La « diplomatie de l'aviation » saoudienne en plein essor : le Future Aviation Forum 2026 à Riyad veut confirmer l'ambition du Royaume de devenir un nouveau hub mondial
Au printemps 2026, l'Arabie saoudite réunira à nouveau l'élite de l'aviation mondiale à Riyad, où se tiendra la quatrième édition du Future Aviation Forum du 20 au 22 avril. L'événement est organisé par l'Autorité générale de l'aviation civile (GACA) et est annoncé comme un lieu où les affaires se négocient, les règles réglementaires s'harmonisent et l'influence internationale se construit – à un moment où le Royaume met en avant des indicateurs de trafic records et accélère les projets liés au programme Vision 2030.
Le Forum se tient au King Abdulaziz International Conference Center (KAICC) à Riyad et est, selon l'organisateur, placé sous le thème
« Unlocking Global Growth, Designing the Future Sky ». La GACA indique que plus de 12 000 participants de plus de 150 pays sont attendus, dont des ministres, des régulateurs, des dirigeants de compagnies aériennes, des fabricants, des aéroports, des sociétés de leasing et des fournisseurs de technologies. L'événement est également politiquement important : l'agence de presse d'État saoudienne a rapporté qu'il se déroule sous le patronage du roi Salman bin Abdulaziz Al Saoud, avec des messages de la direction de l'État affirmant que le développement des transports et de la logistique est l'un des piliers clés de la transformation économique.
Pourquoi Riyad veut que le monde entier parle du ciel précisément en Arabie saoudite
Les investissements saoudiens dans l'aviation ces dernières années ont dépassé le cadre de l'expansion classique des infrastructures et de l'ouverture de nouvelles lignes. Selon les documents stratégiques publiés par la GACA, un objectif plus large est en jeu : atteindre
330 millions de passagers par an d'ici 2030, se connecter à
plus de 250 destinations et porter la capacité de
fret aérien à 4,5 millions de tonnes. Les mêmes documents mentionnent une enveloppe d'investissement de
plus de 100 milliards de dollars américains (combinaison de capitaux publics et privés) ainsi que l'ambition de faire de Riyad et de Djeddah deux hubs principaux pour le trafic de passagers et de fret.
De tels objectifs ne sont pas seulement une histoire de tourisme. Dans le contexte des chaînes d'approvisionnement mondiales, de l'évolution des flux commerciaux et des exigences de sécurité croissantes, l'aviation devient un instrument de résilience économique et de positionnement international. Le Future Aviation Forum est donc de plus en plus décrit comme une forme de « diplomatie de l'aviation » : il cherche à réunir en un seul lieu accords bilatéraux, annonces d'investissement, normes réglementaires et tendances technologiques – des carburants durables à l'intelligence artificielle dans la gestion des flux de passagers.
Les chiffres que l'Arabie saoudite met en avant comme preuve d'une « croissance record »
Les institutions saoudiennes soulignent, à l'approche du forum, les résultats de l'année 2024, au cours de laquelle
plus de 128 millions de passagers ont transité par les aéroports du Royaume. Selon les données officielles publiées dans les communiqués de l'État et sur les pages du régulateur, il s'agit d'une croissance de 15 % par rapport à 2023 et de 25 % de plus que lors de la période pré-pandémique. Les mêmes données indiquent que 59 millions de passagers ont voyagé sur des lignes intérieures et 69 millions sur des lignes internationales, ce que la partie saoudienne interprète comme un signe de renforcement du marché intérieur et de la connectivité internationale.
Une telle croissance, ainsi que l'expansion du nombre de routes et le renforcement du trafic de fret, sont utilisés comme argument pour prouver que Vision 2030 entre dans une phase de réalisation opérationnelle et non plus seulement d'annonces. Dans ce récit, l'ouverture de nouvelles liaisons avec l'étranger joue un rôle important. Depuis des années, la partie saoudienne souligne la nécessité d'intensifier les accords bilatéraux sur les services aériens comme condition préalable à l'expansion du réseau et à l'entrée de nouveaux transporteurs, mais aussi comme base pour attirer des investissements dans les aéroports, la logistique et les services connexes.
L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) indique dans un document de travail relatif au Future Aviation Forum que l'édition 2024 a réuni plus de 8 500 participants de 130 États, dont des ministres et des chefs des autorités de l'aviation civile, et que les discussions et accords se sont concentrés sur les infrastructures, le fret aérien, la maintenance et la réparation (MRO), la formation et la durabilité. Dans le même contexte, les thèmes technologiques tels que l'intelligence artificielle dans les solutions pour passagers, le développement de carburants à faible teneur en carbone et la mobilité aérienne avancée sont mis en avant.
Concurrence avec les « géants » régionaux : Dubaï et Doha restent des références, mais Riyad construit plusieurs piliers simultanément
Dans le contexte régional, la stratégie saoudienne est inévitablement comparée au rôle que Dubaï et Doha jouent depuis des décennies, avec des compagnies comme Emirates et Qatar Airways, et un modèle développé de hubs de transit. Cependant, les plans saoudiens tentent de construire plusieurs piliers simultanément : un volume intérieur important (lignes intérieures), une croissance du tourisme entrant, un segment de fret plus fort et une nouvelle vague de liaisons internationales long-courriers qui devraient donner à Riyad le statut de principale « fenêtre d'entrée » dans le pays.
Le projet le plus visible dans cette histoire est
Riyadh Air, un nouveau transporteur développé avec le soutien du fonds d'investissement de l'État. Parallèlement, Saudia modernise sa flotte et élargit son offre, tandis que le segment low-cost gagne un rôle croissant dans la connexion des points régionaux et touristiques. La stratégie saoudienne, telle que présentée par le régulateur, parle de l'objectif de développer deux transporteurs de passagers et de fret d'importance mondiale, ainsi qu'un écosystème plus large d'entreprises qui rempliront le réseau et renforceront l'accessibilité des vols.
Ce modèle de concurrence est particulièrement intéressant car il ne vise pas seulement l'interception des passagers en transit, mais aussi le changement des habitudes de voyage vers l'Arabie saoudite en tant que destination. Cela inclut les voyages d'affaires, les voyages religieux et un segment touristique en pleine croissance qui devrait assurer une demande stable. En pratique, le succès d'une telle stratégie dépendra de la rapidité des projets d'infrastructure, de la stabilité des règles, des prix et de la qualité du service, mais aussi de la mesure dans laquelle les partenaires mondiaux accepteront Riyad comme un hub pratique et fiable sur leurs propres réseaux.
L'infrastructure comme message politique : du roi Salman à la modernisation des hubs existants
Le symbole central de l'ambition saoudienne en matière d'infrastructure est le
King Salman International Airport à Riyad, un mégaprojet qui devrait étendre considérablement les capacités de la capitale d'ici 2030 et créer une base pour l'expansion du réseau international. En parallèle, des mises à niveau des hubs existants, la modernisation des terminaux et la numérisation des processus – du contrôle des frontières à la gestion des bagages et à l'embarquement – sont prévues afin d'augmenter le débit et de réduire les goulots d'étranglement opérationnels.
De tels projets ont une double fonction. La première est opérationnelle : sans capacités accrues, il est difficile d'atteindre les objectifs de 330 millions de passagers et un trafic de fret plus fort. La deuxième est symbolique : les mégaprojets sont un moyen d'envoyer aux partenaires et à la concurrence un message de sérieux à long terme et de force financière, mais aussi de volonté d'assumer le rôle de « donneur de direction » dans la région. En pratique, cela signifie une tentative de faire de Riyad un lieu où le trafic n'est pas seulement redirigé, mais où des normes de croissance, de sécurité, de numérisation et de durabilité sont également établies.
Ce qui est attendu du Future Aviation Forum 2026 : des créneaux horaires à l'intelligence artificielle
Selon les annonces des organisateurs et les descriptions officielles des éditions précédentes, le Future Aviation Forum 2026 devrait ouvrir des discussions sur plusieurs blocs clés : croissance et investissement, aéroports et connectivité, résilience des chaînes d'approvisionnement, fret aérien et logistique, trafic aérien et gestion des capacités, technologie et transformation numérique, capital humain et durabilité.
En pratique, cela signifie qu'une partie des panels porte sur des questions très concrètes – comme l'attribution des créneaux horaires, les normes de sécurité, la régulation du marché et les mécanismes d'investissement privé – tandis qu'une autre partie s'oriente vers les nouvelles technologies : automatisation des processus, utilisation de l'intelligence artificielle dans la prévision des foules, développement de la mobilité aérienne avancée (par exemple eVTOL) ainsi que le développement et la disponibilité de carburants aéronautiques durables.
Pour l'Arabie saoudite, il est particulièrement important de montrer que la croissance ne se fait pas au détriment de la sécurité et des objectifs environnementaux. Dans les discussions internationales, la pression s'intensifie pour harmoniser la croissance du trafic avec la décarbonation, et l'industrie fait face à des limites de disponibilité de carburant durable, des problèmes dans les chaînes d'approvisionnement et une pénurie chronique de main-d'œuvre qualifiée. L'approche saoudienne communiquée à travers la stratégie et le forum combine incitations à l'investissement, réformes du marché et tentative de lier les partenaires internationaux à des projets qui promettent de la croissance, mais aussi des avancées mesurables en matière d'efficacité et de réduction des émissions.
Le pouvoir d'investissement comme outil d'influence : où se situe la limite entre le leadership et « l'achat de position »
La question clé qui se pose de plus en plus avec l'essor aérien saoudien est la suivante : le Royaume construit-il un nouveau leadership à travers l'innovation et les normes – ou utilise-t-il avant tout ses coffres profonds pour s'assurer une place centrale dans le réseau mondial ?
Les arguments en faveur de la première thèse s'appuient sur le rôle institutionnel de la GACA en tant que régulateur, sur les réformes visant le capital privé et la modernisation du marché, ainsi que sur le fait que la plateforme saoudienne se lie de plus en plus au cadre international de l'OACI. Les arguments en faveur de la deuxième thèse soulignent que la rapidité de la croissance dépendra largement des aides publiques, des commandes massives d'avions et des mégaprojets difficilement imaginables sans fonds publics.
En réalité, ces deux approches vont souvent de pair. Les investissements massifs dans la flotte, le leasing et les infrastructures servent à la fois de mécanisme d'attraction pour les partenaires et de moyen d'accélérer l'adoption de nouvelles technologies et normes. L'Arabie saoudite tente ainsi de sauter des étapes de développement qui ont duré des décennies ailleurs : construire un hub en peu de temps, relever les normes de service et créer un réseau de routes qui fera de Riyad un concurrent sérieux face aux centres régionaux établis.
Le contexte élargi de Vision 2030 : tourisme, logistique et « connexion de trois continents »
L'aviation est étroitement liée au tourisme et à la logistique dans Vision 2030. La géographie saoudienne – entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique – est souvent mise en avant comme un avantage pour le développement des flux de transit et des corridors de fret, mais aussi comme une base pour la croissance du tourisme entrant. Les objectifs des stratégies nationales en matière de tourisme et de transport se soutiennent mutuellement : sans un nombre accru de vols et de capacités, il est difficile de réaliser les ambitions de croissance des visites, et sans un fort potentiel touristique et d'affaires, il est difficile de remplir des lignes supplémentaires à long terme.
Dans ce cadre, le Future Aviation Forum n'est pas qu'une conférence de plus. C'est une démonstration de volonté politique, un lieu où les priorités réglementaires sont harmonisées et une scène internationale sur laquelle l'Arabie saoudite cherche à confirmer que le « ciel futur » ne sera pas façonné uniquement par les centres de pouvoir traditionnels. Si le plan de connexion avec plus de 250 destinations réussit et que l'objectif de 330 millions de passagers par an d'ici 2030 se réalise, Riyad pourrait devenir d'ici la fin de la décennie l'un des hubs clés des lignes mondiales – non seulement en raison de sa géographie, mais aussi grâce à la combinaison de la régulation, du capital et du positionnement stratégique mené de plus en plus ouvertement à travers de tels forums.
Sources :- General Authority of Civil Aviation (GACA) – page officielle du Future Aviation Forum 2026 : date, lieu, thème et nombre attendu de participants (link)- Saudi Press Agency (SPA) – nouvelle concernant la tenue du Future Aviation Forum 2026 sous le patronage du roi Salman et l'organisation de la GACA (link)- GACA – aperçu officiel des résultats de l'aviation civile et mise en avant du record de 128 millions de passagers en 2024 (link)- Saudi Press Agency (SPA) – détails sur le trafic en 2024, répartition des passagers nationaux et internationaux et comparaison avec 2023 et la période pré-pandémique (link)- GACA (PDF) – « Introducing the Saudi Aviation Strategy » : objectifs de 330 millions de passagers, 250+ destinations, 4,5 millions de tonnes de fret et investissements de 100 milliards de dollars US (link)- OACI (PDF) – document de travail avec données sur les résultats du Future Aviation Forum 2024 et contexte du FAF 2026 (link)
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