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La Lombardie et l’OACM annoncent la certification White Flag du lac de Côme et du lac de Garde avec un programme SAFE pour les eaux intérieures

Nous présentons un aperçu du plan par lequel la Lombardie veut certifier des parties du lac de Côme et du lac de Garde via White Flag et le programme SAFE pour les eaux intérieures. Nous avons vérifié ce que l’OACM promet, quelles mesures sont évoquées pour les déchets, les microplastiques et le monitoring, et pourquoi des experts réclament des données publiques et un contrôle indépendant avant l’attribution du label.

La Lombardie et l’OACM annoncent la certification White Flag du lac de Côme et du lac de Garde avec un programme SAFE pour les eaux intérieures
Photo by: Domagoj Skledar - illustration/ arhiva (vlastita)

Lombardie et OACM : annonce de la certification du lac de Côme et du lac de Garde dans le cadre de l’« économie bleue » sur les eaux intérieures

La Lombardie, région italienne la plus développée et la plus peuplée, recherche depuis quelques années de manière de plus en plus ouverte des modèles qui associent tourisme, protection de l’environnement et économie locale. Dans ce contexte, une annonce de coopération avec l’initiative Ocean Alliance Conservation Member (OACM) est apparue dans l’espace public : via sa marque White Flag International, elle promeut un système de certification de zones « SAFE » et des programmes de retrait physique des déchets des écosystèmes aquatiques. D’après les documents de l’OACM, le champ d’action s’étend de plus en plus aussi aux lacs et aux rivières, avec l’idée qu’une partie des standards développés pour les zones côtières pourrait également s’appliquer aux eaux intérieures, notamment là où le tourisme et la protection de la nature dépendent de la qualité réelle de l’environnement.

En Lombardie, dans ce cadre, deux « moteurs » symboliques du tourisme du nord de l’Italie sont le plus souvent cités : le lac de Côme et le lac de Garde. Les deux territoires vivent depuis des années d’une combinaison de paysages, de patrimoine culturel, de gastronomie et d’offre de luxe, mais ils subissent en même temps la pression des visites de masse, du trafic de bateaux, de la charge sur les infrastructures et du problème plus large de la pollution – des déchets visibles aux micropolluants de plus en plus difficiles à mesurer.

Qu’est-ce que l’OACM et que signifie la certification White Flag

L’OACM se décrit sur ses propres pages comme une initiative mondiale axée sur des « mesures concrètes » de protection des écosystèmes aquatiques, incluant les océans, les lacs et les rivières, en mettant l’accent sur le retrait physique des déchets plastiques et des déchets aquatiques du fond et des zones littorales. Dans le même cadre opère White Flag International, qui promeut une procédure de certification des zones après nettoyage et un contrôle périodique, la terminologie de l’OACM mentionnant souvent le label CSMA (Certified SAFE Marine Area) – pour clarification, dans leurs descriptions, CSMA peut aussi concerner les lacs et les rivières, pas uniquement la mer.

L’OACM indique que la certification est menée avec l’implication d’inspecteurs White Flag et d’équipes techniques, et qu’une partie de la procédure comprend des mesures et une documentation de l’état de la zone avant et après l’intervention. Des documents connexes décrivant les protocoles de certification mentionnent aussi des mesures de sédiments et des évaluations de la pollution par microplastiques comme l’un des éléments permettant de comprendre l’état initial et le risque de re-pollution.

Il est important de noter également que, dans l’espace public, des débats portent parfois sur la crédibilité et les modes d’action de l’OACM. Par exemple, le portail d’investigation maltais The Shift News a déjà écrit de manière critique sur certaines activités et promotions liées à l’initiative White Flag. Cela ne doit pas automatiquement invalider chaque action locale de nettoyage, mais c’est un signal que toute éventuelle application du certificat en Lombardie doit être la plus transparente possible : avec une méthodologie clairement publiée, des mesures indépendantes, des rapports accessibles au public et une conformité aux réglementations italiennes et européennes.

Pourquoi le sujet se déplace vers les lacs : « économie bleue » et eaux intérieures

La Commission européenne définit l’« économie bleue » comme un ensemble de secteurs et d’activités liés à la mer, au littoral et aux ressources en eau, en mettant l’accent sur la durabilité, l’innovation et l’inclusion sociale. Dans les documents officiels de l’UE, l’accent reste fortement mis sur les secteurs marins et côtiers (comme le transport maritime, la pêche, le tourisme côtier et les énergies renouvelables en mer), mais, de plus en plus, les débats scientifiques et professionnels utilisent une interprétation plus large qui inclut aussi le tourisme et les activités économiques liées aux systèmes d’eau douce.

Pour la Lombardie, ce lien est naturel : la région est densément peuplée, intensément industrialisée et fortement orientée vers le tourisme, tout en dépendant de la qualité des eaux pour l’approvisionnement en eau potable, l’irrigation, les loisirs et la préservation des écosystèmes. Des travaux scientifiques sur l’état des eaux intérieures en Lombardie mettent en garde contre une combinaison complexe de risques – de l’héritage des pesticides et des pollutions chimiques aux pressions liées à l’utilisation énergétique des rivières et aux interventions hydrotechniques.

Lac de Côme : marque de luxe et question de la qualité réelle de l’eau

Le lac de Côme est une marque touristique mondialement reconnue, mais sa valeur dépend de la capacité du lac à rester sûr et attractif pour les habitants et les visiteurs. Dans la littérature scientifique récente, on voit particulièrement des recherches qui suivent les « micropolluants » (par exemple des traces de produits pharmaceutiques) et leur parcours dans le cycle de l’eau – des affluents et des stations d’épuration à l’eau du lac et, dans certains cas, à l’eau potable produite à partir du lac. Ces travaux, publiés dans des revues à comité de lecture, indiquent que le problème de la qualité de l’eau ne peut pas se réduire à ce qui est visible à l’œil (déchets flottants), mais exige un suivi systématique, des investissements dans le traitement des eaux usées et des mesures de réduction des apports de polluants.

C’est précisément pourquoi certains experts avertissent que les certificats et labels n’ont de sens que s’ils sont liés à des indicateurs mesurables et à un suivi continu, et non seulement à une opération de nettoyage ponctuelle. Si la Lombardie s’engage réellement vers la « certification » de certaines parties du lac de Côme, les questions clés seront : qui mesure, selon quelles normes, à quelle fréquence, quels seuils déclenchent une intervention et comment les résultats sont communiqués au public.

Lac de Garde : le plus grand lac d’Italie sous la pression du tourisme

Le lac de Garde, le plus grand lac d’Italie, s’étend sur trois régions – la Lombardie, la Vénétie et le Trentin-Haut-Adige – et constitue une ressource touristique et économique majeure. Justement en raison de cette nature interrégionale, la gestion de la qualité de l’eau et de la protection de l’environnement y est plus complexe que dans des systèmes situés au sein d’une seule entité administrative.

Des recherches scientifiques récentes constatent la présence de plastique et de microplastiques dans les systèmes lacustres, et, dans le cas du lac de Garde, des études ont utilisé des technologies pratiques de collecte des déchets flottants (comme des dispositifs de type « Seabin ») afin de suivre simultanément la composition et la variabilité saisonnière des déchets – les saisons touristiques pouvant modifier sensiblement les quantités et les types de particules enregistrées. Les institutions européennes, via des projets financés par des fonds de l’UE, soulignent en outre le problème des microplastiques dans les systèmes d’eau douce et l’importance du suivi et de l’amélioration de l’efficacité des stations d’épuration, car une partie des microplastiques reste dans le processus de traitement, mais une partie finit dans l’environnement.

De tels résultats ne signifient pas que le lac de Garde est « perdu » ou dangereux, mais rappellent que la réputation touristique et la résilience écologique réelle ne vont pas toujours de pair. Si l’on parle d’un certificat qui donnerait au lac de Garde et à la Lombardie un supplément de dynamisme marketing et réputationnel, les critères doivent alors être suffisamment stricts pour résister à l’examen de la science et des régulateurs – et suffisamment clairs pour être compris par les communautés locales et les visiteurs.

Ce que « Certified SAFE Continental Water » pourrait signifier en pratique

Dans les annonces publiques et les promotions associées à l’OACM, le terme « Certified SAFE Continental Water » apparaît, suggérant une adaptation du concept de zones « SAFE » aux eaux intérieures. L’OACM et White Flag International incluent déjà les lacs et les rivières dans leurs descriptions du concept CSMA, en soulignant le retrait physique des déchets, la certification et un contrôle périodique. Toutefois, il n’est pas clair à ce stade s’il existe une norme unique, largement acceptée et vérifiée de manière indépendante pour les eaux « continentales » comparable aux dispositifs internationaux établis dans le tourisme ou l’environnement.

C’est pourquoi, si la Lombardie se lance réellement dans un tel programme, il sera crucial de distinguer deux niveaux :
  • le niveau opérationnel : actions concrètes de nettoyage, retrait des déchets, organisation des équipes et logistique, ainsi que des mesures pour prévenir une nouvelle pollution
  • le niveau de crédibilité : publication de la méthodologie, implication d’institutions publiques, de laboratoires indépendants et d’universités, et comparabilité des données dans le temps
Sans ce second niveau, l’étiquette « certifié » peut facilement glisser vers un pur PR. Avec lui, en revanche, le certificat peut devenir un outil de gouvernance : un signal au secteur touristique que les standards montent, mais aussi un instrument de pression pour accélérer les investissements dans l’assainissement, le traitement et le suivi.

Le rôle des institutions publiques et la question de la transparence

En Italie et dans les cadres de l’UE, la gestion de l’eau et de l’environnement s’appuie sur des règles qui dépassent les campagnes locales : des standards de qualité de l’eau aux obligations en matière d’eaux usées et de protection de la nature. C’est pourquoi, en cas d’implication de l’OACM et de White Flag en Lombardie, il serait essentiel que le processus ne reste pas au niveau d’une initiative privée ou semi-privée, mais qu’il soit aligné avec un contrôle public et les mécanismes réglementaires existants.

L’expérience de la gestion des grands systèmes lacustres montre que les meilleurs résultats sont possibles lorsque trois composantes sont réunies : services communaux locaux et agences de l’eau, institutions scientifiques capables d’assurer la méthodologie et l’interprétation des données, et secteur touristique qui a intérêt à investir dans la réputation, mais aussi la responsabilité de réduire sa propre empreinte écologique. En ce sens, la Lombardie – si elle veut créer un « précédent » pour le tourisme des eaux continentales – devrait garantir des rapports annuels accessibles au public, des données de mesure et des plans d’intervention, indépendamment de l’acteur qui réalise le nettoyage opérationnel.

Contexte plus large : microplastiques et pollutions « invisibles »

Les microplastiques dans les lacs deviennent un sujet européen non seulement pour des raisons d’esthétique et de tourisme, mais aussi à cause de l’impact sur la biodiversité et des risques potentiels pour la santé humaine. Des projets financés par l’UE indiquent que les stations d’épuration peuvent retenir une partie des microplastiques, mais pas la totalité, de sorte que des particules finissent dans l’environnement, où elles peuvent affecter les organismes d’eau douce. Dans des travaux scientifiques sur les lacs en Italie, y compris le système du lac de Garde, on souligne l’effet saisonnier du tourisme sur les quantités de déchets et la nécessité d’un monitoring standardisé.

Pour le lac de Côme, les recherches sur les micropolluants et les traces pharmaceutiques signalent un spectre de problèmes encore plus large : même avec un rivage relativement propre, des traces chimiques et des microparticules peuvent rester dans le système, si bien que la politique de protection ne peut pas se réduire au « nettoyage » au sens étroit. C’est précisément là que s’ouvre un espace pour un nouveau type de politique touristique : celle qui lie sécurité et luxe à une écologie mesurable, et non seulement à l’image de la destination.

La certification deviendra-t-elle un standard ou restera-t-elle une expérience ?

Les annonces d’une démarche « pionnière » de la Lombardie dans la certification des eaux intérieures s’inscrivent dans des débats européens plus larges sur la durabilité du tourisme et la transition vers des modèles économiques plus verts. Par ses stratégies d’économie bleue durable, la Commission européenne souligne que la croissance du secteur doit être alignée sur la protection des ressources et l’inclusivité, et les rapports sur l’économie bleue suivent de plus en plus finement les effets économiques et les tendances. Mais la différence entre stratégie et réalité se voit souvent précisément au niveau local : là où se heurtent les intérêts du tourisme, des infrastructures, des populations locales et de l’écologie.

Si le programme en Lombardie se concrétise réellement, ses critères effectifs seront visibles dans deux éléments : les données (ce qui est mesuré et ce qui est publié) et la continuité (ce qui se passe après la première vague d’attention médiatique). Dans le meilleur des cas, la certification du lac de Côme et du lac de Garde pourrait devenir un levier pour un ensemble plus large de mesures : contrôle plus strict des déchets des bateaux, investissements dans le traitement, standards pour les opérateurs touristiques, éducation des visiteurs et suivi systématique des pollutions. Dans le cas contraire, l’étiquette pourrait se réduire à un ajout marketing de courte durée qui ne change pas le tableau écologique – et c’est précisément le risque que soulignent aussi certains regards critiques d’une partie des médias.

Sources :
- Commission européenne (DG MARE) – explication du concept d’économie bleue durable (link)
- Publications Office of the EU / Commission européenne – « The EU Blue Economy Report 2025 » (publication officielle et PDF) (link)
- OACM – description du programme et focus sur les océans, les lacs et les rivières (link)
- OACM – White Flag International et définition des zones CSMA/« SAFE » (link)
- White Flag International – aperçu de l’initiative et exemples d’attribution (« award ») (link)
- ScienceDirect – recherche sur les micropolluants dans le lac de Côme (traces pharmaceutiques comme indicateurs) (link)
- MDPI – suivi saisonnier du plastique et des microplastiques dans la partie nord du lac de Garde (link)
- CINEA (Commission européenne) – projet LIFE BLUE LAKES et résultats sur les microplastiques dans les systèmes liés au lac de Garde (link)
- MDPI – aperçu des défis de la gestion des eaux intérieures en Lombardie (pollutions et potentiel hydroélectrique) (link)
- The Shift News – regard critique sur les promotions et activités White Flag/OACM (contexte des débats sur la crédibilité) (link)

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Heure de création: 2 heures avant

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