Le WTTC avertit : les projets britanniques de taxes locales sur les nuitées pourraient affaiblir la croissance du tourisme, l’emploi et la compétitivité
Au Royaume-Uni, la question se rouvre de savoir s’il faut et comment introduire des taxes touristiques locales sur les nuitées en Angleterre. Fin 2025, le gouvernement a lancé une consultation qui donnerait à certains dirigeants locaux – прежде tout aux maires des régions urbaines – le pouvoir d’instaurer une « overnight visitor levy », une redevance appliquée aux courts séjours avec nuitées dans l’hébergement commercial. Les partisans affirment que cela garantirait une source stable d’investissements dans les transports, l’espace public et l’entretien des destinations qui attirent un grand nombre de visiteurs, tandis que les opposants avertissent que cela augmenterait le coût du séjour et risquerait de faire perdre une partie de la demande. Le débat voit désormais une forte implication du World Travel & Tourism Council (WTTC), qui estime que ces nouveaux prélèvements pourraient réduire la croissance, limiter la création d’emplois et affaiblir davantage la compétitivité mondiale des destinations britanniques.
L’avertissement du WTTC intervient au moment où la « visitor economy » britannique tente de se redresser et de se consolider après des années de perturbations dues à la pandémie, à l’inflation, à la hausse des coûts d’exploitation et aux changements des régimes de voyage. L’organisation, qui rassemble de grands acteurs privés du tourisme et des secteurs connexes, indique que le Royaume-Uni figure déjà parmi les destinations européennes les plus chères et que de nouvelles taxes sur l’hébergement peuvent influencer les décisions de voyageurs qui comparent le coût total d’un voyage. En pratique, préviennent-ils, même une redevance « modeste » peut faire basculer la décision pour de courts séjours urbains, surtout lorsque le voyageur choisit entre plusieurs villes européennes. L’essentiel, disent-ils, est qu’une charge supplémentaire est introduite à un moment où le secteur lutte déjà contre des coûts élevés et des règles complexes.
Ce que propose le gouvernement et qui serait concerné par la nouvelle compétence
Le 26 novembre 2025, le gouvernement a ouvert une consultation intitulée « Overnight visitor levy in England », afin de recueillir des avis sur la conception d’une nouvelle compétence pour les Mayoral Strategic Authorities en Angleterre. Selon le cadre officiel, ces compétences seraient détenues par les régions urbaines combinées dotées de maires élus au suffrage direct, y compris le maire de Londres, et les documents examinent aussi s’il convient d’étendre la compétence à d’autres formes de leadership local. La consultation traite des questions de périmètre : quels types d’hébergements payants entrent dans le dispositif, s’il faut inclure la location de courte durée, et comment définir les exemptions. Le gouvernement souligne qu’il ne propose pas un impôt national unique, mais un cadre dans lequel les dirigeants locaux peuvent, s’ils jugent cela approprié pour leur territoire, instaurer une redevance et en fixer les règles.
La date limite pour participer à la consultation est fixée au 18 février 2026 à 23:59. Ensuite, le gouvernement devrait publier un résumé des réponses reçues et expliquer les étapes suivantes, y compris une évaluation de la nécessité de modifications législatives. Le service de recherche parlementaire avertit que, si le processus se poursuit, des changements via une législation primaire seraient nécessaires, ce qui signifie que le modèle final passerait par un débat politique, d’éventuels amendements et des concertations supplémentaires avec les acteurs locaux et économiques. En toile de fond se trouve une politique plus large de décentralisation, car cette compétence est vue comme faisant partie d’un paquet donnant aux dirigeants locaux davantage d’outils fiscaux. C’est précisément pour cela que le débat dépasse le tourisme et touche aux questions de financement local, d’autonomie des régions urbaines et de répartition équitable des coûts générés par un grand nombre de visiteurs.
WTTC : coût supplémentaire et fragmentation des règles peuvent peser sur la demande
Dans un communiqué daté du 11 février 2026, le WTTC souligne que de nouvelles taxes locales sur les nuitées en Angleterre interviendraient à un moment sensible pour le secteur. L’organisation avertit que le tourisme britannique est en concurrence sur un marché où les clients comparent de plus en plus le « coût total du voyage », et pas seulement le prix de l’hébergement, et qu’un petit supplément peut influencer la décision pour de courts city breaks. Un risque supplémentaire évoqué est le scénario où chaque région instaurerait un montant, des exemptions et des règles de perception différents, créant un maillage de règles hétérogènes qui complique la planification des voyages et l’exploitation des entreprises. Le WTTC met en avant le problème de « fragmentation » : des modèles différents selon les villes peuvent donner l’impression que voyager au Royaume-Uni est administrativement et financièrement imprévisible. Dans un tel environnement, affirment-ils, une partie des voyageurs peut choisir des destinations alternatives offrant une structure de coûts plus simple.
L’organisation avertit également d’un effet en chaîne sur l’économie locale. Dans le tourisme, le prix de l’hébergement et le nombre de nuitées sont étroitement liés aux dépenses dans les restaurants, les commerces, les musées et les transports, de sorte qu’un petit changement de durée de séjour peut affecter les revenus de nombreux secteurs. Selon le WTTC, ce sont les petites et moyennes entreprises qui supportent le plus lourd fardeau en pratique : hôtels familiaux, loueurs privés, restaurateurs locaux et petites attractions. Elles ont moins de marge pour absorber de nouveaux coûts ou investir dans de nouveaux systèmes de perception et de reporting. Le WTTC insiste sur le fait qu’au-delà de la redevance elle-même, il faut considérer la charge administrative, car les obligations supplémentaires touchent souvent de manière disproportionnée les plus petites structures. Il avertit aussi qu’une partie du coût peut se répercuter sur le climat d’investissement, puisque les investisseurs en hôtellerie et restauration évaluent la rentabilité à long terme au regard de la stabilité et de la prévisibilité de la réglementation.
Compétitivité-prix du Royaume-Uni et comparaisons internationales
Le WTTC relie aussi l’argument de compétitivité à des classements internationaux. Dans ses analyses publiques, le WTTC souligne que le Royaume-Uni souffre d’une perception de « destination chère » et cite, comme référence, le Travel & Tourism Development Index 2024 du Forum économique mondial (WEF). La publication du WEF analyse un large ensemble de politiques et de conditions qui influencent le développement du tourisme, y compris des dimensions liées aux coûts de voyage et à l’accessibilité-prix. À partir de ces indicateurs, le WTTC conclut que des taxes supplémentaires sur l’hébergement pourraient dégrader la position du Royaume-Uni précisément dans le segment où la sensibilité aux prix est déjà forte. Même si les partisans de la levy soulignent que des redevances similaires sont fréquentes dans de grandes villes européennes et mondiales, le WTTC insiste sur le fait que chaque destination est en concurrence dans un environnement tarifaire et réglementaire spécifique et que l’effet ne peut pas être transposé automatiquement.
Dans l’espace public britannique, ce débat s’inscrit dans un contexte plus large des coûts de voyage et de la politique fiscale vis-à-vis du tourisme. Le WTTC a déjà averti que la combinaison de plusieurs mesures peut influencer la demande, des coûts d’entrée et de l’administration aux charges fiscales et à la suppression de certains incitatifs pour les acheteurs internationaux. Dans un communiqué de 2025, le WTTC soulignait par exemple que les dépenses internationales des visiteurs n’avaient pas encore totalement retrouvé les niveaux d’avant la pandémie et que la reprise dans certains segments se faisait plus lentement que dans des destinations concurrentes. L’organisation insiste souvent sur l’idée que le tourisme n’est pas seulement de la « consommation », mais aussi une exportation de services, avec un fort impact sur l’emploi et les chaînes d’approvisionnement locales. C’est pourquoi les avertissements sur de nouveaux coûts ne concernent pas seulement la facture d’hôtel, mais aussi un impact économique plus large. Dans ce cadre, le débat sur la levy devient une partie du débat sur la manière dont le Royaume-Uni veut positionner le tourisme dans sa stratégie de croissance.
Ce que mettent en avant les partisans de la levy : investissements locaux et répartition plus équitable des coûts
Les partisans de la compétence soutiennent que le tourisme, malgré ses bénéfices, génère aussi des coûts que les communautés locales peinent souvent à couvrir avec les budgets existants. Il s’agit de la pression sur les transports publics, le nettoyage, l’entretien de l’espace public, la sécurité, la gestion des foules et des infrastructures qui doivent fonctionner à charge maximale pendant la saison ou lors de grands événements. Dans son communiqué accompagnant la consultation, le gouvernement souligne que les recettes de la levy pourraient aider à financer des solutions de transport, des infrastructures et des programmes qui soutiennent directement l’économie des visiteurs. L’argument est qu’une partie des bénéfices du tourisme revient à la destination d’une manière qui améliore l’expérience des visiteurs et la qualité de vie des habitants. Une telle approche, affirment les partisans, réduit la dépendance aux transferts centraux et permet aux dirigeants locaux de réagir plus rapidement aux besoins de la destination. Le débat met aussi souvent en avant la nécessité de transparence, afin que le public puisse voir où l’argent a été dépensé et quels projets ont été financés.
Une partie des maires a publiquement salué l’idée comme un outil de renforcement des économies locales. Liverpool City Region indique dans sa communication que la région accueille un grand nombre de visiteurs et qu’une redevance « modeste » sur l’hébergement pourrait générer des fonds importants, fléchés vers des événements culturels, des infrastructures et le renforcement de la notoriété mondiale. Des acteurs du secteur culturel se sont également impliqués, affirmant qu’une partie des recettes devrait être affectée à l’infrastructure culturelle, car la culture et le patrimoine alimentent largement la demande touristique. Leur message est que la dépense touristique ne se maintient pas d’elle-même, mais exige des investissements continus dans les contenus, les événements et l’espace urbain. Dans cette logique, la levy est présentée comme un outil de financement de « biens publics » que le tourisme utilise, mais que les autorités locales peinent à financer sans revenus supplémentaires. Une condition clé des partisans est que les recettes soient clairement liées à des projets liés au tourisme, et non utilisées comme des recettes générales sans finalité claire.
L’Angleterre a déjà des modèles « de contournement » : Manchester et Liverpool
Même sans nouvelle loi, certaines destinations anglaises ont déjà trouvé des moyens de collecter des fonds supplémentaires sur les nuitées via des arrangements locaux. À Manchester, selon des informations citées par Liverpool BID Company, un supplément de 1 livre par nuit (plus TVA) est facturé dans le cadre d’un modèle lié à un Business Improvement District. Liverpool, via un Accommodation BID, a introduit une « visitor charge » de 2 livres par nuit, en expliquant que les fonds sont réinvestis dans la promotion et l’attraction d’événements ainsi que dans des activités renforçant le marketing de destination. Ces modèles sont souvent décrits comme des « solutions pragmatiques » en l’absence d’un cadre légal unique pour une taxe touristique en Angleterre. Mais c’est précisément pour cela qu’ils sont politiquement sensibles, car ils reposent sur des mécanismes locaux spécifiques et des accords avec le secteur privé. Dans l’opinion, cela est parfois perçu comme la preuve que des redevances peuvent être mises en place sans baisse significative de la demande, et parfois comme un avertissement que le système devient hétérogène et difficile à comprendre.
Cette diversité est aujourd’hui l’un des arguments de la consultation : faut-il qu’un nouveau cadre réduise le besoin de solutions de contournement et introduise des règles plus claires. En même temps, le WTTC et une partie de l’industrie avertissent que les exemples existants montrent déjà comment l’image du coût d’un voyage peut se compliquer pour les voyageurs. Si le système s’étend au niveau des régions de maires, la standardisation d’éléments minimaux sera cruciale – de la définition des hébergements dans le périmètre, à la manière d’afficher la redevance sur la facture, jusqu’aux règles de reporting sur l’utilisation des fonds collectés. La consultation sollicite des avis précisément sur ces éléments, y compris sur la question de l’existence d’un cadre national d’exemptions et de plafonds. La question est aussi celle du traitement des plateformes et des intermédiaires, car une partie de l’hébergement est réservée via des canaux numériques et la location de courte durée. Sur un tel marché, la différence entre « théorie » et « mise en œuvre » détermine souvent si le système sera efficace ou s’il créera des coûts supplémentaires sans bénéfice clair.
- L’attention se porte sur les questions de périmètre : quels types d’hébergement inclure et s’il faut exempter certaines catégories de séjours.
- On débat de la structure de la redevance : montant fixe par nuit ou modèle en pourcentage, et de la nécessité d’un plafond ou de lignes directrices.
- L’un des enjeux clés est la perception dans un environnement numérique, incluant plateformes et intermédiaires.
- Un élément important est la transparence : comment garantir que les recettes servent à des projets qui renforcent directement la destination.
Écosse et Pays de Galles : processus parallèles et exemple d’Édimbourg
Le débat anglais ne se déroule pas de manière isolée, car des taxes touristiques sont aussi introduites dans d’autres parties du Royaume-Uni. Selon des décisions antérieures et des informations médiatiques, Édimbourg a annoncé une taxe touristique sur l’hébergement qui devrait être pleinement appliquée à partir de juillet 2026, avec des règles limitant le nombre de nuits auxquelles la redevance s’applique. Cet exemple est souvent cité comme un précédent car il couvre un large éventail de formes d’hébergement, des hôtels aux locations de courte durée, et il est mis en place dans le cadre législatif écossais. En parallèle, au Pays de Galles, on débat des compétences et d’un modèle permettant aux autorités locales d’instaurer leur propre redevance touristique. Pour l’Angleterre, cela crée une pression politique supplémentaire : les partisans disent que les régions anglaises prennent du retard sans un outil similaire, tandis que les opposants avertissent du risque d’un renchérissement cumulatif des voyages au sein du Royaume-Uni. En pratique, cela signifie que le débat porte de moins en moins sur le fait que « la taxe touristique existe ailleurs » et de plus en plus sur un design applicable et équitable dans le contexte britannique.
Les processus écossais et gallois montrent aussi à quel point la conception est sensible. Les débats portent sur le caractère plus équitable d’un montant fixe par nuit ou d’un pourcentage du prix, sur l’exemption des enfants, des séjours plus longs ou des déplacements professionnels, et sur la manière de traiter la saisonnalité. Chacune de ces décisions affecte directement les recettes et la perception d’équité, mais aussi la mise en œuvre administrative. En Angleterre, on tente désormais d’ouvrir ces questions en amont pour éviter une improvisation ultérieure et des solutions politiques « de pompier ». Mais même avec la meilleure conception subsiste le dilemme fondamental : quel niveau de coût supplémentaire le marché peut supporter sans perdre des nuitées et des dépenses. Le WTTC appelle à la prudence et à une évaluation d’impact, tandis que les dirigeants locaux réclament un instrument leur permettant d’investir dans une infrastructure qui, selon eux, soutient le tourisme à long terme.
Ce qui suit après la consultation et où se situent les principales inconnues
Après la clôture de la consultation le 18 février 2026, le gouvernement devrait publier comment il a évalué les arguments de l’industrie, des autorités locales et des citoyens. S’il décide de poursuivre, le projet de loi devra régler plusieurs questions pratiques qui déterminent l’effet réel de la levy. La première concerne le niveau et la structure : y aura-t-il un plafond national ou des lignes directrices empêchant une hausse brutale de la redevance dans certaines destinations. La deuxième concerne la mise en œuvre sur le marché des plateformes, car une partie de l’hébergement n’est plus liée aux canaux hôteliers classiques et la collecte peut passer par plusieurs couches d’intermédiation. La troisième concerne la transparence et l’affectation : les recettes seront-elles strictement liées à des projets touristiques ou se déverseront-elles dans les budgets locaux généraux. La quatrième concerne la simplicité : le système sera-t-il suffisamment clair pour les voyageurs et suffisamment facile à mettre en œuvre pour les entreprises, en particulier les plus petites. Ce sont précisément ces questions opérationnelles qui déterminent souvent si la mesure sera perçue comme un investissement utile ou comme une hausse de prix supplémentaire.
L’avertissement du WTTC publié le 11 février 2026 renforcera probablement les demandes d’une évaluation plus détaillée des impacts sur la croissance, l’emploi et l’investissement avant toute décision. Le gouvernement devra, de son côté, convaincre le public qu’il s’agit d’un instrument qui renforce l’infrastructure locale et aide le tourisme à long terme, et non d’une charge supplémentaire introduite pour combler des trous budgétaires. Dans les prochaines semaines, le débat se résumera de plus en plus à des chiffres et des mécanismes : quel niveau de redevance peut rester modeste sans nuire à la demande, comment éviter la fragmentation des règles entre régions, et comment prouver que les recettes apportent des bénéfices visibles aux destinations. Pour le tourisme, l’issue ne sera pas seulement la question d’une redevance, mais aussi un signal sur la politique que le Royaume-Uni mène envers les visiteurs et les investisseurs. Pour les autorités locales, c’est un test pour savoir si elles obtiendront un outil financier capable de réorienter une partie de la dépense touristique vers des projets publics de long terme. Pour le secteur, c’est la question de l’équilibre entre l’investissement dans les destinations et une charge susceptible de modifier le comportement des voyageurs.
Sources :- GOV.UK – communiqué sur le plan permettant aux maires d’introduire une taxe sur les nuitées et d’investir dans la croissance locale ( link )- GOV.UK – consultation ouverte « Overnight visitor levy in England » avec clôture le 18 février 2026 ( link )- GOV.UK (PDF) – document de consultation sur la conception, le périmètre et les exemptions possibles de la levy ( link )- House of Commons Library – analyse de la proposition de compétence pour une visitor levy et du cadre législatif ( link )- WTTC – communiqué « WTTC warns that new UK tourism levies would dent growth, restrict jobs and reduce competitiveness » (diffusé les 10/11 février 2026) ( link )- World Economic Forum – Travel & Tourism Development Index 2024 (méthodologie et indicateurs liés à la compétitivité-prix) ( link )- WTTC – analyse des défis de compétitivité du tourisme britannique et des charges fiscales ( link )- WTTC – communiqué sur la baisse des dépenses des voyageurs internationaux et les politiques affectant l’attractivité du Royaume-Uni ( link )- Liverpool BID Company – informations sur le modèle de « visitor charge » et les montants à Liverpool et Manchester ( link )- Liverpool City Region – position du maire et justification des bénéfices d’une taxe locale sur l’hébergement ( link )- The Guardian – contexte sur l’exemple d’Édimbourg et les prélèvements locaux existants au Royaume-Uni ( link )
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