La République dominicaine et le Mexique au bord d'un conflit marketing : ce qui s'est réellement passé au FITUR de Madrid
La polémique qui a éclaté début février 2026 a montré à quel point la promotion touristique est devenue un domaine sensible où s'entremêlent intérêts commerciaux, image nationale et diplomatie. Après la clôture du salon international FITUR à Madrid, une partie de la scène touristique régionale a interpellé le ministre dominicain du Tourisme, David Collado, pour un prétendu « coup » porté au Mexique, au lieu de se concentrer sur la présentation de son propre pays. En arrière-plan se trouvent également d'énormes enjeux de marché : les deux destinations ciblent les mêmes clients européens pendant les mois d'hiver et se disputent les investissements, les liaisons aériennes et l'attention des médias mondiaux.Le débat s'est enflammé après que eTurboNews a publié un texte le 4 février 2026, indiquant que les communicateurs touristiques mexicains et un haut fonctionnaire étaient mécontents du ton des messages dominicains, affirmant que la promotion passait au dénigrement de la concurrence. La partie dominicaine souligne simultanément ses propres résultats et ambitions, tandis que les médias nationaux présentent la performance au FITUR comme une confirmation de la position internationale du pays. Puisqu'il y a peu de déclarations officielles et formelles des institutions dans le domaine public, une partie de l'histoire reste dans la sphère des impressions et des interprétations, mais le seul fait que le sujet ait pris de l'ampleur montre à quel point le marché touristique est sensible au ton et à la symbolique.
FITUR 2026 : une scène où l'on vend de l'influence, pas seulement des forfaits
Le FITUR (Feria Internacional de Turismo) à Madrid n'est plus depuis longtemps seulement un lieu où l'on négocie des vols charters et des capacités hôtelières disponibles. Le salon est devenu une plateforme où les États et les régions construisent leur réputation, attirent les investissements et envoient des signaux politiques importants sur la stabilité et l'ouverture aux partenariats internationaux. L'organisateur IFEMA MADRID indique que le FITUR 2026 s'est tenu du 21 au 25 janvier 2026, et que le Mexique était le pays partenaire du salon, un statut qui apporte traditionnellement une visibilité supplémentaire, un « avantage » de communication et un poids protocolaire.
El País, dans une revue du salon, a fait état de chiffres de fréquentation records et d'un haut niveau de présence internationale, ce qui explique davantage pourquoi les détails sur les pavillons font désormais partie d'une histoire plus large. Dans une telle foule et dans une telle compétition, les destinations se comparent naturellement, mais le dénigrement direct de la concurrence est généralement évité. Une réputation dans le tourisme se construit au fil des années et peut être ébranlée en quelques jours si l'impression se répand sur le marché que le jeu est « sale ». C'est pourquoi toute allusion suggérant qu'un pays est un « moins bon choix » peut déclencher une réaction rapide, surtout lorsqu'elle concerne un grand marché comme le Mexique, qui possède une forte présence en Europe et une offre diversifiée pour différents profils de voyageurs.
Comment est née la polémique : « promouvoir le sien, ne pas détruire celui de l'autre »
Selon eTurboNews, un haut responsable mexicain du tourisme a exprimé son mécontentement car il estime que la campagne dominicaine se transforme en messages qui pourraient décourager les touristes de se rendre au Mexique. La même source indique que le responsable a résumé le problème par l'idée que le ministre devrait mettre en avant la beauté de son propre pays, et non « parler en mal » d'une autre destination. Dans une industrie où la confiance et la perception de la sécurité sont essentielles, une telle évaluation, même lorsqu'elle provient de cercles informels, devient rapidement un sujet de débat parmi les agences, les voyagistes et les équipes de communication.
eTurboNews indique également que le débat a été déclenché par une question rhétorique posée lors d'un événement touristique latino-américain, demandant « où est le ministre mexicain du Tourisme ». Isolée, une telle phrase peut sonner comme une plaisanterie ou une improvisation devant un public. Cependant, dans le contexte d'une compétition de marché, elle peut être interprétée comme un « pique » public à la concurrence et une tentative de retirer une partie de son autorité à l'adversaire. La sensibilité croît aussi parce que tout s'est déroulé immédiatement après le FITUR, pendant une période où les destinations en Europe vendent de plus en plus de séjours d'hiver et les premiers forfaits de printemps, tandis que les grands voyagistes finalisent leurs plans pour la saison estivale. Au cours de telles semaines, une insinuation négative, même indirecte, peut déclencher une chaîne de questions et de doutes que le marché a du mal à ignorer.
La « guerre musicale » dans les pavillons : une impression qui a dépassé la limite du divertissement
L'épisode le plus raconté concerne l'atmosphère dans les pavillons. Selon eTurboNews, une partie des participants au salon a affirmé que la partie mexicaine commençait une présentation ou une annonce, et que la musique dominicaine avec des danseurs et des animations était ensuite augmentée à proximité immédiate, créant une puissante toile de fond compétitive. Il est important de souligner que dans les résumés des organisateurs accessibles au public, il n'y a aucune plainte formelle enregistrée qui confirmerait l'incident comme un différend officiel. De ce fait, cette partie de l'histoire repose sur les impressions des participants et les descriptions des médias, et non sur un protocole documenté.
Pourtant, dans le monde des salons professionnels, l'impression détermine souvent le récit. Une fois qu'une histoire prend racine, elle est relayée par les journalistes et les portails spécialisés, puis entre dans les conversations de l'industrie et les bulletins de communication. De nombreux participants à de tels événements savent que « qui a été le plus fort » et « qui a dominé l'espace » peut devenir un sujet de discussion tout autant que les contrats signés. Pour les destinations caribéennes, une approche performative n'est pas inhabituelle : la musique, la danse et une atmosphère accentuée font partie d'une identité vendue au même titre que le soleil et la mer. Mais lorsque des stands voisins se disputent le même public, et que l'un d'eux représente le pays partenaire du salon, des éléments même apparemment anodins prennent facilement un poids diplomatique. Dans de telles situations, la question n'est plus de savoir qui a la chorégraphie la plus attrayante, mais qui respecte le protocole et l'espace de l'autre.
Le message dominicain de Madrid : le tourisme comme moteur, l'investissement comme preuve de force
Parallèlement à la polémique, la partie dominicaine à Madrid a fortement souligné la dimension économique du tourisme. Dominican Today a rapporté que le ministre David Collado, lors de l'ouverture du stand dominicain au FITUR 2026, a mis en avant le salon comme une plateforme internationale clé pour la promotion des investissements, des partenariats et de la croissance de la destination. DR1, dans un texte lié aux apparitions au salon, a transmis le message de Collado selon lequel le tourisme en République dominicaine doit être mieux compris comme un moteur économique de premier plan, accompagné d'une délégation mentionnant également des représentants des secteurs hôtelier et financier.
Une telle insistance n'est pas fortuite. Dans l'industrie touristique d'aujourd'hui, ce ne sont pas seulement les plages et les hôtels qui sont en compétition, mais aussi les conditions d'investissement, la réglementation et la capacité de l'État à développer les infrastructures et à préserver sa réputation de destination sûre. Lorsqu'un ministre parle de la « force mondiale » du tourisme lors d'un salon international, le message s'adresse autant aux voyageurs qu'aux fonds, banques et investisseurs. Dans l'espace public dominicain, le FITUR a été présenté comme la confirmation que le pays peut rivaliser avec des marchés plus vastes, ce qui explique aussi pourquoi les réactions aux critiques sont sensibles.
Cependant, dans le même temps, la question s'est posée de savoir à quel point les chiffres annoncés sont solidement fondés et quand des résultats concrets peuvent être attendus. Le portail Acento, dans une analyse du FITUR 2026, indique que des annonces ambitieuses d'investissements et de nouvelles capacités ont été communiquées après le salon, et prévient que les chiffres promotionnels créent parfois une impression qui ne signifie pas automatiquement une réalisation rapide sur le terrain. Cette différence entre annonce et exécution est importante car le marché, en particulier les investisseurs et les partenaires internationaux, recherchent des signaux clairs sur la faisabilité et le calendrier des projets. Dans une situation où l'impression d'une communication agressive envers la concurrence apparaît aux côtés de grandes annonces, le risque de réputation croît et la responsabilité de la communication devient plus grande.
Le Mexique comme pays partenaire : pourquoi la symbolique du statut est importante
Le statut de pays partenaire du FITUR n'est pas seulement une étiquette marketing. Il porte l'attente que le pays bénéficiera d'une visibilité institutionnelle accrue, de créneaux supplémentaires dans le programme et d'un « poids » protocolaire dans la communication du salon. L'IFEMA souligne sur ses pages officielles que le Mexique a eu précisément ce rôle en 2026, ce qui se manifeste en pratique par une présentation ciblée et des activités supplémentaires liées au programme du salon. Dans un tel cadre, l'impression que le « projecteur est détourné » du pays partenaire vers un stand voisin peut être interprétée comme une provocation, même lorsqu'aucune règle n'a été formellement enfreinte.
Pour le Mexique, il est d'autant plus important que, dans la promotion européenne, il tente depuis des années d'éviter de simplifier la destination à un seul type de vacances. Le Mexique se présente comme une combinaison de tourisme caribéen et pacifique, de grandes villes, d'itinéraires culturels, de gastronomie, de parcs naturels et de voyages d'affaires. C'est pourquoi les messages qui le réduisent à « une riviera » ou le présentent comme une destination à éviter sont particulièrement sensibles. eTurboNews souligne précisément cette diversité dans son compte-rendu et affirme qu'une partie du côté mexicain est frustrée lorsque le Mexique est réduit à une seule côte dans le discours international.
Ce conflit de récits n'est pas seulement une question de prestige. Sur un marché de plus en plus segmenté en niches, les destinations veulent prouver l'étendue de leur offre : vacances en famille, voyages d'aventure, gastronomie, contenus culturels et city breaks. Dans un tel environnement, un message suggérant qu'un concurrent est « unidimensionnel » ou « indésirable » peut avoir des conséquences plus larges qu'un simple spin médiatique.
Où s'arrête la promotion et où commence la provocation
Sur le marché touristique, la concurrence est normale, mais le ton et la méthode font la différence. La promotion se construit le plus souvent sur la mise en avant de ses propres avantages : accessibilité, sécurité, qualité de l'hébergement, offre d'excursions et d'expériences, ainsi que sur des informations logistiques claires pour les voyageurs. La provocation commence lorsque le concurrent est présenté comme un risque ou un mauvais choix, même sans mention directe, car le public « traduit » facilement le message dans un cadre binaire : une destination est bonne, l'autre est problématique.
C'est précisément la raison pour laquelle, selon eTurboNews, une partie du côté mexicain a réagi en déclarant que l'accent devrait rester mis sur la « force de la destination » et non sur la destruction de l'image d'un autre pays. Un ton négatif peut attirer l'attention à court terme, mais à long terme, il augmente le coût de la communication de crise et fatigue le marché. Dans le tourisme, où l'acheteur prend souvent une décision basée sur l'émotion et la confiance, une telle approche peut s'avérer contre-productive.
Du côté dominicain, une performance plus agressive peut être interprétée comme faisant partie de la lutte pour les parts de marché. La République dominicaine est depuis des années fortement positionnée comme une destination caribéenne pour les modèles tout compris, et le marché européen durant les mois d'hiver et du début du printemps revêt une importance particulière. En concurrence avec le Mexique, qui propose à la fois une côte caribéenne, de grandes villes et des contenus culturels, la République dominicaine s'appuie souvent sur un message clair et simple : complexes hôteliers, plages, vacances logistiquement « faciles » et forfaits vacances. Une telle stratégie peut être très efficace, mais elle a aussi des limites. Lorsqu'une marque se construit presque exclusivement sur un seul produit, une tentative de « ravir » une partie du public à un concurrent ressemble facilement à une attaque plutôt qu'à une invitation convaincante.
En ce sens, la polémique autour du FITUR n'est pas seulement une question de style personnel du ministre, mais aussi une question de stratégie : la République dominicaine va-t-elle s'étendre vers des expériences et des messages plus diversifiés ou restera-t-elle fidèle à une communication « balnéaire » forte mais étroite. Pour le marché, en particulier européen, qui recherche de plus en plus des expériences personnalisées, l'orientation de la stratégie peut devenir plus importante que n'importe quel épisode de salon.
La dimension politique plus large : institutions touristiques internationales et liens personnels
La polémique a pris une dimension supplémentaire par la mention des relations de la direction du tourisme dominicain avec Zurab Pololikashvili, le chef de l'Organisation mondiale du tourisme de l'ONU, qui se présente de plus en plus au niveau de sa communication sous le nom d'UN Tourism ces dernières années. eTurboNews indique que les responsables dominicains ont été, au cours des années précédentes, parmi les alliés les plus bruyants de Pololikashvili et que des histoires circulaient dans les coulisses de l'industrie sur des calculs politiques par rapport aux ambitions mexicaines dans les structures touristiques internationales.
Les documents officiels accessibles au public qui confirmeraient directement ces affirmations de coulisses ne sont pas cités dans la source, on peut donc les considérer comme un cadre contextuel expliquant pourquoi une partie de l'industrie est enclin à voir « plus de politique » dans les événements du salon. Mais le seul fait que les institutions internationales soient mentionnées dans des textes touristiques montre à quel point le secteur est devenu lié à la géopolitique, au lobbying et à la lutte pour l'influence. Dans un tel environnement, même des gestes symboliques, comme de la musique forte ou des questions rhétoriques, peuvent être interprétés comme faisant partie d'une compétition plus large.
Quelle suite : diplomatie silencieuse ou poursuite de la compétition
Pour l'instant, rien n'indique que la polémique se transformera en un différend diplomatique officiel entre Saint-Domingue et Mexico. Le FITUR s'est achevé le 25 janvier 2026, et le débat ne s'est enflammé dans l'espace public qu'au début du mois de février, principalement à travers des articles de presse et des réactions de l'industrie touristique. En pratique, ces malentendus se règlent souvent en coulisses : par des entretiens bilatéraux, un accord sur le ton de la communication et une planification plus rigoureuse des apparitions lors des prochains salons internationaux.
Pourtant, l'épisode de Madrid soulève une question clé pour l'ensemble du secteur : jusqu'où un État peut-il aller dans sa promotion lorsqu'il est en concurrence pour les mêmes voyageurs, investissements et liaisons aériennes. À une époque où le tourisme est de plus en plus lié à une réputation de sécurité, de durabilité et de stabilité politique, l'attention à court terme peut se faire au prix de tensions à long terme. Si 2026 reste dans les mémoires de l'industrie comme l'année où le merengue et les mariachis se sont transformés en symbole de confrontation marketing, le véritable vainqueur sera celui qui, parallèlement à une performance visible, saura garder une mesure professionnelle. Le tourisme, en fin de compte, vend une expérience, mais aussi de la confiance, et la confiance se construit plus lentement que le volume de la musique n'augmente sur les haut-parleurs d'un salon.
Sources :- eTurboNews – rapport sur la polémique entre la République dominicaine et le Mexique et descriptions des événements et réactions après le FITUR (lien)
- IFEMA MADRID / FITUR – informations officielles sur les dates du FITUR 2026 et le rôle du Mexique en tant que pays partenaire (lien)
- Dominican Today – actualité sur l'ouverture du stand dominicain au FITUR 2026 et les points forts du ministre du Tourisme (lien)
- DR1 – rapport sur les messages de Collado au FITUR 2026 et le positionnement du tourisme comme moteur économique (lien)
- Acento – analyse des annonces dominicaines du FITUR 2026 et examen critique des chiffres d'investissement publiés (lien)
- El País – aperçu des chiffres records du FITUR 2026 et de la présence internationale au salon (lien)
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