien que les voyageurs biélorusses montrent un intérêt croissant pour les voyages, les destinations européennes sont confrontées à des circonstances administratives particulières. Les citoyens biélorusses ont besoin d’un visa pour les courts séjours dans la plupart des pays Schengen, ce qui rend la planification des voyages plus sensible aux délais, à la disponibilité des rendez-vous et aux capacités consulaires. La Commission européenne a annoncé une hausse générale du nombre de demandes de visas Schengen en 2024, mais aussi le fait que le nombre mondial de visas délivrés, bien que supérieur à celui de l’année précédente, restait encore inférieur au niveau d’avant la pandémie. Pour les voyageurs de Biélorussie, cela signifie que la décision de voyager dans l’UE est souvent prise plus tôt que chez les voyageurs des pays qui peuvent voyager sans visa. Les destinations qui dépendent d’arrivées courtes de dernière minute peuvent donc tirer moins de bénéfices de ce marché que celles qui s’appuient sur des ventes plus précoces, des circuits organisés et des conditions d’entrée clairement communiquées.
Un changement supplémentaire a été apporté par l’Entry/Exit System européen, un nouveau système numérique d’enregistrement des entrées et sorties des ressortissants de pays tiers lors de courts séjours dans les pays européens qui appliquent ce système. Selon les informations de l’Union européenne, le système enregistre les données du document de voyage, les dates et lieux d’entrée et de sortie ainsi que les données biométriques, et remplace le tamponnage manuel classique des passeports. Pour les voyageurs biélorusses entrant dans l’espace Schengen, cela signifie une numérisation supplémentaire de la procédure frontalière et un suivi plus précis des jours de séjour autorisés. À long terme, le système devrait accélérer les contrôles et réduire les abus, mais pendant la période d’adaptation, il peut influer sur l’expérience de voyage, surtout aux postes-frontières fréquentés et dans les grands aéroports. Les agences de voyages ont donc un rôle de plus en plus important dans l’information des voyageurs sur les documents, l’assurance, la durée de séjour et les règles de retour.
Les liaisons aériennes et les relations politiques changent la carte des voyages
Les voyages depuis la Biélorussie sont aussi fortement influencés par la situation du trafic aérien. Le Conseil de l’Union européenne a décidé en 2021 d’interdire aux transporteurs aériens biélorusses le survol de l’espace aérien de l’UE et l’accès aux aéroports des États membres, après l’atterrissage forcé d’un vol Ryanair à Minsk le 23 mai 2021. Cette décision est restée l’une des conséquences les plus importantes, sur le plan des transports, de la crise politique entre Minsk et Bruxelles. Pour le marché touristique, les conséquences sont très concrètes : il y a moins d’options directes vers les aéroports européens, les voyages comportent souvent des correspondances, et une partie des voyageurs utilise, lorsque c’est possible, des départs depuis des aéroports voisins ou régionaux. Les restrictions ne signifient pas que les voyages ont cessé, mais elles les ont rendus plus complexes et parfois plus coûteux.
Dans le même temps, les destinations situées hors de la portée directe des sanctions européennes peuvent plus facilement maintenir ou augmenter leur part de voyageurs biélorusses. La Turquie, l’Égypte, les Émirats arabes unis et une partie des pays du Caucase disposent d’un avantage parce qu’ils offrent une combinaison d’infrastructures touristiques, de liaisons aériennes et de règles d’entrée relativement claires. Ces destinations investissent souvent dans la promotion dans l’espace russophone, et les produits touristiques sont adaptés aux familles, aux couples et aux voyageurs qui attendent un service complet en un seul lieu. Pour les pays européens qui souhaitent attirer les touristes biélorusses, la concurrence de ces marchés devient de plus en plus marquée. Une image de destination reconnaissable ne suffit pas si le voyage exige une procédure de visa complexe, des transferts coûteux ou des vols incertains.
Les touristes biélorusses comme occasion pour les destinations à la recherche de nouveaux marchés
Pour les destinations touristiques, la croissance du nombre de voyages depuis la Biélorussie peut être intéressante pour plusieurs raisons. Premièrement, il s’agit d’un marché de près de dix millions d’habitants dans un environnement régional plus large où les habitudes de voyage changent rapidement. Deuxièmement, les voyageurs biélorusses voyagent souvent pendant les vacances scolaires, la saison estivale et les congés d’hiver, ce qui s’intègre bien aux capacités des destinations qui travaillent déjà avec les marchés d’Europe de l’Est et de l’espace postsoviétique. Troisièmement, la durée moyenne du séjour à l’étranger de huit jours, selon les données de Belstat, indique un potentiel pour la vente de forfaits de plusieurs jours, d’excursions, de services de santé et de bien-être, de programmes culturels et de forfaits familiaux. Quatrièmement, de nombreux voyageurs de Biélorussie comparent les destinations selon le prix, la sécurité, la langue de communication, la disponibilité des transferts et la réputation de l’hébergement, de sorte que des destinations moins connues peuvent être compétitives si elles offrent une valeur claire.
Les destinations qui ont de l’expérience avec des clients de l’espace russophone, mais ne dépendent pas exclusivement d’un seul grand marché, pourraient particulièrement en bénéficier. Dans ces destinations, les hôteliers et les agences disposent généralement déjà de documents en langue russe, d’un personnel capable de communiquer avec les clients et de canaux de vente liés à des tour-opérateurs régionaux. Il est toutefois important d’éviter de simplifier le marché : les voyageurs biélorusses ne sont pas un groupe homogène. Ils diffèrent selon l’âge, les revenus, la région d’origine, l’expérience de voyage et la volonté d’organiser eux-mêmes leur trajet. Une partie des clients recherche des vacances familiales abordables, une autre des contenus culturels et urbains, une autre des services de santé et de bien-être, et une autre encore des hôtels plus luxueux et du shopping. C’est précisément pourquoi les destinations qui veulent travailler à long terme avec le marché biélorusse doivent segmenter l’offre et la communication, et ne pas s’appuyer seulement sur des messages promotionnels généraux.
Le tourisme entrant en Biélorussie montre que le pays tente de s’ouvrir à l’Europe
Alors que les citoyens biélorusses voyagent de plus en plus à l’étranger, les autorités de Minsk s’efforcent en même temps d’attirer des visiteurs étrangers. Le ministère des Affaires étrangères de Biélorussie indique que les citoyens de 38 États européens peuvent entrer en Biélorussie sans visa par les postes-frontières internationaux routiers et ferroviaires et rester jusqu’à 30 jours, tandis qu’un séjour autorisé plus long, jusqu’à 90 jours, est indiqué pour les citoyens de Pologne, de Lituanie et de Lettonie. De telles mesures font partie des efforts visant à augmenter le trafic entrant, à stimuler les dépenses et à montrer l’ouverture du pays aux invités d’Europe. Dans son communiqué pour 2025, Belstat a également indiqué 579,2 mille touristes et excursionnistes entrants organisés en Biélorussie, avec une durée moyenne de séjour de quatre jours. Cela montre que les flux touristiques se déplacent dans les deux sens, même si les relations politiques et la perception de la sécurité restent un facteur important dans les décisions des voyageurs.
Pour le marché touristique international, cette réciprocité a des conséquences pratiques. La Biélorussie ne doit pas être observée seulement comme une destination, mais aussi comme un marché émetteur capable de remplir des hôtels, des programmes charter et des capacités hors saison dans d’autres pays. Dans le même temps, le développement du tourisme entrant dans le pays lui-même peut influer sur les habitudes de consommation de la population, car des échanges plus importants avec l’étranger augmentent la visibilité des produits touristiques, des normes de service et des attentes des voyageurs. Si la croissance des départs organisés se poursuit, les destinations qui établiront plus tôt des relations avec les agences biélorusses, offriront des informations claires sur les visas et garantiront des routes accessibles pourraient avoir un avantage. À une période où de nombreux pays se disputent les clients au-delà des marchés traditionnels, les Biélorusses apparaissent de plus en plus comme un groupe que le secteur touristique ne peut ignorer.
Sources :
- Comité national de statistique de la République de Biélorussie (Belstat) – communiqué sur le tourisme organisé en 2025, y compris les données sur les voyages outbound et inbound (lien)
- Comité national de statistique de la République de Biélorussie (Belstat) – publication Tourism and Tourist Resources in the Republic of Belarus, 2024, avec description des données statistiques sur les flux touristiques (lien)
- Commission européenne, Direction générale de la migration et des affaires intérieures – données sur les demandes de visas Schengen de court séjour en 2024 (lien)
- Union européenne, site officiel Travel Europe – informations sur l’Entry/Exit System pour les ressortissants de pays tiers (lien)
- Conseil de l’Union européenne – chronologie des sanctions contre la Biélorussie et décision d’interdire aux transporteurs aériens biélorusses l’accès à l’espace aérien et aux aéroports de l’UE (lien)
- Ministère des Affaires étrangères de la République de Biélorussie – règles d’entrée sans visa pour les citoyens des États européens (lien)
- SB Belarus Today – rapport sur les destinations touristiques étrangères les plus populaires pour les voyageurs biélorusses en 2024 selon les données du Comité national de statistique (lien)