L'ESA recherche un directeur de la commercialisation et des partenariats industriels : candidatures jusqu'au 13 mars 2026
L'Agence spatiale européenne (ESA) a ouvert un concours pour le poste de directeur de la commercialisation et des partenariats industriels (Director of Commercialisation and Industry Partnership), l'une des plus hautes fonctions de direction de l'Agence. Selon l'annonce officielle, il s'agit d'un poste de directeur basé au Centre européen des applications spatiales et des télécommunications (ECSAT) de l'ESA à Harwell, au Royaume-Uni, impliquant des déplacements réguliers vers d'autres sites de l'ESA. Le concours a été publié le 30 janvier 2026 et les candidatures sont acceptées jusqu'au 13 mars 2026 à 23h59 CET/CEST.
Un poste au sommet de l'Agence et un mandat à l'intersection de la politique, de l'industrie et du marché
Le directeur de la commercialisation et des partenariats industriels sera membre du conseil exécutif de l'ESA et, à ce titre, participera à la gestion de l'Agence au niveau de l'ensemble du système, sous la responsabilité directe du directeur général de l'ESA. Dans sa propre présentation de la structure de direction, l'ESA souligne que le directeur général est assisté dans son travail par 11 directeurs, chacun étant responsable d'un programme spécifique ou d'une partie de l'administration de l'Agence. Dans ce cadre, le nouveau directeur reçoit un mandat qui dépasse les frontières d'un seul programme : selon l'annonce, une contribution à la gestion à l'échelle de l'ESA, un renforcement de l'efficacité et la garantie de la conformité avec le cadre réglementaire applicable sont attendus, ainsi que la coordination des activités de commercialisation avec d'autres directions.
Le concours intervient dans une période où le secteur spatial européen tente de s'adapter plus rapidement au marché mondial sur lequel croît la demande privée de services par satellite, de capacités de lancement et d'applications de données spatiales. Le rôle du directeur est donc fortement axé sur le « chemin de la technologie au marché » : l'objectif n'est pas seulement de lancer le développement, mais aussi de créer les conditions pour que les entreprises européennes construisent, à partir de ces capacités, des produits et services qui trouvent des clients, attirent des capitaux et renforcent la compétitivité à long terme de l'industrie européenne.
La commercialisation comme priorité stratégique : talent, capital et rapidité d'innovation
Dans les descriptions officielles de la Direction de la commercialisation, de l'industrie et de la compétitivité (CIC) de l'ESA, il est souligné que cette direction joue un rôle clé dans la stimulation de la commercialisation du secteur spatial européen. Trois leviers sont cités : le talent, l'accès au capital et « l'innovation rapide », avec pour tâche de développer et de mettre en œuvre la politique industrielle, de représenter le directeur général dans les relations avec l'industrie et de superviser les règles de passation des marchés et de contractualisation pour les activités et les programmes de l'Agence. En pratique, cela signifie que la commercialisation est également considérée comme une politique économique : comment s'assurer que les technologies européennes s'industrialisent, trouvent une application commerciale et soient suffisamment évolutives pour rivaliser à l'échelle mondiale.
L'annonce précise également que le budget annuel de l'ESA pour 2026 s'élève à 8,26 milliards d'euros. Un tel budget, ainsi que l'ampleur des programmes allant des télécommunications au transport spatial, implique que le directeur doit être capable de gérer un portefeuille présentant des risques contractuels et organisationnels importants, tout en instaurant la confiance des États membres, de l'industrie et d'autres partenaires.
Ce que le directeur dirigera : stratégie de croissance, industrialisation et applications « downstream »
Selon la description des tâches, le directeur est responsable de la stratégie de commercialisation et de développement commercial de l'ESA. Concrètement, cela comprend :
- le soutien à l'industrialisation et à la commercialisation des produits et services spatiaux, des premières phases de développement jusqu'au lancement sur le marché ;
- le développement d'applications et de solutions « downstream » intégrées, c'est-à-dire des applications qui s'appuient sur les services et les données satellites et apportent des bénéfices en dehors du secteur spatial ;
- l'aide aux entreprises européennes pour changer d'échelle sur les marchés mondiaux ;
- la facilitation de l'accès aux investissements et aux financements pour l'industrie spatiale européenne.
Outre la gestion des programmes, le directeur doit, selon l'annonce, entretenir une coopération intense avec les parties prenantes externes : délégations des États membres, industrie spatiale et non spatiale, communauté académique ainsi que partenaires et organisations internationales. Cela signifie en pratique une combinaison de gestion, de négociation et de « traduction » stratégique entre les politiques publiques et le marché : comment aligner les intérêts nationaux et les règles de l'ESA avec les besoins des entreprises, des opérateurs et des investisseurs, et comment s'assurer que les programmes conservent un axe commercial tout en restant compatibles avec les objectifs institutionnels de l'Agence.
Programmes sous autorité : lancements, télécommunications et accès au marché
Le concours mentionne expressément plusieurs cadres de programmes qui seraient sous la responsabilité directe du nouveau directeur, avec l'obligation qu'une partie des activités soit menée en étroite collaboration avec la Direction du transport spatial.
European Launcher Challenge (ELC) :L'ESA indique dans la documentation de l'ELC que le programme s'appuie sur les solutions de nouvelles entreprises européennes qui conçoivent, construisent et exploitent commercialement des systèmes de lancement pour l'envoi de satellites en orbite. L'objectif est d'accélérer les services de lancement commerciaux en Europe et de renforcer une offre compétitive sur le marché mondial. L'ESA décrit par la même occasion une évolution de son rôle : avec des services de lancement gérés par le secteur privé, l'implication de l'Agence passe d'une position d'autorité de conception et d'achat classique vers un rôle de client qui assure financement et stabilité, sans prescrire toutes les caractéristiques des services et des performances.
Le calendrier de l'ELC comprend des décisions et des phases allant de l'annonce au niveau du Conseil de l'ESA en 2023 et de l'émission de demandes d'informations en 2024, à l'ouverture des appels à propositions en 2025, jusqu'à la signature prévue des contrats-cadres en 2026. L'ESA énumère également les obligations clés des prestataires de services sélectionnés : la première exigence est un lancement orbital réussi au plus tard en 2027, suivi d'une contribution de l'Agence à chaque lancement opérationnel des prestataires de services sélectionnés au plus tard en 2030, et une démonstration obligatoire de l'augmentation de capacité par un vol orbital au plus tard en 2028. En ce qui concerne le financement, l'ESA indique avoir alloué plus de 900 millions d'euros à l'ELC, et pour la composante de démonstration de l'augmentation de capacité, une condition de cofinancement privé d'au moins 40 % du coût est également prévue. Dans la même présentation, l'ESA fournit la liste des cinq entreprises qui ont été présélectionnées à ce moment-là.
Boost! :L'ESA décrit le programme Boost! comme un instrument visant à stimuler les initiatives commerciales proposant des services de transport spatial « vers l'espace, dans l'espace et de retour de l'espace ». Dans la présentation générale, il est indiqué que l'Agence, à travers Boost!, encourage l'entrepreneuriat industriel et stimule la croissance et la compétitivité dans le secteur spatial européen géré et financé par le secteur privé. Le programme, selon l'ESA, aide également les États membres dans la mise en œuvre des objectifs nationaux dans le domaine du transport spatial, notamment par le développement de spatioports, de capacités de test et de services associés. Le texte précise expressément que Boost! cofinance et aide au développement pré-commercial de nouveaux services de transport spatial européens, du lancement au transport dans l'espace en passant par la capacité de retour. Dans le cadre de l'explication du contexte du marché, l'ESA souligne que la croissance des revenus issus des applications spatiales attire de nouveaux acteurs et des entreprises établies vers les services commerciaux, alors qu'il reste difficile de placer de petites charges utiles en orbite de manière fiable et abordable.
ACCESS :ACCESS est, selon la description du programme, conçu comme un cadre pour accélérer la commercialisation et la compétitivité de l'industrie européenne, tant dans les secteurs spatiaux que non spatiaux. L'accent est mis sur le fait que les entreprises européennes doivent pouvoir exploiter la croissance et la dynamique apportées par la commercialisation de l'espace, avec un soutien qui englobe toutes les tailles d'entreprises – des start-up aux entreprises établies – et différents secteurs. L'ESA indique qu'ACCESS est structuré autour de deux éléments : ScaleUp et Business Applications and Space Solutions (BASS), avec pour objectif de couvrir un large éventail de besoins commerciaux. Pour le directeur, cela signifie superviser un instrument qui ne se résume pas à un seul programme technologique, mais à un système de supports et d'outils avec lesquels on aide les entreprises de l'idée au marché.
ARTES 4.0 et projets de partenariat :Le concours indique que le directeur dirigera également des projets de partenariat commerciaux ARTES 4.0 en collaboration avec l'industrie et les opérateurs européens et canadiens, avec pour mission de maintenir et de renforcer davantage la nature commerciale d'ARTES. L'ESA souligne dans l'aperçu du programme ARTES que les communications par satellite sont le « moteur économique » de l'industrie spatiale et qu'ARTES s'efforce de maintenir l'industrie européenne et canadienne au sommet du marché mondial compétitif en favorisant l'innovation. Dans la même description, la logique du soutien public est mentionnée : l'industrie, avec le soutien de l'ESA, peut mener des activités de recherche et développement qui seraient autrement économiquement trop risquées, l'objectif étant que les investissements se transforment progressivement en produits et services commerciaux de maturité diverse.
Dans une présentation plus détaillée des projets de partenariat au sein d'ARTES 4.0, il est souligné que ce modèle rassemble l'industrie autour de grands programmes et développe des solutions innovantes en partenariat avec des opérateurs privés ou publics. Des objectifs tels que l'accroissement de l'industrialisation et le renforcement de la compétitivité de l'industrie européenne des communications par satellite sont décrits, ainsi qu'un élément de partage des risques : l'ESA assume les risques liés au développement de solutions innovantes, tandis que les opérateurs assument les risques commerciaux en réponse aux besoins du marché. En pratique, c'est précisément le domaine dans lequel le directeur doit maintenir l'équilibre entre ambition technologique, délais, coûts et véritable « market fit ».
ECSAT à Harwell : base opérationnelle et responsabilité de l'établissement
Le poste est rattaché à l'ECSAT, le centre de l'ESA situé sur le campus des sciences et de l'innovation de Harwell. L'ESA indique que l'ECSAT met fortement l'accent sur la coopération et le soutien aux activités qui dépassent les frontières des directions individuelles, et qu'en plus de son rôle de siège de la Direction de la connectivité et des communications sécurisées, il soutient les équipes travaillant sur la commercialisation, l'observation de la Terre, l'exploration humaine et robotique ainsi que la technologie, l'ingénierie et la qualité. Dans la partie consacrée à la commercialisation, l'ESA précise que l'ECSAT soutient les objectifs de la direction CIC en aidant les entrepreneurs européens dans le développement et la commercialisation de produits et services utilisant les capacités spatiales, et souligne le rôle d'ESA Space Solutions et du réseau d'activités d'incubation liées au site.
Pour le candidat choisi, il est également important que l'annonce prévoie le rôle de « Head of Establishment » (chef d'établissement) officiel à l'ECSAT. Cela signifie que le directeur ne gère pas seulement la stratégie du programme, mais aussi la partie gestion de l'établissement : il veille au bien-être, à la motivation, à la formation et au développement des carrières des employés, encourage l'initiative, la transparence et le flux d'informations et coordonne avec d'autres directions. Les responsabilités incluent également l'identification, l'évaluation, la gestion et le signalement des risques pour la santé et la sécurité au travail. Combiné au portefeuille de programmes, il s'agit d'une fonction exigeante qui implique une gestion à la fois « humaine » et « opérationnelle », et pas seulement une planification stratégique.
Qui peut postuler : expérience au niveau exécutif, leadership et réseau international
L'ESA indique dans l'annonce que les candidats doivent être titulaires d'au moins un master, le droit, l'économie, l'administration des affaires ou d'autres domaines techniques étant cités comme exemples de formation. Une expérience de plus de 10 ans sur des postes similaires de haute direction au niveau exécutif est requise, y compris la gestion d'équipes et de programmes dotés de budgets et de ressources humaines importants, de préférence dans un environnement international.
Parmi les compétences techniques, sont soulignées :
- un réseau de contacts développé et une compréhension profonde des défis et des opportunités de la commercialisation des programmes technologiques et/ou spatiaux ;
- une solide connaissance des principales parties prenantes de l'industrie spatiale en Europe et dans le monde ;
- la connaissance du cadre institutionnel de l'ESA ainsi que du secteur spatial européen et international ;
- une expérience prouvée en gestion d'entreprise, dans le développement de stratégies innovantes et dans la construction de relations avec les parties prenantes, ainsi que des compétences en négociation et la capacité d'influencer les décisions à un haut niveau.
La gestion des personnes est particulièrement soulignée : le directeur doit, selon l'annonce, savoir fixer une direction stratégique aux individus et aux équipes, lier les objectifs de l'équipe au contexte organisationnel changeant, encourager la performance au sein et entre les équipes et prendre des décisions opportunes, pragmatiques, de haute qualité et d'une grande intégrité. L'accent mis sur les relations et le leadership est logique étant donné que le directeur doit simultanément gérer les ressources internes, maintenir la coordination avec d'autres directions et construire des partenariats avec l'industrie et les États membres.
Langues, habilitations de sécurité et conditions de nationalité
Les langues de travail de l'ESA sont l'anglais et le français, et selon le concours, une bonne connaissance d'au moins une de ces deux langues est requise ; la connaissance d'une langue supplémentaire d'un État membre est considérée comme un atout. L'annonce précise également que les candidats doivent être éligibles à l'obtention d'une habilitation de sécurité par les autorités de sécurité nationales, et des tests psychométriques ainsi que d'autres évaluations peuvent faire partie du processus de sélection, avec la possibilité de demander des références en cas d'invitation à un entretien.
Les candidatures sont examinées exclusivement pour les ressortissants des États mentionnés dans l'annonce : Autriche, Belgique, République tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie, Espagne, Suède, Suisse et Royaume-Uni. Ce critère, associé aux exigences linguistiques et aux habilitations de sécurité, réduit considérablement en pratique le bassin de candidats potentiels, mais reflète en même temps les règles institutionnelles selon lesquelles l'ESA fonctionne et recrute.
Comment postuler et que faut-il joindre
Selon les instructions du concours, les candidats postulent via le site de recrutement de l'ESA, en utilisant l'option « Apply now », avec une lettre de motivation et un CV obligatoirement joints. La date limite de soumission est le 13 mars 2026 à 23h59 CET/CEST. L'annonce fournit également un contact électronique pour des informations supplémentaires concernant le recrutement du directeur.
Le concours peut également être lu comme un signal de la direction dans laquelle l'ESA souhaite lier plus étroitement ses programmes aux besoins du marché : de la stimulation des services de lancement commerciaux et du renforcement de l'accès européen à l'espace, à la création de conditions pour que les communications par satellite et les applications « downstream » passent plus rapidement de la phase de développement à des produits et services durables. Le nouveau directeur sera l'une des personnes clés qui devra transformer cette transition en programmes opérationnels, partenariats et résultats mesurables sur le marché.
Sources :- ESA Jobs – annonce « Director of Commercialisation and Industry Partnership » (Harwell, ECSAT), date de publication 30 janvier 2026, description des tâches et date limite de candidature 13 mars 2026 à 23h59 CET/CEST (lien)
- ESA – « European Launcher Challenge » : objectifs, calendrier, financement et liste des prestataires de services sélectionnés (lien)
- ESA – « Boost! overview » : description du programme de transport spatial commercial et éléments clés (lien)
- ESA ACCESS – « The ACCESS Programme » : but et structure du programme (ScaleUp et BASS) (lien)
- ESA – « ESA ECSAT » : description du site de Harwell et des activités du centre (lien)
- ESA Commercialisation Gateway – « CIC Directorate » : description de la direction CIC et de son rôle dans la politique industrielle et la commercialisation (lien)
- ESA – « About ARTES » : rôle du programme dans les communications satellites et la transformation des investissements R&D en produits et services commerciaux (lien)
- ESA CSC – « Partnership Projects » (ARTES 4.0) : description du modèle de partenariat, de l'industrialisation et de l'orientation marché des projets (lien)
- ESA – « ESA top management » : rôle du directeur général et structure des directeurs gérant les programmes et l'administration de l'ESA (lien)
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